Tibet - Harper invite la Chine à la retenue

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Hélène Buzzetti
Édition du vendredi 21 mars 2008

Mots clés : Tibet, Stephen Harper, Gouvernement, Canada (Pays), Chine (République populaire) (Pays)

Pékin réplique ne faire que son «devoir»

Les tensions ne s'apaisent pas au Tibet. Pendant que Pékin envoyait hier des milliers de soldats en renfort dans la région, de nombreuses manifestations ont eu lieu dans le monde pour dénoncer la dure riposte de l'armée chinoise aux émeutes qui secouent le pays. En Inde, notamment, moines et exilés ont protesté à leur manière contre un conflit qui se déroule dans le plus grand secret, tous les journalistes ayant été expulsés du pays.

Photo: Agence Reuters

Ottawa -- Le soulèvement tibétain a pris une dimension toute canadienne hier alors que le premier ministre Stephen Harper a appelé les autorités chinoises à faire preuve de «retenue» dans leurs opérations de maintien de l'ordre. L'ambassade de Chine à Ottawa a répliqué qu'elles ne faisaient que leur «devoir».

Tandis que le gouvernement chinois envoyait des milliers de soldats supplémentaires au Tibet, environ 600 manifestants pro-Tibet s'étaient réunis hier devant le parlement à Ottawa pour réclamer la libération de ce territoire occupé. Devant la foule brandissant des drapeaux rouge et jaune tibétains, le député conservateur local Pierre Poilièvre s'est présenté avec un message de son grand patron.

«Il a demandé à ce qu'une déclaration soit lue en son nom», a commencé M. Poilièvre en sortant un bout de papier de sa poche de manteau. «Le Canada partage votre préoccupation quant à ce qui se passe au Tibet, a-t-il lu au nom de M. Harper. Tout comme Sa Sainteté le dalaï-lama me l'a dit lors de notre rencontre et comme il l'a déclaré tout récemment, son message repose sur la non-violence et la réconciliation, et je me joins à lui dans cet appel. Le Canada appelle la Chine à respecter pleinement les droits de la personne et les manifestations pacifiques. Le Canada demande à la Chine de faire preuve de retenue.»

M. Poilièvre a conclu son bref passage devant les manifestants ainsi: «Nous sommes solidaires. Le Canada est solidaire avec toutes vos valeurs et les droits de la personne. Continuez d'aller de l'avant. Vive le Canada! Merci beaucoup.» La foule en liesse a accueilli ses propos par de vifs applaudissements, des hurlements de joie et des mercis. Les manifestants ont ensuite circulé dans la ville pacifiquement.

L'ambassade chinoise à Ottawa a répliqué aux critiques larvées du gouvernement canadien. «Les autorités locales ont fait preuve de la plus grande retenue, a indiqué au Devoir un porte-parole de l'ambassade qui ne veut pas être nommé. C'est le devoir de tout gouvernement de prendre les mesures nécessaires pour régler ce genre de problème, a-t-il ajouté. N'importe quel autre gouvernement ferait la même chose.» Les événements, a-t-il expliqué, s'apparentent «à des crimes d'une extrême violence». «Ils ont été prémédités, organisés et lancés par la clique du dalaï-lama. L'objectif est de ternir l'image de la Chine et de saboter les Jeux olympiques.»

Le porte-parole a refusé de dire si des contacts avaient été établis avec les autorités canadiennes à la suite de ces déclarations. Le ministre canadien des Affaires étrangères, Maxime Bernier, a indiqué que le Canada «demeure préoccupé par les informations au sujet du traitement du gouvernement chinois à l'endroit des manifestants tibétains [sic]». «Nous avons fait connaître nos préoccupations à ce sujet à l'ambassadeur de Chine et, par l'entremise de l'ambassade du Canada à Pékin, au gouvernement chinois.» Le ministre Bernier a enjoint à la Chine à d'«entamer un dialogue direct avec le dalaï-lama ou ses représentants désignés» car il s'agit de «l'option la plus constructive».

La Chine n'apprécie pas cette importance diplomatique qu'accorde le Canada au Tibet. En 2004, elle avait protesté avec virulence lorsque le premier ministre libéral Paul Martin avait accepté de rencontrer à Ottawa le dalaï-lama. C'était le premier chef de gouvernement canadien à le faire. Pour calmer le jeu, la rencontre de 30 minutes avait été qualifiée de «spirituelle» et s'était tenue à la résidence de l'archevêque d'Ottawa, Mgr Marcel Gervais. C'est Stephen Harper qui a poussé la logique jusqu'au bout en recevant en octobre dernier le dalaï-lama à son bureau du parlement avec tous les honneurs réservés à un visiteur officiel. Le tout avait été suivi d'une longue conférence de presse très courue.

Par ailleurs, Les Amis parlementaires du Tibet, un regroupement de députés et de sénateurs canadiens qui appuient la lutte de libération, ont officiellement réclamé hier le droit de se rendre en territoire tibétain. Ils ont fait parvenir une demande de visa afin de se rendre «à Lhassa et d'autres régions tibétaines» au cours des 60 prochains jours.

«Si les autorités [chinoises] au Tibet respectent les normes internationales, elles ne devraient rien avoir à cacher et les observateurs internationaux tels que nous devraient être les bienvenus», a déclaré le sénateur conservateur Consigli Di Nino, président du groupe. Le comité en est à sa quatrième demande. Les autres ont toutes été refusées.


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