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Mai 68. Un vent de liberté dont on veut se protéger encore aujourd'hui..
Mais 68, ce n'était pas « tranquille » du tout. On suivait dans le journal Le Monde les mouvements estudiantins et les compagnies de CRS sur des cartes et on regardait les De Gaulle et les Pompidou apeurés et bavant d'incompréhension. J'ai couru dans les rues avec les ouvriers dont mon père faisait partie. On parlait littérature et philosophie avec nos profs. On s'embrassait enfin librement sans avoir peur de rien. Nous étions pour une dernière fois ensemble, ouvriers, bourgeois, pauvres et la jeunesse qui s'éveillait. La France entière déjeunait sur les pavés et sur l'herbe ensemble. 23 ans après l'horrible époque de Vichy fasciste de Pétain/Laval, 6 ans après l'affreuse guerre d'Algérie d'où je venais. Daniel Cohn-Bendit qui avait joué enfant sur les genoux d'Hannah Arendt tirait la langue au pouvoir coincé et triste de la bourgeoisie française. On s'ennuyait en France avant Mai 1968.
Allons-nous maintenant insulter une fête que l'humanité toute entière à fêter ensemble? Car ne l'oublions pas, la guerre froide ne nous a pas interdit de communier avec le Printemps de Prague et tout le reste de la planète en passant par la Chine, Le Viet-Nam, la Californie, l'Amérique Latine. Comme un bouquet de fleurs, Mai68 nous a permis de casser les frontières des vieux pour les ouvrir au mouvement de la jeunesse. Rome ou Berlin ou Amsterdam, nous étions tous dans le même fil de l'histoire. Nous partagions tous tout pour la dernière fois. Quel bonheur d'aimer enfin sans que cela soit une affaire de famille. Maintenant, nous sommes dan nos boites, isolés, craintifs, plein de principes éclairés et intelligents. De la mesquinerie en veux-tu en voilà. Maintenant, nous sommes intelligents et lucides et le monde ne changera plus. Il restera médiocre et nous n'aurons plus jamais d'Antoine Doinel ni de Pierrot le Fou. On ne sera pus jamais à but de souffle pour vivre et aimer comme en Mai 68. D'ailleurs Godard avait déjà fait son testament de l'époque dans son Masculin féminin: "faire rendre gorge à la réalité." C'était ça Mai68. Vous, vous préférez le Coca Cola. Mais nous, moi, dans ce temps-la, nous aimions au sortir de la salle de cinéma nous répéter inlassablement ce que nous avion senti et entendu au cours de ce film; « "La sagesse, ça serait si on pouvait vraiment voir la vie, vraiment voir. Ca serait ça la sagesse." Mai 68, c'était bien la dernière fois.
