Menottées devant l'inflation

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Claude Chiasson
Édition du mardi 18 mars 2008

Mots clés : liquidités, banques centrales, Inflation, Économie, Québec (province)

Elles sont carrément menottées devant l'inflation. Le «elles» en question, ce sont les banques centrales. Avec le Fonds monétaire international et la banque mondiale, elles ont injecté des centaines de milliards de dollars pour absorber la crise financière asiatique, puis la quasi-faillite de la Russie, puis la crise financière de l'Argentine, puis le choc provenant de l'éclatement de la bulle des titres technologiques, puis celui de l'effondrement des deux tours du World Trade Center et, maintenant, pour absorber le choc de l'éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis. Au-dessus de tout cela, les banques centrales et les gouvernements, au moyen de leur politique fiscale, ont saupoudré les économies de centaines de milliards de dollars afin de faire contrepoids aux fortes pressions déflationnistes résultant du courant de fond qu'est la mondialisation.

Cette mer de liquidités a fait son chemin dans notre système financier. Elle a nourri la créativité de nos financiers. Hypothèques sans remboursement de capital, hypothèques aux mensualités inférieures aux intérêts exigés (le solde de l'hypothèque augmente alors régulièrement), hypothèques à taux d'intérêt initiaux très faibles, hypothèques accordées à 100 % du prix d'achat parfois plus, hypothèques à très haut risque accordées aux sans-le-sou ont ainsi vu le jour.

Les fonds de couvertures gérés des îles Caïman et ailleurs dans les paradis fiscaux se sont par ailleurs multipliés. Des fonds qui ont recours souvent à un effet de levier monstre de 30 pour 1 (30 $ d'emprunt pour une mise de fonds de 1 $) allant vraisemblablement à 50 pour 1 dans certains cas. Une multitude de nouveaux produits financiers ont également vu le jour. C'est ainsi que, par le processus de titrisation sophistiqué, les prêts hypothécaires, les soldes de cartes de crédit, les prêts automobiles, les prêts aux entreprises ont accouché de plusieurs nouveaux produits tels que les fameux papiers commerciaux bancaires, ceux non bancaires, les obligations dites collatérallisées à multiples niveaux de risque, aux default swap. Des nouveaux produits eux-mêmes parqués dans des nouvelles structures dites SIV, VIE, etc. Des structures faisant elles-mêmes appellent à l'effet de levier à outrance.

Évidemment, les banques centrales ont bien compris depuis 2003 que l'effervescence et créativité du secteur financier allait déboucher tôt ou tard sur une bulle. Aussi, ont-elles décidé d'éponger les surplus de liquidités en rehaussant graduellement les taux d'intérêt à court terme. Au point de les faire passer dans certains cas au-dessus des taux à long terme. Cette inversion de la courbe des taux d'intérêt se veut toujours un frein efficace à la croissance économique. Cela peut prendre des trimestres avant que le frein monétaire ne produise l'effet voulu. Mais l'effet finit toujours par se matérialiser. C'est le cas depuis août 2007. Et, depuis, quelle débandade.

Plus de 150 milliards $US de pertes déclarées jusqu'à maintenant par les grandes banques de ce monde. Et d'autres suivront, car rien ne va plus dans les marchés de tous ses nouveaux produits financiers issus de l'imagination hautement créative de nos bonzes de la Finance. Ils ne parviennent plus à trouver preneurs pour leurs placements hautement sophistiqués. La demande est si peu existante pour ces placements que la Réserve fédérale, la banque centrale américaine a dû innover la semaine dernière en débloquant de concert avec les autres grandes banques centrales de ce monde des liquidités de 200 milliards $US. Cela survient avec de multiples interventions importantes depuis août dernier. Mais, cette fois-ci, la Réserve fédérale accepte la prise en pension des titres hypothécaires fortement dépréciés des banques contre lesquels elle échange des bons du Trésor. Jusqu'à présent, les banques centrales n'acceptaient comme collatéral pour ses prises en pension que des bons du Trésor et des obligations du Trésor américain, soit des titres à revenus fixe de la suprême qualité du pays. Alors que ces prises en pension durent normalement une journée, les nouvelles voient leur période allongée à 28 jours. Autrement dit, les banques américaines peuvent actuellement déposer en collatéral auprès de la Réserve fédérale leurs titres hypothécaires dépréciés en échange de bons du Trésor de la plus haute qualité. Et il y a fort à parier qu'elles le font à la pleine valeur nominale de leurs titres hypothécaires et non à celle actuellement dépréciées. Un tel processus s'apparente carrément à la monétisation de la dette par le gouvernement américain.

Et, en dépit de ce sauvetage en règle, la Réserve fédérale n'a pas pu empêcher la faillite éclair de la plus vieille banque d'investissement américaine Bear Stearns. Un vent de panique a d'ailleurs soufflé alors qu'exceptionnellement, en plein week-end, soit dimanche dernier, la Réserve fédérale a abaissé son taux d'escompte de 3,5 % à 3,25 % (c'est le taux exigé pour les prêts de derniers recours aux banques) en plus d'élargir les prises en pension auparavant dédiées uniquement aux institutions financières de dépôt (que sont les grandes banques) aux banques d'investissement et courtiers en valeurs mobilières.

La Réserve fédérale se rend bien compte que le marché financier n'est plus qu'un véritable château de cartes prêt à s'écrouler au moindre souffle. Or cette monétisation de la dette survient alors que l'inflation prend du galon un peu partout dans le monde. L'inflation annuelle a dépassé la barre de 4 % aux États-Unis, elle avoisine 9 % en Chine, 12 % en Russie et d'autant dans plusieurs pays du Moyen-Orient.

Conclusion: la Réserve fédérale est carrément menottée et a confirmé la semaine dernière et en fin de semaine son abdication devant l'inflation. Dans un tel contexte, il va sans dire, le dollar et les principales devises de ce monde n'ont pas fini de se faire bouffer par l'ultime valeur refuge, l'or.

***

cchiasson@proplacement.qc.ca

Classe Internet: www.proplacement.qc.ca


Vos réactions


Les bons du trésor américains? Pas trustables - par Sylvain Racine (sracine@gmail.com)
Le mardi 18 mars 2008 19:00

Banques centrales privées pour les 'private interests of the nations...' - par Marc-André Morency
Le mardi 18 mars 2008 10:00

Vendre du vent - par ghislaine fortin
Le mardi 18 mars 2008 09:00

2008: Année de la Très Grande Dépression US - par jean claude pomerleau
Le mardi 18 mars 2008 07:00

Et dire que les banques centrales ont été supposément créer pour éviter les crise­s. - par Dominic Pageau
Le mardi 18 mars 2008 03:00

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com