Opinion

Libre-Opinion: Les Jeux de la honte

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Alain Magloire, Ancien athlète ayant déjà eu des rêves olympiques

Édition du vendredi 21 mars 2008

Mots clés : Droit de la personne, Jeux olympiques, Québec (province), Chine (République populaire) (Pays)

Où il y a des hommes, il y a de l'hommerie. Ça, on le savait déjà. Nous ne sommes donc plus étonnés lorsque nous assistons à des événements déplorables comme ceux qui se produisent au Tibet à l'heure actuelle, particulièrement lorsque nous les voyons au petit écran, confortablement assis dans notre salon.

S'il est normal de ne pas se sentir responsable des actions du gouvernement chinois, il est à mon avis impardonnable de rester impassible ou, pire, silencieux devant ces injustices.

Depuis une décennie, nous parlons beaucoup de «village global», mais il serait temps que nous comprenions les implications et les responsabilités qui en découlent. Je ne dis pas que nous devons tous prendre l'avion demain pour le Tibet et aller manifester, voire vider nos comptes de banque pour soutenir les efforts légitimes du peuple tibétain dans sa quête pour la liberté et la reconnaissance de ses droits fondamentaux (quoiqu'un petit geste ne soit jamais de trop!). Mais les sociétés où nous vivons se sont dotées de systèmes sociaux et politiques qui nous permettent, à titre de citoyens de ce même «village global», de nous exprimer. Et les responsables de ces institutions ont le devoir de se rappeler qu'ils sont les porte-parole des valeurs que nous défendons. S'ils l'oublient, nous avons le devoir, en tant que citoyens, de le leur rappeler.

Je me permets d'écrire ceci à la suite de ma lecture, dans les journaux, de nouvelles faisant état du refus du président du Comité international olympique (CIO), Jacques Rogge, d'annuler les Jeux de Pékin et de sa faible tentative de faire les gros yeux à la Chine en indiquant que «le Comité international olympique partage la volonté du monde entier de parvenir à une résolution pacifique des tensions survenues ces derniers jours dans la région tibétaine de la Chine». M. Rogge se défend en affirmant que le mandat du CIO consiste à organiser les meilleurs Jeux olympiques possible et que ceux-ci ne demeurent que des manifestations sportives.

Comment donc, en 2008, un homme ayant de telles responsabilités peut-il croire qu'un événement international de l'ampleur des Jeux olympiques, couvert par les médias de toute la planète et regardé par des citoyens du monde entier, n'a aucune portée sociale et politique? Ou bien il joue à l'autruche, ou bien il croit que les gens sont naïfs.

Qui se souvient des performances sportives des Jeux de Berlin (1936), de Munich (1972), de Moscou (1980) ou de Los Angeles (1984)? Peu de gens... C'est bien normal puisque ces jeux sont passés à l'histoire grâce aux événements politiques et sociaux qui les ont accompagnés: premier Noir médaillé d'or devant un Hitler insulté, prises d'otages désastreuses et boycottage des superpuissances de l'époque.

Il est clair que l'aspect sportif des Jeux a un spectre temporel très court. À l'exception de quelques performances hors du commun, leur marque dans l'histoire est attribuable aux facteurs sociaux qui les ont entourés. Les Jeux de Pékin 2008 s'annoncent comme ceux de la honte et de la controverse. En tant que citoyen du «village global», j'aimerais rappeler à M. Rogge et aux membres du CIO que le fait de ne pas utiliser le levier que constituent les Jeux olympiques pour promouvoir l'union, la liberté et la paix entre les peuples équivaut en définitive à ne pas remplir le mandat moral et symbolique de ces mêmes Jeux et à salir leur image.

Moi aussi, j'aimerais voir à la télévision cet été des performances époustouflantes d'athlètes qui ont travaillé dur pour nous épater, mais j'aimerais encore plus pouvoir voyager au Tibet sans marcher dans des flaques de sang. Lors des cérémonies d'ouverture des Jeux de Pékin, je sens que je vais avoir beaucoup de difficulté à m'émouvoir devant le défilé des drapeaux (censé symboliser l'union des peuples) et les discours de paix et d'amour de M. Rogge et des dignitaires chinois. À la lumière des événements actuels, ces discours seront au mieux vides de sens.


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