La SAQ à l'heure des choix
Mots clés : SAQ, vin, Alcool, Québec (province)

Photo: Le Devoir
Ce qui n'empêche nullement pour le moment de saisir les pendules de la SAQ qui, tout particulièrement depuis les 25 dernières années, remet sans cesse les siennes à l'heure en raison du formidable engouement des Québécois pour la chose. Et ici, je ne parle pas de sexualité.
La Commission des liqueurs d'autrefois
La Commission des liqueurs d'autrefois, avec ses 64 magasins, ses 383 produits, son chiffre d'affaires de 15 millions de dollars et son revenu net de quatre millions, a aujourd'hui évolué vers une SAQ forte de 409 succursales, 7532 produits et un chiffre d'affaires de près de trois milliards, pour un bénéfice net légèrement supérieur à 710 millions de dollars.
Fait intéressant à noter: alors que les ventes à la SAQ ont progressé de 6,7 % en valeur pour l'année qui s'écoule, le Québec affichait, conjointement avec la Colombie-Britannique, une augmentation moyenne du prix des boissons alcooliques de seulement 0,8 % alors qu'elle s'élevait à 2,2 % partout au Canada pour la même période. L'Ontario est-il, en moyenne, encore moins cher? C'est à voir.
La grenouille de 1921 est devenue un boeuf en bonne santé en 2008. Plus que jamais, son mandat consistant à sélectionner, importer, analyser et distribuer vins et spiritueux aux consommateurs d'ici doit s'adapter à une offre mondiale élargie plus concurrentielle, en plus de répondre avec une souplesse accrue aux exigences d'amateurs qui ne se rincent désormais plus la dalle en se contentant de ces «Cuisses de bergères émues», «Folle du Pape» et autres «Pisse-Cru» aujourd'hui dépassés.
Un plan de révision
La SAQ l'a bien compris. Elle a aussi saisi le fait qu'elle devait travailler plus étroitement avec les agences promotionnelles qui lui reprochaient son manque de transparence quant à ses orientations commerciales, principalement en matière de sélection et de positionnement de produits. Pas facile, en effet, de privilégier un produit plutôt qu'un autre, d'en éconduire un plutôt que de le reconduire sans s'attirer les foudres du milieu.
Avec son équipe, Jean Chouzenoux, directeur principal de la division de la commercialisation, a récemment livré à la presse un plan de révision d'autant plus pratique qu'il a en grande partie été mené à terme grâce aux nombreuses consultations avec les intervenants du milieu. C'est sans aucun doute le plan le plus cohérent des dernières années, dont je vous trace ici les grandes lignes.
L'innovation la plus percutante se situe au chapitre des succursales, où le nombre de produits sera réparti en fonction de la superficie du plancher. Il fallait y penser. Ainsi, 407 succursales (les deux Signature en moins) recevront un nombre de produits courants obligatoires allant, pour les plus petites (250 pieds linéaires et moins), de 200 à 700 produits pour les surfaces faisant plus de 1000 pieds linéaires. Produits courants?
Ce sont quelque 1500 produits disponibles toute l'année et dont les meilleurs vendeurs constituent un tronc commun d'environ 500 candidats placés, pour un meilleur repérage, aux mêmes endroits dans toutes les SAQ au Québec. Leur taux de renouvellement? 10 %, soit entre 100 et 120 ajouts par année, basé sur l'équation 90/10 selon laquelle les 10 % qui ne font pas leur quota prennent cavalièrement la porte. Vous me suivez?
Quelque 12 500 produits
Demeurons en succursale. Si celle-ci fait par exemple une superficie comprise entre 601 et 800 pieds linéaires (au nombre de 80 magasins au Québec), elle devra accepter, en plus des 400 produits courants obligatoires, 50 nouveaux cols (plus de place, donc plus de produits courants) auxquels pourront s'ajouter entre 50 et 250 produits sélectionnés selon le bon vouloir du directeur de ladite succursale en fonction des goûts de sa clientèle locale. Au total, il s'agit d'une possibilité de 700 produits courants pour ce type de succursale.
