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15 ans de rtêve, 25 ans de dérive

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jacques noel
Envoyé Le lundi 17 mars 2008 07:00



Hier encore, les Québécois c'étaient nous autres. Les Tremblay du Saguenay et les Lavoie de Ste-Foy, les Dumont de Rosemont et les Landry de Gaspésie. C'était le "viens icite chose" sous la Tour Effel et le "ayoye tab..." sur un tesson de bouteille à Acapulco.

C'étaient nous avec nos grandeurs et nos misères, notre naturel désarmant et notre naïveté exceptionnelle, notre génie propre et notre quétainisme légendaire. "Cette pente au coeur qui ne trahit pas" disait Fernand Dumont.

Les choses ont commencé à se gâter après le Non de 80 lorsque les grands libérateurs de peuple sont passés du nationalisme linguistique, légitime et tout à fait inoffensif pourtant, au nationalisme civique, plus in pour la galerie.

Le projet initial, qui visait enfin à donner un Homeland aux Tremblay d'Amérique, après deux siècles de survivance et un éparpillement aux quatre coins du continent, s'est subrepticement transformé en nationalisme territorial. Comme si soudain les Sikhs de DDO, les Antillais de Côte-des-Neiges, les Italiens de St-Léonard, les Loyalistes de l'Estrie, les Jersiais de la Baie des Chaleurs et les Cris de la Baie James s'étaient mis à crier à la "nécessaire indépendance".

Et surtout comme si l'Etat-nation, qu'on réclamait en compromis à l'ennemi héréditaire, au prix de l'abandon d'un pays grand comme un continent et du largage de nos frères de la diaspora de Malliardville à Chéticamp aux mains des Red Necks francophobes, était devenu tout à coup une tare honteuse, trop réac dans les beaux salons, anachronique dans les grands colloques.

Une tare qu'il fallait maquiller dans un "État multiculturel francophone et moderne" (sic), un mini-Canada avec une fleur de lys à la place et le français d'icite en haut de l'affiche. Une tare qu'on ne pouvait même plus montrer à Puerto Rico, en Catalogne, en Corse, en Écosse, en Slovaquie, en Slovénie, en Arménie, en Kabylie, en Palestine, dans les Pays Baltes, au Pays basque, au Tibet, au Timor, chez les Kurdes et chez tous les p'tits peuples qui se cherchent désespérément une structure politique pour asseoir leur avenir (dire que depuis la moitié de ces peuples se sont libérés alors que nous, partis avant tous dans les crazy sixties, et sans Armée rouge sur le dos pour refroidir nos ardeurs, sommes toujours poignés dans le Gros Caca jusqu'au cou, avec maman Pauline comme nouvelle mère de la nation impuissante...)

Ça continué à déraper lorsque, dans un effort d'ouverture totale, on a établi une première mondiale en fêtant les autres la journée de la Fête nationale! Les rouleaux impériaux, les tacos et le couscous en plein 24 juin! Vas-y à fond mon Jean Dorion, t'es pas la moitié d'un con. Au fond, dans le coin, à l'extrême-droite, sur une nappe à carreaux, de la poutine et quelques pâtés à viande. S'il vous reste un petit creux... Pas dérangeants les Tremblay.

On a atteint le summum du ridicule à la fin des années 80 lorsque, suite à une enquête poussée de la Mère de la nation nous annonçant la disparition prochaine, on s'est mis à appeler "Québécois" le dernier-Tamoul-débarqué-sans-papiers-à-Mirabel. Sous prétexte qu'il habitait maintenant le territoire, qu'il allait bientôt fréquenter le COFI, travailler pour un maudit boss anglais itou, avant de fonder deux PME de cinquante-deux employés et engendrer une belle famille de six enfants vivants, tous premiers de classes à l'école française! Sahid au pays des merveilles? Non, Jean-Claude Leclerc et Gérald Leblanc trois fois par semaine.

