Crise des liquidités - La Fed prend des risques
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La Banque centrale américaine multiplie les initiatives pour éviter l'implosion des marchés financiers
Washington -- Pour éviter l'implosion des marchés financiers, la Banque centrale américaine multiplie les initiatives, allant jusqu'à jouer un jeu dangereux en offrant des financements aux spéculateurs à l'origine de la crise actuelle.La décision intervient à deux jours seulement de la réunion du comité de politique monétaire de la banque centrale. Mais la Fed n'a pas pu attendre 48 heures, car la crise financière est passée à la vitesse supérieure depuis quelques jours.
«Ces mesures extraordinaires répondent à une nouvelle escalade des pressions sur les marchés financiers», souligne Brian Bethune de Global Insight.
«Les marchés se sont mis en mode de forte aversion au risque, car l'inquiétude ne porte plus seulement sur les problèmes de liquidité mais sur les risques de solvabilité des grands intermédiaires financiers», ajoute-t-il.
Le coup d'accélérateur de la crise a été la chute de la banque Bear Stearns, qui dimanche a accepté d'être rachetée pour une bouchée de pain par JP Morgan.
La Fed a oeuvré tous azimuts pour empêcher un naufrage complet, en intervenant dans le renflouement de Bear Stearns vendredi avant de superviser le rachat de la banque dimanche.
Cette action marque le sommet d'un interventionnisme croissant de la part de la banque centrale ces derniers mois, qui a «inventé» de nouvelles lignes de crédit pour les banques, injecté de l'argent en conjonction avec d'autres banques centrales et abaissé de façon spectaculaire ses taux d'intérêt.
Aujourd'hui, elle ira encore plus loin en abaissant son taux directeur, pour le moment fixé à 3 %, de 0,50 à 1 point. Mais la Fed n'a pas une grande marge de manoeuvre. «Nous sommes en train de passer de la prévention de crise à la gestion de crise», note David Rosenberg de Merrill Lynch.
Or cette crise pourrait être «la plus grave depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale», a affirmé hier l'ancien président de la Fed Alan Greenspan.
Le danger aujourd'hui est que d'autres banques ne connaissent le sort de Bear Stearns, créant un effet de dominos. La confiance des investisseurs est déterminante, car s'ils paniquent et retirent leur mise, alors les problèmes de liquidités des institutions financières ne feront que s'aggraver.
Pour restaurer cette confiance, la Fed se voit contrainte de jouer pleinement son rôle de «prêteur de dernier recours» et d'injecter massivement des liquidités dans l'économie.
Mais cette tactique n'est pas sans risques, avertissent certains économistes.
En volant au secours des banques d'investissement, la Fed prend le risque de récompenser ceux-là même qui ont créé la crise actuelle en multipliant les placements complexes et à hauts risques, comme les titres adossés à des prêts hypothécaires subprime par exemple.
Ce faisant, elle risque d'accroître «l'aléa moral» qui fait penser aux investisseurs que le prix de leurs erreurs sera de toutes façons payé par d'autres.
«La Réserve fédérale continue de sauver les grandes institutions financières sans leur imposer de conditions importantes d'amélioration de leur conduite et de leur performance», regrette Peter Morici, professeur d'économie à l'Université du Maryland.
Les analystes rappellent aussi le contre-exemple de la crise bancaire au Japon au début des années 1990.
«Le Japon n'a pas voulu laisser tomber en faillite ses banques qui étaient mal capitalisées avant que la crise ait au moins dix ans d'âge», souligne M. Rosenberg. Et «cela s'est traduit par plus de dix ans de croissance stagnante», ajoute-t-il.