Saviez-vous par ailleurs que l'industrie propose bon an, mal an à la SAQ quelque 12 500 produits (non dégustés mais sélectionnés en fonction de leur réputation par le truchement des revues de presse), dont 800 passent la rampe, surtout en produits dits de spécialité? Eh oui. Ceux-ci, au nombre de 6000, sont choisis en complémentarité des produits courants et validés en fonction de leur notoriété, de leur rareté, de leur qualité supérieure et du volet découverte (régions émergentes) qu'ils proposent.
Autres points d'analyse à propos de la grille de sélection: pour les produits courants comme pour les spécialités, pondération à la baisse en matière de performance financière mais pondération à la hausse en ce qui a trait au fameux rapport qualité-prix avec introduction de l'élément «qualité pure», définie en fonction d'une foule de paramètres trop complexes à expliquer ici.
Ajoutons une flexibilité et une réactivité accrues (la SAQ peut acheter des vins hors du processus d'appel d'offres quand la couverture médiatique est forte et que le jeu en vaut la chandelle), ce qui ne devrait pas déplaire aux amateurs sérieux (au-delà des 12 000 membres du Courrier vinicole) qui magasineront au Québec au lieu de s'approvisionner sur d'autres marchés. Enfin, notons l'introduction à partir de janvier 2009 d'un nouveau critère environnemental qui pénalisera les emballages non écologiques, le poids trop élevé de certaines bouteilles, les plastiques inutiles, etc. Beaucoup de chemin parcouru depuis 1921!
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Les vins de la semaine
La belle affaire - Don Pascual Juanico 2004, Tannat-Merlot, Uruguay, 9,20 $, n° 10746501
Le merlot apporte ici sa part de rondeur sur une bouche déjà mise en relief par le grain du tannat. L'ensemble est simple, frais, corsé et de bel équilibre. Le spaghetti boulettes de viande a été plus qu'à la hauteur ici! 1.
Le «sec-tendre» - Clos de Nouys 2006, Vouvray, 20,60 $, n° 10689745
Bon, c'est vrai, il n'est pas tout à fait sec. Alors, pour faire passer le message, le Tourangeau parle d'un «sec-tendre», bien qu'aucune mention n'apparaisse sur l'étiquette. La pointe de sucrosité alterne ici avec une vivacité qui souligne à merveille le fruité de coing. Pas mal du tout sur les crevettes sautées au pesto. 2.
La primeur en blanc - Gold Label Riesling 2005, Wolf Blass, Australie, 19,80 $, n° 10829242
Pas de «sec-tendre» ici, plutôt du net et du tranchant, telle une lame d'opinel affûtée à même la pierre dont le vin semble tirer son expression minérale. Fraîcheur et jeunesse garanties derrière le «dévissable» pour des saveurs légères faisant alterner le citron confit et l'amertume. Longue finale. 1.
La primeur en rouge - Domaine du Cros 2006, Marcillac, 14,55 $, n° 743377
Fidèle au poste, voilà une fois de plus le «frère» servadou de Philippe Teulier qui prend position en se rangeant tout de go du côté de la légèreté, de la vivacité, du croquant et de la belle humeur fruitée. Un régal sur le porc frais moutarde de Dijon cornichons, s'il vous plaît. 1.
Le vin plaisir - Chinon Expression 2005, Alain Lorieux, 18,35 $, n° 873257
Il a de la superbe et un parler franc, ce solide cabernet plein de vie, de gouaille et d'ascendance terrienne. L'impression de sentir dans ses veines toute la luminosité minérale de la Loire si proche dans ce millésime où dominent fraîcheur, mâche et clarté fruitée. 2.
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- Potentiel de vieillissement du vin 1: moins de cinq ans; 2: entre six et dix ans; 3: dix ans et plus. ©: le vin y gagne avec un séjour en carafe.
- Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2008 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $.
www.jeanaubry.typepad.com/ledevoir
Vos réactions
Dollar constant SVP - par Bernard Charier
Le vendredi 21 mars 2008 10:00