On est descendu encore plus creux, la veille du référendum de Charlottetown, quand Bernard Landry et autres-grands-libérateurs-de-peuple sont allés danser la salsa et le meringue pour des peanuts. Pour un mirobolant 5% de compassion nationaliste! Moins que les sondages du National Enquire sur le fantôme de Memphis.

Mais le fond du baril on l'a vraiment atteint en 2007 avec le grand-niais-au-nez-blanc qui, en pleine crise des accommodements raisonnables, proposait de sortir le crucifix de l'Assemblée nationale! Le coup de kirpan dans 400 ans d'histoire. Doux Jésus! O secours Bénarès, on brûle!

C'est immanquable, à chaque fois que quelqu'un rentre dans la maison, au lieu de faire visiter, d'expliquer l'architecture et les fondations, pour finalement intégrer et assimiler la descendance comme chez tout peuple normalement constitué, on se cache sous la table pour réapparaître dans une pièce plus petite, sous un autre vocable. Comme si on était rien. Des deux de piques. Une tribu de croque-morts, de la neige jusqu'aux oreilles. Mortelle randonnée chez les Tremblay d'Amérique.

C'est ainsi qu'on est passé de la Nouvelle-France (le plus grand pays du monde au 18e siècle) au Canada, au Canada français, au Québec, au Québec francophone; de Français à Canadiens, à Canadiens français, à Québécois, à Québécois francophones pour aboutir dans le hangar à l'iconoclaste "Québécois francophones de vieille souche". A cinq mots, ce n'est plus une identité, c'est du Elvis Gratton. Un acte de contrition. Une peau de chagrin. Un refus d'être.

Après avoir endormi l'élite à gogo avec "la nouvelle réalité montréalaise et l'ouverture sur le monde", on nous a imposé ce ridicule "Québécois francophones de vieille souche" pendant que notre label "Québécois" s'est retrouvé distillé parmi tous ceux qui habitent le territoire. Comme si c'était raciste d'avoir un nom! Comme si les Sikhs de Glasgow et les Jamaïcains d'Édimbourg étaient Écossais. Et les Écossais, réfugiés sous la table du pub, le kilt sous le bras: "Écossais gaéliques de vieille souche"!

Le PQ se relève d'une incroyable dérive de 25 années où il a intégré, inconsciemment, tout le discours culpabilisant de la Gazette et de CTV des années 80. On lui a tellement martelé que "le Québec aux Québécois" était un chant nazi qu'il a fini par le croire! Et il a tellement capoté avec le nettoyage ethnique en Bosnie et au Kosovo, qu'il a fini par croire que Gaspesia rimait avec Srebrenica.

Pendant le dernier quart de siècle, le PQ a caché l'identité nationale comme si c'était une tare honteuse, pour épouser le nationalisme civique, un cul-de-sac qui mène dans le mur puisqu'il n'y a jamais eu et qu'il n'y aura jamais de retour d'ascenseur. Les "eux" qui ont quitté la misère du sud pour le paradis canadien de la Charte Trudeau ne se joindront jamais au "nous" québécois alors qu'ils sont comme des poissons dans l'eau dans le WE canadian, un peuple sans identité nationale.

Les immigrants ne se joignent pas plus aux Basques ou aux Catalans. On naît québécois comme on naît basque ou catalan: on ne le devient pas! Prétendre le contraire comme le PQ fait croire depuis 25 ans, c'est parler la langue de bois, prendre des vessies pour des lanternes.

Seul un changement radical du discours peut peut-être sauver la cause. Mais à 49% sur l'île et 79% au Québec, avec 250,000 immigrants attendus au cours des 5 prochaines années, ce qui va ramener les Nous à 76%, il est vraiment moins une pour les Tremblay d'Amérique. It's now or never.

Pas dans trois mandats, Pauline! Now. L'an prochain à Montréal c'est maintenant. Si l'empire soviétique peut éclater en 2 ans, si l'Allemagne peut se réunifier en 1 an et si la Tchécoslovaquie peut se séparer en trois mois, on peut faire l'indépendance en 2009.

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