Nouvelles pratiques artistiques - Un McLaren dansant

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Jérôme Delgado
Édition du samedi 22 et du dimanche 23 mars 2008

Mots clés : Grand Prix du Conseil des arts de Montréal 2007, 4d art, McLaren, Danse, Québec (province), Montréal

4d art, la compagnie de toutes les audaces

Une scène de Norman, du duo Michel Lemieux/Victor Pilon

Photo: Pedro Ruiz

Finalistes au Grand Prix du Conseil des arts de Montréal 2007, dans la catégorie la plus «multi», celle des nouvelles pratiques artistiques, Michel Lemieux et Victor Pilon l'admettent d'emblée: «Nous sommes toujours entre deux chaises, entre le théâtre et la musique, la danse et le cinéma.»

Le fait de concourir pour un prix rassemblant tous les arts, de la littérature aux arts visuels, amuse les Lemieux et Pilon. Comparer des pommes et des poires, pour eux, c'est plutôt normal.

Leur présence est symptomatique, à plusieurs niveaux, de cette réalité non univoque. Ce ne sont pas eux qui sont finalistes, mais leur boîte, 4d art, et la vingtaine d'artisans qui y travaillent. 4d art Lemieux/Pilon (l'appellation officielle) y figure dans la sélecte liste du CAM pour Norman, spectacle tiré et inspiré de la vie et de l'oeuvre de Norman McLaren.

C'est un peu la mémoire du cinéaste d'animation qui est honorée. Certes, la création présentée à Montréal début décembre reste une conception du duo Lemieux/ Pilon, mais elle est amplement portée par le danseur et chorégraphe Peter Trosztmer.

Place au troisième

«Dans notre compagnie, on invite toujours un troisième artiste, expliquent-ils. Nous sommes déjà habitués à travailler ensemble, à jouer au ping-pong avec les idées. On se lance alors le défi de travailler avec d'autres.»

Pour La Tempête, production toujours en tournée, c'est Denise Guilbault qui a été invitée, parce qu'ils ne se sentaient pas prêts à diriger des acteurs. Pour Norman, la couleur chorégraphique très marquée chez l'auteur de Pas de deux et d'Il était une chaise leur a imposé un danseur.

Acclamé par la presse, Norman conjugue formes et niveaux de lecture, ton documentaire -- entrevues et archives y sont projetées -- et volet fictif. Images virtuelles et interprète physiquement présent, arts de la scène et cinéma... Un mariage total des disciplines.

«McLaren fait danser l'image, c'est incroyable.» Grands admirateurs du père de l'animation au Canada, qu'ils n'hésitent pas à appeler «notre Picasso», Lemieux et Pilon ont conçu un spectacle très dansé, avec une histoire brodée autour de la filmographie de McLaren. De sa (re)découverte, avec des yeux ébahis, émerveillés: comme à leur habitude, ils ont signé une oeuvre pleine d'effets illusionnistes.

Homme et artiste

Mais pour la première fois, une production 4d art intègre un volet documentaire. Ses concepteurs ont voulu montrer l'homme derrière l'artiste, interviewant quelques-uns de ses anciens collègues.

À titre posthume, ils ont cherché à leur tour à s'associer avec McLaren, à le ramener sur scène. Sa personnalité solitaire leur a paru incontournable. «On voulait faire un spectacle solo, disent-ils. McLaren a passé beaucoup de temps seul, près de son art. Il était tellement d'avant-garde qu'il était dans une pièce à part.»

La solitude. Ou la sobriété. Michel Lemieux et Victor Pilon ont opté pour un Norman à un personnage, avec gaieté. Question de revenir à leur réalité, après Delirium et avant Starmania, deux pièces de commande avec des gros moyens, l'une pour le Cirque du Soleil, l'autre en préparation pour les opéras de Québec et de Montréal. «Après un spectacle avec le Cirque où il y a 150 personnes sur scène, disent-ils, on avait besoin de revenir à autre chose que le "think big".»

Ils se font rassurants, voulant que 4d art demeure une entité petite. «C'est dur, on combat la croissance. Mais on est forcé [de grandir], on a deux spectacles sur la route. On essaie de demeurer une entité mettant au centre la création. Un terrain de jeu.»

Lemieux et Pilon naviguent d'un type de production à un autre, réalisant des Delirium et Starmania en dehors de 4d art. Et quand ils acceptent une invitation, c'est parce qu'ils y croient. Leur Starmania, un «vrai» opéra pour sept chanteurs, 16 choristes et huit danseurs, reflétera profondément le propos de Plamondon. «C'est un texte très pertinent, clament-ils. L'histoire est extrêmement d'actualité, pleine de références aux bulletins de nouvelles, avec tout ce qu'on voit sur la droite américaine, sur Sarkozy.»

Collaborateur du Devoir


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