Le dalaï-lama dénonce un «génocide culturel» au Tibet
Mots clés : révolte, Tibet, dalaï-lama, Manifestation et émeute, Asie (Région)
Après Lhassa, la révolte tibétaine s'étend aux provinces chinoises du Gansu, du Qinghai et du Sichuan

Photo: Agence Reuters
Les manifestations de la fin de semaine à Lhassa, d'une ampleur et d'une brutalité sans précédent depuis près de deux décennies, ont donné lieu à plusieurs rassemblements de soutien dans le monde, embarrassant la Chine à cinq mois de l'ouverture des Jeux olympiques d'été à Pékin. Citant plusieurs sources au Tibet, Thubten Samphel, un porte-parole du gouvernement tibétain en exil a déclaré hier que 80 personnes avaient été tuées et 72 autres blessées depuis le début des violences vendredi. Il n'a pas précisé combien de protestataires figuraient parmi les victimes.
L'agence officielle Chine Nouvelle a elle fait état du décès d'au moins dix civils, mortellement brûlés. Ces chiffres n'ont pu être confirmés de sources indépendantes dans la mesure où la Chine a restreint l'accès des médias étrangers au Tibet, et bloqué hier l'accès à YouTube.com après la diffusion de vidéos concernant les rassemblements au Tibet sur le site Internet.
Deux jours après les manifestations de Lhassa, où des émeutiers ont mis le feu à des véhicules de police et des commerces, des centaines de soldats et de policiers patrouillaient hier dans la ville. La chaîne Hong Kong Cable TV a signalé la présence de quelque 200 véhicules militaires, transportant respectivement des dizaines de soldats armés, dans le centre de Lhassa, en grande partie désert. Des messages lancés au moyen de haut-parleurs appelaient les habitants à «distinguer ennemis et amis» et à avoir «une position claire» pour «s'opposer à la violence». D'après une habitante, la police demandait à la population de ne pas sortir de chez elle.
«Devoir moral»
Les autorités chinoises ont, d'autre part, déclaré une «guerre populaire» au soutien dont jouit le dalaï-lama au Tibet. Face à cette situation, le dalaï-lama a tenu une conférence de presse, hier, pour demander qu'une enquête soit ouverte. Il a réclamé une «organisation internationale respectée puisse établir ce qu'est la situation au Tibet et quelle en est la cause».
«Que ce soit de façon intentionnelle ou non intentionnelle, une forme de génocide culturel est en train d'avoir lieu», a ajouté le chef spirituel des Tibétains, en référence à la politique de Pékin visant à encourager l'ethnie majoritaire Han à migrer vers la région et les restrictions pesant sur les pratiques bouddhistes au Tibet, envahi par la Chine en 1950.
En outre, a-t-il dit, la communauté internationale a le «devoir moral» de rappeler à la Chine qu'elle devait être un bon organisateur des Jeux olympiques; il a estimé toutefois que Pékin méritait d'accueillir ces jeux, cet été.
Selon une association tibétaine de défense des droits de l'homme et des témoins, les manifestations se sont étendues à la province chinoise du Sichuan proche du Tibet. Un témoin dans le comté d'Aba a affirmé sous couvert d'anonymat qu'un policier avait été tué et que plusieurs véhicules de police avaient été incendiés hier lors de heurts. Le Centre tibétain pour les droits de l'Homme et la démocratie et Free Tibet Campaign, groupe basé à Londres, ont eux affirmé que huit corps avaient été remis à un monastère et que jusqu'à une trentaine de protestataires avaient été la cible de tirs. Des informations non confirmées dans l'immédiat.
Dans la province du Qinghai, des dizaines de moines ont défié une directive interdisant les rassemblements à Tongren. Ils ont gagné une colline, où ils ont notamment fait brûler de l'encens. Un acte qui a suscité des tensions.
Ailleurs, des témoins ont fait état hier d'un couvre-feu imposé à Xiahe, dans la province du Gansu, au lendemain de l'usage de gaz lacrymogènes par la police contre plus de 1000 protestataires, dont des moines bouddhistes, partis du monastère de Labrang. D'autres témoins ont signalé des manifestations dans la localité voisine de Taktsang.
Parallèlement, près de 2000 exilés tibétains ont participé en Inde à une marche d'une dizaine de kilomètres entre McLeodganj et Dharamsala, brûlant des drapeaux chinois et scandant des slogans hostiles au président chinois. À Dharamsala, ils ont notamment brandi des affiches proclamant «Pas de meurtres au Tibet, pas de Jeux olympiques en Chine».
Cette colère éclate à deux semaines du coup d'envoi de célébrations marquées par le début du relais de la flamme olympique, qui doit passer par le Tibet. Plusieurs pays, dont les États-Unis, ont exhorté la Chine à faire preuve de «retenue» à l'endroit des protestataires. L'Inde a lancé hier un appel au dialogue et le Japon un appel au calme. Samedi, le président du Comité international olympique (CIO) Jacques Rogge a estimé qu'un boycottage des JO en août «ne résoudrait rien».

