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L'art de transformer la réalité en malheurs

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Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Envoyé Le samedi 15 mars 2008 09:00



L'art de transformer la réalité en malheurs.

« En haïssant l'hiver, c'est peut-être une partie de notre identité qu'on refuse »
L'art de transformer et même nier la réalité.

Comme si l'hiver n'était qu'une mauvaise vue de l'esprit.
En hiver, on gèle et on pèle. C'est beau et aussi c'est long. Mal habillé, on gèle. On ne sort pas sans son manteau. Les mois d'hiver sont sombres, à 16h, il fait noir comme chez le loup.
On vit avec et on aime, mais on ne se cache pas que lorsque la neige fond, que le soleil nous chauffe, ça fait du bien.
La fatigue de l'hiver n'a rien à voir avec notre "identité qu'on refuse". À part Mme Bombardier, bien peu refusent leur identité québécoise.

Il n'y a pas beaucoup de pays où il fait 0ºC et le lendemain -25. Bien peu de pays où la météo règle nos vies comme ici.
C'est la réalité. Lorsqu'on joue à transformer la réalité en l'interprétant avec de savoureuses et maladives considérations psychologiques, il est temps d'aller s'étendre près d'un spécialiste pour aller retrouver son identité qui s'égare.

«Notre obsession météorologique nous a rendus étrangers à nous-mêmes.»
Contrairement à Mme Bombardier, nous ne vivons pas sur une autre planète. Nous avons les deux pieds dans la "slush", les bottes mouillées et les bas trempés. Nous avons la guédille au nez et les oreilles gelées. Il n'y a rien dans cette réalité qui nous rend étrangers à nous même.
Pas fort fort la métaphore!
On pourrait plutôt dire, pour se réchauffer un peu et se faire sourire dans ces jours sombres et froids que Mme Bombardier fait feu de tous bois!

«À force de considérer notre climat comme un adversaire qui n'a de cesse de nous terrasser, on se crée une incapacité à vivre notre géographie. »
Bon! Un chausson aux pommes avec ça?!

Cette tendance irrépressible à vouloir psychanalyser le peuple (son peuple), du haut de sa tour, dénote une fixation, voire, une sorte pathologie mentale.

Que notre vie soit en grande partie affectée par la météo n'a rien de sorcier, d'identitaire ou de malheureux. C'est la simple et souveraine réalité.

Ici, on rencontre quelqu'un et au bout de deux minutes on se retrouve à discuter de la météo. Notre vie est réglée en bonne partie par la météo, que voulez-vous!

En France, on rencontre n'importe qui et au bout de deux minutes, on discute de bouffe. Toujours de Bouffe. Que voulez-vous, ces Français et ces Françaises sont nés-es le nez dans un chaudron et la bouffe règle leur vie en bonne partie. (C'est plus agréable que l'hiver)

Dans mes six mois de vie au Venezuela, lorsque je rencontrais les gens, au bout de deux minutes on parlait d'insécurité. Que voulez-vous, les malandros (malfaiteurs) règlent leur vie depuis des décennies. Tout le monde s'est fait voler. Tout le monde a un parent ou un ami qui s'est fait tirer dans une ruelle. C'est leur réalité (C'est bien pire que l'hiver... mais, pour eux, les choses s'améliorent... tandis que pour nous, l'hiver restera l'hiver)

Si vous êtes dans le sud de la vallée du Rhône, au bout de cinq minutes, vous parler du Mistral. Le Mistral à Avignon, ce n'est pas un vent, c'est une personnalité. Il règle la vie.
Lorsqu'il souffle, toute la vie courante en est affectée. C'est la réalité.

Sous les tropiques, jamais on ne parle de météo. D'ailleurs si vous vous informez sur les saisons, on vous regarde en se demandant de quoi exactement vous parler!?
Comme un ami trinidadien m'avait dit lorsque je lui ai demandé qu'elles étaient les saisons à Trinidad, il m'avait répondu: "Il y a trois saisons à Trinidad. La saison de Noël, la saison de Pâques et entre les deux, la saison la plus importante, celle du Carnaval.

Lorsque l'on voit un pays en touriste, il est facile d'aimer cette sensation inconnue du froid qui pince les joues et le plaisir de dégager toute cette magnifique blancheur, ou encore d'avoir la peur d'être suivi par quelques "malandros" et de rentrer le coeur haletant dans son hôtel sécurisé, ou encore de rapporter des photos de l'effet du Mistral déchaîné. Mais lorsque l'on vit dans sa réalité, on ne la voit pas en touriste, on sait ce qui est bon et ce qui fait chier. Chacun assume complètement son "identité".

Transformer constamment la réalité en malheurs «profonds» est une sorte de maladie.

Serge Charbonneau
Québec

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