Un vaccin contre l'hypertension est testé avec succès

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Pauline Gravel
Édition du mardi 18 mars 2008

Mots clés : hypertension, vaccin, Science, santé, Grande-Bretagne (pays)

Un vaccin pour traiter l'hypertension est actuellement expérimenté avec succès par des chercheurs suisses qui publient leurs résultats prometteurs dans la revue britannique The Lancet.

Bien qu'il existe déjà plusieurs médicaments efficaces pour soigner cette maladie insidieuse dont 14,5 % de la population canadienne est atteinte, un vaccin permettrait de résoudre un problème tout simple, comme l'oubli de prendre son médicament, qui explique pourquoi il est parfois si difficile d'abaisser adéquatement la tension artérielle de plusieurs patients. Selon le chercheur principal de l'étude, Martin Bachmann, entre 50 et 80 % des hypertendus auxquels on a prescrit la prise quotidienne de médicaments hypotenseurs ne suivraient pas à la lettre leur traitement.

La forme d'un virus

Mis au point par les chercheurs de la société suisse Cytos Biotechnology, le fameux vaccin dénommé CYT006-AngQb est constitué de particules virales auxquelles on a greffé l'angiotensine II, un peptide qui induit la constriction des vaisseaux sanguins et de ce fait accroît la tension artérielle. Ce complexe revêtant la forme d'un virus est reconnu par l'organisme comme un agent infectieux que le système immunitaire s'emploie à éliminer en induisant la production d'anticorps dirigés contre lui. En neutralisant l'angiotensine II, ces anticorps exercent un effet comparable aux médicaments déjà sur le marché qui bloquent les récepteurs auxquels se lie le peptide et ainsi préviennent l'expression de son effet vasoconstricteur.

L'effet de ce vaccin dont la durée d'action d'environ quatre mois a été mesurée dans le cadre d'une étude impliquant 72 personnes volontaires souffrant de formes légères ou modérées d'hypertension artérielle qui ont reçu soit une faible dose de 100 microgrammes (µg) du vaccin, soit une dose de 300 µg, soit un placebo, sans que ni le prescripteur ni le patient sachent la nature du produit administré. À part le fait que l'administration du vaccin ait provoqué quelques réactions bénignes au site d'injection et de passagers symptômes similaires à ceux de la grippe chez certains individus, la plus haute dose du vaccin entraînait clairement une réduction de la tension artérielle (de 9/4 mm de Hg (mercure) tout au cours de la journée. Or cette diminution était encore plus marquée au petit matin, une période critique de la journée où la tension monte en flèche chez tous les individus, mais de façon encore plus prononcée chez les hypertendus. À 8 h, les chercheurs ont noté une diminution de la pression systolique de 25/13 mm de Hg par rapport au placebo.

Un premier pas intéressant

Pour le spécialiste de l'hypertension Jacques de Champlain, clinicien-chercheur à l'Institut de recherches cliniques de Montréal et à l'Université de Montréal, le vaccin CYT006-AngQb représente «un premier pas intéressant, une approche thérapeutique originale qui a donné des résultats réels». Il souligne toutefois que «ce vaccin abaisse la tension artérielle, mais ne la corrige pas complètement, car la plupart des hypertendus doivent prendre plus d'un médicament -- entre deux et trois médicaments qui agissent sur des cibles différentes -- pour contrôler leur tension artérielle. Le vaccin ne remplace que l'un d'eux. On réussit à corriger l'hypertension par un seul médicament chez à peine 25 à 30 % des patients.»

À l'instar de spécialistes suédois qui signent un commentaire dans The Lancet, le Dr de Champlain évoque les dangers associés aux vaccinations qui doivent être répétées périodiquement, comme c'est le cas avec le vaccin CYT006-A7ngQb. «Ces rappels peuvent induire des immunisations croisées, -- des hypersensibilités à des substances auxquelles la personne n'était pas sensible auparavant. Ils pourront aussi à long terme atténuer l'effet du vaccin», précise le chercheur avant de souligner toutefois que «cette découverte ouvre une nouvelle porte qui pourrait même avoir des retombées sur d'autres maladies chroniques, comme le diabète ou l'athérosclérose, qui nécessitent des médications quotidiennes».


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