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Quelle farce!

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Pierre-E. Paradis
Envoyé Le mercredi 19 mars 2008 09:00



Par ce geste, Ottawa fait le contraire de ce qu'il a toujours préconisé, et démontre que la Loi sur la clarté référendaire - comme toute autre règle de droit - ne fait pas le poids face aux enjeux géopolitiques et l'influence de Washington.

Rappelons que pratiquement aucun des prérequis à la souveraineté ne s'applique dans le cas du Kosovo: 1) Le Kosovo n'a jamais été un État fédéré de l'ex-Yougoslavie; 2) cette région administrative n'a jamais tenu de référendum populaire sur la question de la souveraineté; 3) l'autre partie (la Serbie) n'a jamais donné son consentement. Or depuis que le Canada a reconnu l'Ukraine en août 1991, avant même que l'URSS ne cesse formellement d'exister, on savait déjà qu'Ottawa ne se préoccupe d'unité que lorsque le Canada est directement concerné! De plus, 4) le Kosovo n'a pas le contrôle de la totalité de son territoire, comme le démontrent les violences à Mitrovica ces derniers jours; enfin 5) il n'est pas viable économiquement et devra rester sous perfusion de la soi-disant «Communauté internationale» (les pays membres de l'OTAN) durant plusieurs décennies.

Bref, le seul argument qui joue en faveur du Kosovo est la notion d' «autodétermination des peuples». Vous aurez compris qu'un peuple qui souhaite s'autodéterminer a tout intérêt à accueillir sur son sol une importante base militaire américaine.

Que cela signifie-t-il pour le Québec? Tous les scénarios sont envisageables.

Partant du fait que la constitution actuelle ne s'applique au Québec que par défaut et que décisions prises à Ottawa par un gouvernement minoritaire manquent de légitimité, la porte est grande ouverte non pas pour un troisième référendum sur la souveraineté, mais bien une élection référendaire et une déclaration unilatérale d'indépendance du Québec. Au nom de l'autodétermination de la Nation québécoise, mais pourquoi pas aussi des souffrances historiques qu'ont enduré les Canadiens français exilés, Acadiens, Métis et tout ceux dont l'identité a été noyée par les politiques assimilationnistes d'Ottawa.

Une élection référendaire donnerait toute la légitimité requise à la souveraineté du Québec dans le cadre de ses frontières fédérales, tandis que la viabilité du nouvel État ne ferait aucun doute. Et on sait maintenant qu'Ottawa n'aura d'autre choix de reconnaître le Québec, une fois que des pays comme la Russie et la Serbie se seront fait un plaisir de reconnaître le Québec et rendre à ces donneurs de leçons la monnaie de leur pièce!

Le problème est qu'en l'absence de règle de droit reconnue par tous - et la règle de droit était justement tout l'intérêt de la Loi sur la clarté de Stéphane Dion - la porte est également ouverte aux partitionnismes de tout acabit que ne manqueront pas d'appuyer les « Angryphones » de l'Ouest de Montréal (vous les aviez oubliés mais ils sont encore là), certaines communautés autochtones (dont les revendications sont parfois légitimes, il faudra bien l'admettre) ainsi que... Justin Trudeau, qui voudra se proclamer « sauveur du Canada » comme son père!

Méchant bordel en perspective. Mais j'ose espérer que le bon sens prévaudra et que nous aurons une véritable union confédérale un jour: un Québec souverain membre du Commonwealth du Canada.

Pour l'instant, la reconnaissance du Kosovo par le Canada, dans les conditions actuelles, est une arme à double tranchant qui érode le concept de souveraineté inhérent aux relations internationales telles qu'on les conçoit depuis 1945, mais qui redonnera ironiquement une nouvelle ardeur aux mouvements sécessionnistes partout dans le monde.

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