Législatives en Iran - Les conservateurs majoritaires jusqu'à Téhéran
Mots clés : Parlementarisme, conservateurs, politique, Iran (pays)
Téhéran -- Les conservateurs iraniens confirmaient hier leur emprise sur le Parlement avec une majorité des deux tiers, selon des résultats partiels qui montrent leur force jusque dans la capitale Téhéran, la vitrine politique du pays.
Cette victoire était attendue compte tenu de la disqualification d'un grand nombre de candidats réformateurs par les autorités. Le même procédé avait largement contribué à la victoire des conservateurs en 2004. La présidence slovène de l'Union européenne a souligné «son profond regret et sa déception» devant ce procédé et a jugé que les élections n'avaient «été ni libres ni équitables».
Les conservateurs ont remporté 163 sièges, et 54 de leurs candidats sont en ballottage, a indiqué la chaîne publique Press-TV, citant le ministère de l'Intérieur. Quant aux réformistes, ils ont jusqu'ici remporté 40 sièges, a ajouté la chaîne, les modérés maintenant ainsi la même représentation au Parlement.
Les réformateurs espèrent obtenir jusqu'à 20 % des sièges. «Malgré toutes les restrictions, nous avons réussi à perturber le jeu de nos adversaires», disait samedi Abdollah Nasseri, porte-parole de la Coalition des réformateurs. Mais, à Téhéran, qui fournit 30 sièges à la Chambre, ce sont les conservateurs qui ont franchi le barrage du premier tour sans difficultés.
Avec plus de deux tiers des bulletins dépouillés, les 11 candidats élus dès le premier tour, contre 14 dans une première estimation hier, sont tous conservateurs. Trente-huit candidats (contre 32 auparavant) restent en ballottage pour le deuxième tour, qui se tiendra le 18 ou le 25 avril, ce qui laisse encore une chance aux réformateurs d'y effectuer une percée.
M. Nasseri a assuré samedi que sa formation réformatrice n'en était pas moins «en bonne position» à Téhéran pour le deuxième tour. Le vote à Téhéran était aussi un test pour deux formations conservatrices en partie rivales, le Front uni des défenseurs des principes, la principale, et la Coalition élargie des défenseurs des principes.
Le Front uni inclut le mouvement du président Mahmoud Ahmadinejad, le «Doux parfum de servir», alors que la Coalition élargie est parrainée par des conservateurs critiques du président, dont l'ex-négociateur du dossier nucléaire Ali Larijani et le maire de Téhéran, Mohammad Baqer Qalibaf. La coalition élargie partageait l'essentiel de ses candidats avec ceux du Front uni, mais avait décidé de défier ce dernier dans la capitale.
Les premiers résultats marquent un échec pour la Coalition à Téhéran. Cinq de ses principaux candidats sont éliminés dès le premier tour et un seul, Mohammad Khoshchereh, se trouve en ballottage, difficile, pour le second tour.
En revanche, trois candidats affiliés au «Doux parfum de servir» et inscrits sur la liste du Front uni sont élus dès le premier tour alors que cinq autres sont en bonne position pour passer au deuxième.
À la différence de la province, où les enjeux locaux sont prioritaires, le vote à Téhéran est avant tout politique. Il marque aussi un échec relatif pour la formation de l'ex-président du Parlement Mehdi Karroubi et son parti réformateur Confiance nationale.
Tout en partageant un grand nombre de candidats avec la Coalition des réformateurs, soutenue par l'ex-président Mohammad Khatami, il était en compétition avec elle sur Téhéran. Le parti de la Confiance nationale n'aura aucun siège à Téhéran. Il avait été pourtant mieux traité que la Coalition des réformateurs par le Conseil des gardiens de la constitution, chargé du filtrage des candidats.

