Quand Renoir passe à sa table

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Philippe Mollé
Édition du vendredi 21 mars 2008

Mots clés : Deff Haupt, Sofitel, Restauration, Montréal

Deff Haupt, chef exécutif du Sofitel.

Photo: Marie-Hélène Tremblay

Gourmet et amateur de bonne chère, Renoir eut certainement apprécié qu'on nomme un restaurant en son honneur. Depuis l'arrivée du nouveau chef Deff Haupt, l'hôtel Sofitel connaît d'innombrables succès culinaires et remporte les honneurs de nombreux médias. Avouons que cette démarche, plutôt rare pour un établissement hôtelier, mérite qu'on s'y attarde.

Moderne, le restaurant comporte un bar bien éclairé avec de jolis fauteuils de cuir qui permettent aussi bien de s'asseoir devant un repas express que de siroter une bière en contemplant la tristesse de la rue Sherbrooke. À la tombée de la nuit, une autre dynamique s'installe, conférant à l'endroit une ambiance bien différente de celle du jour.

Au bar, on propose un choix de tapas ainsi que la carte du restaurant, assurément populaire dès midi. Ce restaurant affiche régulièrement complet avec les gens d'affaires et les vedettes de la vie politique tant municipale que provinciale, tous camps confondus. Il est bon de revenir dans un tel restaurant pour s'assurer de la continuité, qu'il s'agisse de la qualité du service ou de celle des plats servis.

Le menu se compose de diverses formules qui, pour environ 30 $, proposent entrée, plat et dessert avec café. Une formule moins coûteuse permet de se restaurer pour une vingtaine de dollars, serviette de tissu comprise. Il y a de ces petites choses que j'aime préciser, tout comme le choix de pains offert ou le très bon café proposé à la fin du repas.

Comme bon nombre de convives, mon invitée du jour fuit en général les restaurants d'hôtel, qu'elle considère comme des restaurants standardisés, aseptisés et dépourvus d'intérêt en matière de gastronomie, sauf pour les amateurs de côtes levées, d'ailes de poulet barbecue ou de filet mignon pommes frites. Je n'ai rien contre cette variante culinaire et peux aussi savoir l'apprécier, mais lorsqu'elle revient en force, je m'efforce de passer à autre chose.

Pour nos plats principaux, mon invitée et moi-même avions décidé qu'il s'agirait d'une journée poisson. Pour madame, du bar rayé cuit avec sa peau; pour moi, de la lotte grillée puis terminée au four. En entrée pour mon invitée, un tian d'aubergine et de tomate servi en premier plat; pour moi, une salade d'asperges et de saumon fumé. Tout comme les desserts du chef pâtissier Pascal, les entrées sont comprises dans le prix de base.

La salade d'asperges était masquée par une sauce crème et ciboulette, assaisonnée d'une touche d'huile d'olive. Ce plat aurait gagné à être plus assaisonné, même si le saumon fumé jouait ce rôle à merveille. Servi avec une sauce légère au moût de raisin, le tian de tomate et d'aubergine est un appel au printemps. Un rayon de soleil sur la terrasse de l'hôtel nous aurait toutefois permis d'apprécier davantage cette très agréable spécialité.

Recherchée en Europe et quasi méconnue ici, la lotte est un poisson qu'il faut savoir apprêter. Ici, il est grillé, escalopé avant sa cuisson finale au four, puis servi avec un jus de veau au lard et accompagné d'une vraie purée écrasée à la fourchette. On aime renouer avec de tels plats qui se laissent apprécier sans aucune lourdeur et disparaissent toujours trop vite de l'assiette.

Quant à elle, ma voisine a bien apprécié son filet de bar. Accompagné d'une salsa de tomate, d'oignon et de coriandre, ce plat joliment présenté s'est laissé déguster sans retenue.

Un verre de Chardonnay Stoneleigh à 12 $, c'est un peu cher le midi. Soulignons que dans cet établissement, on ne met pas suffisamment en évidence le choix de vins au verre ni celui des bières locales ou importées.

Puis, soudainement, sont arrivés les desserts. Il s'agit d'un choix de petites portions présentées dans de petits verres ou servies dans des cuillères de porcelaine qui nous réconcilient avec les desserts des restaurants. On joue d'originalité et de talent avec le mélange des genres et surtout avec leur légèreté. On regrette presque d'avoir pris une entrée plutôt que deux portions de dessert! Et, comme je le disais, on sert au Renoir un bon café avec de la crème sur le dessus. Cette boisson gagnerait toutefois à être servie plus chaude.

En quelques années seulement, ce restaurant d'hôtel a su se démarquer, prouvant ici qu'il est possible d'allier grande chaîne avec prestige et qualité de la table. Renoir peut se reposer: on mange bien chez lui.

- Prix payé pour deux personnes le midi avec un verre de vin blanc, taxes comprises mais service en sus: 85,79 $. Le soir, ajoutez un ou deux beaux billets pour le plaisir.

- Plus: la constance et l'innovation dans ce restaurant et, surtout, la finesse des desserts.

- Moins: le prix des vins et une carte trop restreinte le midi.

- Le Renoir, Hôtel Sofitel Montréal, 1155, rue Sherbrooke Ouest, 514 285-9000.

Collaborateur du Devoir


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