Le religieux à l'école - L'école doit offrir des clés pour comprendre le monde
Mots clés : signes religieux, Georges Leroux, Religion, Québec (province)
Georges Leroux ne voit pas de problème au port de signes religieux distinctifs à l'école, hormis le niqab
Le philosophe Georges Leroux, qui a participé à l'élaboration du nouveau programme d'éthique et de culture religieuse, estime qu'il offrira aux jeunes des clés pour comprendre le monde. Il ne voit par ailleurs pas de problème au port de signes religieux distinctifs à l'école, hormis le niqab.Il mentionne à titre d'exemple que des éléments de culture religieuse sont nécessaires pour comprendre les rapports entre Israéliens et Palestiniens. «Un jeune qui est privé de cela, c'est comme quelqu'un qui n'a pas le langage pour nommer la distinction entre le rouge et le vert. Il est privé d'un instrument très sérieux.»
Selon lui, il est important de connaître les croyances des autres, que l'on soit ou non religieux. «La plupart des personnes aujourd'hui dans nos sociétés ont des positions qui sont tributaires de positions religieuses, soit pour, soit contre», estime M. Leroux, également collaborateur du Devoir.
Aboutissement d'un processus
Le nouveau programme d'éthique et de culture religieuse fera son entrée l'automne prochain dans les écoles primaires et secondaires du Québec. Obligatoire, il remplacera les anciens cours d'enseignement religieux catholique ou protestant ainsi que d'enseignement moral. Il vise le développement de trois compétences: réfléchir sur des questions éthiques, manifester une compréhension du phénomène religieux et pratiquer le dialogue.
La création du programme d'éthique et de culture religieuse est l'aboutissement du processus de déconfessionnalisation du système scolaire, indique le Comité sur les affaires religieuses du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport dans un avis sur la laïcité scolaire au Québec rendu en octobre 2006.
En 1998, le gouvernement a transformé les commissions scolaires catholiques ou protestantes en commissions scolaires linguistiques. Deux ans plus tard, il a déconfessionnalisé les écoles publiques. Dans la foulée, des services non confessionnels d'animation spirituelle et d'engagement communautaire ont remplacé les services d'animation pastorale et d'animation religieuse dans les écoles.
Le Comité sur les affaires religieuses estime que le programme d'éthique et de culture religieuse est l'un des éléments importants du «modèle de laïcité ouverte de l'école publique québécoise», avec notamment le «respect de la liberté de conscience et de religion» et la «neutralité de l'école publique».
« Besoin de se rassembler »
Maintenant un ardent défenseur du programme d'éthique et de culture religieuse pour tous, Georges Leroux a déjà plutôt prôné par le passé un enseignement confessionnel «dans toutes les situations où la demande des parents le justifie», qu'il s'agisse «d'un enseignement catholique, coranique ou autre». «Dans plusieurs situations, en particulier dans des quartiers très sédimentés sur le plan religieux, on pourrait assister à l'émergence d'écoles offrant plusieurs enseignements confessionnels différents et concomitants, dans un espace public voué au dialogue», écrivait-il ainsi en 1999 dans la revue Conjonctures.
Le professeur de philosophie estime aujourd'hui que cette situation créerait de la division. Il indique que le débat sur le rapport de 1999 du Groupe de travail sur la place de la religion à l'école, présidé par Jean-Pierre Proulx, l'avait fait changer d'avis. Dans les ensembles urbains, le besoin consiste plutôt à l'heure actuelle à mettre les enfants ensemble, à mieux se connaître et à intégrer les immigrants, dit-il.
Nous avons encore beaucoup de travail à faire en ce sens, estime-t-il. Lors des audiences de la commission Bouchard-Taylor, «on a entendu beaucoup de réflexions xénophobes. On a vu beaucoup de tentations de repli sur la souche identitaire. Je pense qu'on a besoin de se rassembler, pas de se diviser».
La fin d'un privilège
Aux parents catholiques qui revendiquent le droit d'opter pour un enseignement confessionnel au nom du libre choix, M. Leroux répond que le libre choix n'a jamais existé. «Les catholiques et les protestants avaient un privilège», dit-il. «L'État n'a pas d'obligations eu égard aux religions.»
Les écoles privées qui le souhaitent pourraient pour leur part continuer d'offrir un enseignement confessionnel, en plus du programme obligatoire d'éthique et de culture religieuse, indique M. Leroux. «La grande question pour elles maintenant est: le désirent-elles?»
La Fédération des établissements d'enseignement privés a produit en octobre dernier un document sur «l'aspect confessionnel du projet éducatif de l'école privée dans le contexte d'application du programme Éthique et culture religieuse». Elle y mentionne la possibilité d'offrir, en plus du nouveau programme, un enseignement confessionnel, «dans le respect de la liberté de religion des élèves non catholiques». Elle indique que près de la moitié des 49 écoles secondaires ayant répondu à un questionnaire à ce sujet en janvier 2007 envisageaient le maintien d'un cours d'enseignement religieux confessionnel en troisième secondaire.
Elle cite toutefois une recherche dirigée par Gilles Routhier, professeur à la faculté de théologie et de sciences religieuses de l'université Laval, selon laquelle «les cours d'enseignement religieux donnés à l'école et la préparation aux sacrements en paroisse ne semblent pas avoir produit les effets escomptés en ce qui a trait au développement d'une identité chrétienne chez les jeunes». Elle mentionne que d'autres initiatives, par exemple d'animation pastorale, «peuvent favoriser l'éveil spirituel et religieux des enfants ainsi que le développement spirituel des adolescents».
Patrimoine chrétien et signes religieux
Georges Leroux souligne par ailleurs que le christianisme occupera une place prédominante dans la transmission de la culture religieuse dans le cadre du nouveau programme obligatoire. Les autres traditions religieuses seront abordées en classe, mais la priorité ira à la connaissance du patrimoine chrétien du Québec, indique-t-il, faisant référence à des propos en ce sens tenus par des membres du gouvernement. Il sera aussi notamment question de la spiritualité amérindienne, ce qui réjouit le philosophe. «Malgré la présence des autochtones à nos côtés depuis les débuts, l'enseignement religieux était absolument méprisant à l'endroit de leurs croyances», déplore-t-il.
M. Leroux, qui fait partie du comité-conseil de la commission Bouchard-Taylor, ne voit pas de problème au port de signes religieux distinctifs à l'école, à l'exception du niqab [voile cachant le visage et ne laissant voir que les yeux]. «Nous sommes dans une société où le rapport humain est fondé sur la confiance, la perception du sentiment de l'autre, du regard de l'autre sur nous», dit le professeur. «Je suis de ce point de vue-là très proche de la pensée [du philosophe] Emmanuel Levinas, qui pense que le tout de l'être humain est dans le visage.»
À cette exception près, le professeur croit qu'autant les enseignants que les élèves qui le désirent devraient pouvoir porter des signes religieux distinctifs dans les écoles. «Notre société respecte la liberté d'expression de la conviction religieuse dans l'espace public. Dans la rue, si vous portez la kippa, une croix à votre cou ou un autre signe religieux, personne ne s'y objectera. Pourquoi est-ce que vous devriez l'enlever quand vous entrez à l'école?», demande-t-il. «Et pourquoi ferait-on une distinction entre les enfants dans l'école et leurs enseignants? Pourquoi est-ce que les enseignants seraient neutres en apparence ou artificiellement et que les enfants, eux, auraient droit à l'expression de leurs convictions?»
Collaboratrice du Devoir
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