Une question de survie
Mots clés : École communautaire, Enseignement, Éducation, Québec (province)
Si, à Montréal, l'école communautaire permet s'attaquer à des problèmes liés à la pauvreté et au défi de l'intégration des immigrants, ce concept prend un tout autre sens en région. Dans les villages où les enfants se font rarissimes, il s'agit carrément d'une stratégie de survie pour garder ouvertes des écoles de village et ainsi espérer garder les jeunes familles.
La bibliothèque y a emménagé et l'administration municipale y loue des locaux qu'elle met à la disposition des groupes communautaires du coin. «Ce qui ressort de cette initiative, c'est le mot "engagement". On peut penser que c'est loufoque d'investir autant pour 28 élèves. On pourrait bien les asseoir dans un autobus et les envoyer ailleurs. Nous avons fait le choix de la survie de l'école du village», explique Manon Lauriault, véritable directrice aux mille chapeaux, qui veille en même temps sur trois petites écoles.
Résultat: l'école, ouverte sept jours sur sept, est en même temps un centre de loisirs où les adultes font par exemple du taï chi, où les aînés occupent leurs temps libres, où a lieu le carnaval de la municipalité, et tutti quanti. Une grande patinoire, ouverte à longueur d'année, tantôt pour le patin à glace, tantôt pour le patin à roues alignées, se trouve au milieu de la cour d'école, symbole de la dynamique entre les mondes scolaire et municipal.
«Le trait d'union se fait ici beaucoup plus facilement entre la vie sociale, familiale, scolaire. En ville, ce trait d'union est souvent plus difficile à faire. En région, c'est notre force vitale», poursuit Mme Lauriault.
Vivre à l'école
C'est aussi la crainte de perdre son école qui, il y a dix ans, a poussé la communauté du village de Saint-Romain, aux limites de l'Estrie et de la Beauce, à développer un nouveau modèle de cohabitation entre une école primaire et un centre de formation professionnelle hors du commun.
Avec ses 27 élèves, l'école primaire de ce petit village d'environ 700 habitants était sur le point de fermer. «En même temps, les agriculteurs du coin nous disaient qu'ils manquaient de relève. Le milieu rural s'est mobilisé pour explorer d'autres façons d'apprendre», raconte Chantal Vigneault, directrice de la Maison familiale rurale (MFR) et de l'école primaire de Saint-Romain.
C'est en France qu'ils sont allés puiser leur inspiration. Au fil des recherches et d'un voyage d'exploration pour comprendre le fonctionnement des maisons familiales rurales françaises, le groupe s'est lancé. On a donc développé des programmes de formation professionnelle en alternance travail-études dans les domaines de la production laitière, de l'élevage bovin, de l'abattage forestier et de l'acériculture.
Les adolescents de secondaire 3 à 5 étudient pendant deux semaines à la MFR pour ensuite séjourner deux semaines dans une entreprise agricole. Lorsqu'ils sont en classe, ils sont hébergés dans un bâtiment voisin de l'école et habitent ensuite chez leur maître de stage pendant les deux semaines suivantes.
Une coopérative, formée principalement de parents d'élèves, d'agriculteurs et de gens d'affaires de la région, a été mise sur pied pour gérer le pensionnat, coordonner l'hébergement, embaucher des surveillants et organiser le service de cafétéria. «C'est le bébé de notre village. Dix ans plus tard, nous avons gardé notre école primaire, nous avons un service de garde qui accueille 20 élèves. Nous avons même agrandi l'école!», fait valoir Mme Vigneault. Environ 80 élèves sont inscrits aux programmes de formation professionnelle: deux cohortes de 40 jeunes alternent entre la MFR et leur apprentissage sur le terrain.
Outre les salles de classe, l'école est dotée d'une érablière et d'un atelier de mécanique. «Il y a une vie de groupe, les jeunes participent aux tâches ménagères. Il se reproduit ici une mini-culture familiale», affirme Mme Vigneault.
Le profil des jeunes est varié: beaucoup de ces garçons sont de la région, mais certains viennent d'aussi loin que la Gaspésie et l'Abitibi-Témiscamingue pour apprendre leur métier. «Certains jeunes ont des profils de décrocheur, d'autres ont la passion du métier. C'est une école où la pratique est favorisée», poursuit Mme Vigneault.
Et cette expérience a fait des petits: trois autres maisons familiales rurales ont vu le jour au Québec au cours des dernières années.
Vos réactions
Aucun commentaire ... soyez le premier !

