Temps de partage

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Normand Thériault
Édition du samedi 22 et du dimanche 23 mars 2008

Mots clés : partage, Religion, Inde (pays), Québec (province)

Pour chaque foi et religion, les jours marquants sont ceux où le moment de se nourrir ensemble rassemble la communauté

Des enfants pauvres de Siliguri au Bengale occidental partagent un repas offert dans une école de la ville.

Photo: Agence Reuters

La messe catholique est une célébration d'un repas communautaire. Ailleurs, toute fête suppose que si, spirituellement, il y a partage, il y aura aussi un temps réservé où, autour d'un plat, d'un mets, d'une table, les commettants d'une même pratique partageront ensemble. Le moment de nourriture se situe à la rencontre du «ciel» et de la terre.

Pour les catholiques, la présente semaine, cette «semaine sainte», est le moment fort d'une année liturgique: la mort et la résurrection sont le credo majeur de leur foi. Au repas pris ensemble, cette Cène mise en scène par un Léonard de Vinci, entre autres peintres, les pratiquants ajouteront un autre moment, Pâques étant venu où, famille après famille, l'abondance des mets, la multiplicité des rencontres, célébreront la libération attendue.

En d'autres cultures, ces jours sont aussi jours de fête. À ce Vendredi saint des chrétiens, le calendrier ajoute cette année aussi le Pourim, ce festival du printemps des juifs tenu au moment d'un autre carnaval du printemps, qui est aussi fête de l'amour pour les hindous, comme l'est aussi le Shubu no hi, temps d'équinoxe et fête printanière avec visites aux temples pour les shintoïstes. Et ce jour était aussi un premier jour d'une nouvelle année, la 164e dans la tradition bahai'ie et la 1377e du calendrier mazdéen des Zoroastriens.

Pour tous ces moments de fête, le repas sera l'élément rassembleur. Ainsi la prière du Now Rouz se fait, en ce jour anniversaire de la naissance de Zarathustra, devant des plats bien garnis. Car si «l'homme ne vit pas que de pain», la nourriture lui demeure cependant nécessaire, et chez les mazdéens, se réjouir en mangeant est grandement noble.

Ensemble

D'ailleurs, sommes-nous au Québec, en fait partout en Occident, qu'il n'est point de célébration qui ne se fasse sans qu'il y ait un repas. Du premier jour de l'année au dernier, on fête. De la naissance à la mort, on célèbre. Au rythme des saisons, on se rassemble. Et des mets toujours sont désignés pour marquer le passage du temps, qu'il soit annuel, saisonnier ou mesuré à l'aune d'une aventure individuelle. Alors, sacré et profane se confondent. Le temps de célébration qu'est Pâques a ainsi imposé le rite du lapin, ou de la poule, et maintenant aussi de multiples personnages, toujours façonnés en chocolat. De la même manière, jambon et agneau se «disputent» l'honneur de la table.

Le fait de se nourrir ensemble est de toutes les traditions. Partager un plat est le début d'une aventure collective. Ainsi une Ariane Mouchkine, cette grande metteure en scène française, demande à ses comédiens en prélude à toute représentation de cuisiner et d'apprêter ensemble des mets qui seront offerts en ouverture aux spectateurs de la pièce à venir. Avant donc le temps de la parole, un moment collectif pour une autre nourriture.

Dans le monde du sacré, le repas suit cependant la célébration, ou arrive à sa conclusion. Et ainsi le baptême, le mariage, la communion, le rite funèbre assurent leur transition entre le lieu spirituel et le monde séculaire.

Célébrations

On dira d'une religion qu'elle est moins collective quand elle réunit en moins grand nombre ses fidèles. C'est le sort réservé à la majorité des églises occidentales. Comme le souligne Jean-Claude Turcotte, archevêque de Montréal, «la religion collective a quelque peu disparu et a été remplacée, comme dans bien d'autres domaines d'ailleurs, par une religion de conviction individuelle». Et si les églises à la semaine se vident, elles recueillent toutefois leur lot de fidèles quand vient le temps de marquer les moments forts d'une vie. Et qu'on soit pratiquant ou non, aucun n'ignore en ce territoire le moment de Noël, le jour de Pâques, ces journées qui sont celles des grandes fêtes chrétiennes.

Pour ces jours-là, la générosité s'impose. Il faut ainsi assurer aux plus malheureux et malheureuses d'entre nous qu'au moins deux fois l'an, ils et elles soient assurés d'un bon repas: avez-vous remarqué ainsi ces placards dans ce journal qui invitaient à souscrire ce 2,48 $ qui assurerait à qui en veut en ce dimanche un moment commun de nourriture?

Rencontres

La foi suppose donc un temps commun pour le corps et pour ce qui est désigné par l'âme. Un temps de rencontre du spirituel et du charnel souligne donc les grandes célébrations. Ici, ce sera le sacrifice de l'agneau; là, la préparation plus relevée d'un mets quotidien comme le riz ou autre légumineuse; ailleurs, la pièce montée. Chez d'autres, un simple bouillon, un breuvage suffisent, pourvu que leur consommation se fasse ensemble.

Et pour la famille comme pour la communauté, voire la collectivité, les temps de rassemblement imposent l'obligation du partage. Au sud de notre frontière, il est ainsi significatif que ce soit au jour de la «Thanksgiving», quand la récolte a été faite, que les Américains se déplacent pour le temps d'un repas. Alors, même le séculier a les allures d'une fête qui a presque une coloration religieuse.

Ainsi, en ce dimanche, combien serons-nous, pratiquants ou non, à se rencontrer pour le temps d'un repas? L'humain vit toujours dans l'espoir d'une renaissance.


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