Mauvaise passe pour la Banque de Montréal
Mots clés : Banque de Montréal, Banque, Canada (Pays), Montréal
Je suis avec attention l'évolution du cours de l'action de la Banque de Montréal. J'ai remarqué qu'elle a chuté de manière spectaculaire (43,45 $) en ce moment. Le dividende a aussi chuté énormément, ce qui doit contribuer à cette baisse (70 ¢). Est-ce le temps d'acheter? J. L. B.
Pour mon malheur, j'en ai fait mon placement le plus important, à un coût moyen de 61 $. Je me demande s'il y avait, dans l'information disponible (états financiers ou autres), des éléments qui auraient pu permettre de prévoir la gestion désastreuse qui a été réalisée. En ce qui me concerne, je ne l'ai pas vue venir.
Aujourd'hui, je me demande comment évoluera maintenant ce titre. Vers 20 $ comme le géant américain Citigroup ou vers une reprise?
R. M.
La dégringolade de BMO est douloureuse pour mon portefeuille. Pour ma part, je conserve mes titres sans trop savoir jusqu'où ça ira. Les fluctuations sont souvent exagérées à la hausse comme à la baisse, grandement influencées par les émotions, lesquelles prennent le dessus sur le rationnel. Une chose est sûre, la Banque de Montréal aura encore pignon sur rue dans deux ans, sauf que j'aurais préféré payer le prix actuel plutôt que 55 $ -- j'en avais racheté récemment... Il faut vivre avec ça.
G. T.
Les mauvaises nouvelles fusent de toutes parts au sud de notre frontière.
Le mois de février s'est soldé par une perte sèche de 63 000 emplois, ce qui renforce les probabilités que les États-Unis soient déjà en récession. Le stock de maisons invendues demeure à des sommets, les reprises bancaires explosent et les prix des propriétés périclitent. Pour la première fois depuis 1945, la dette des Américains dépasse l'avoir accumulé dans leurs propriétés.
Sombre tableau. Aussi, le calvaire du secteur financier de par le monde est loin d'être terminé. Plusieurs grandes institutions américaines devront une fois de plus radier des milliards de dollars de leur actif. Des radiations qui assèchent leur liquidité et les forcent maintenant à faire des rappels de marges auprès des fonds de couverture, eux-mêmes extrêmement endettés. Ces derniers doivent alors vendre parfois sans discernement bons et mauvais placements, question de renflouer leur marge de crédit.
Le marasme actuel, bien qu'émanant de la déconfiture des prêts hypothécaires à haut risque faits aux États-Unis, écorche maintenant toutes les institutions financières de par le monde. Le secteur financier canadien n'échappe pas à la tourmente. On l'a vu il y a deux semaines. Le sous-indice des services financiers du S&P/TSX a chuté violemment de 6 %. Les titres bancaires ont été les plus durement touchés par la débandade. Les titres d'autres institutions n'on guère été épargnés. C'est ainsi que les cours des actions des firmes de fonds communs de placement et des holdings tels que Power Corporation ont chuté entre 7 % et 9 % durant la semaine en question. Les actions des compagnies d'assurance vie ont reculé quant à elles entre 3,5 % et 6,5 %.
Mais parmi toutes les entreprises du secteur, la Banque de Montréal est celle qui a été le plus malmenée. Son action a dégringolé dans cette seule semaine de plus de 13 %. Nul doute, la banque a été confrontée à un vent de panique.
Les raisons sont multiples. Il y a eu d'abord cette surexposition en 2007 de la banque au marché des contrats à terme sur le gaz naturel due aux malversations d'un de ses arbitragistes. La perte en résultant: près de 800 millions en 2007. Puis est survenue en août 2007 l'actuelle crise des prêts hypothécaires à haut risque aux États-Unis. L'onde de choc est telle qu'elle affecte aujourd'hui presque toutes les catégories de titres à revenus fixes, exception faite des obligations des gouvernements. En marge de cette crise, la Banque de Montréal a radié des actifs pour une valeur de 488 millions au premier trimestre terminé le 31 janvier 2008. Une radiation qui en a déçu plus d'un. Surtout que celle-ci survient deux mois à peine après que Bill Downe, le nouveau président, eut étayé ses prévisions pour le nouvel exercice 2008. Des prévisions fort optimistes qui ne tiennent déjà plus la route. La banque admet qu'elle ne pourra pas atteindre lesdits objectifs de croissance.
Pis, la saignée pourrait se poursuivre alors que la banque éprouve des difficultés à restructurer un SIV nommé Apex. Advenant que ladite restructuration avorte, la Banque de Montréal devrait radier une valeur de 500 millions au prochain trimestre.
Et, pour comble de malheur, les analystes ont découvert dans les états financiers du premier trimestre l'existence d'un autre SIV, cette fois-ci opérant aux États-Unis, du nom de Fairway Finance. La Banque de Montréal a pris une charge de 39 millions résultant d'un mauvais prêt fait à une entreprise par ce SIV.
Le cumul de toutes ses mauvaises nouvelles fait que l'action de la Banque de Montréal a pris toute une dégelée il y a deux semaines.
Cela dit, qu'elle doit être votre attitude devant cette situation certainement navrante? Premièrement, en dépit de ses déboires, la Banque de Montréal reste tout de même une entreprise rentable. Elle a réalisé un bénéfice net de 255 millions au premier trimestre, ce qui est toujours mieux que la perte sèche de 1,7 milliard de dollars essuyée par la Banque CIBC. Cela n'a pas empêché le titre de la Banque de Montréal d'être plus malmené que celui de la Banque CIBC, dont l'exposition aux prêts hypothécaires à haut risque américains est très élevée. La Banque de Montréal, pour sa part, est très peu exposée à ce marché.
Ensuite, il faut savoir que les radiations prises au premier trimestre sont dues à une baisse de la valeur marchande des prêts en portefeuille de la Banque de Montréal et de ses SIV et non de pertes réellement encaissées. Les règles comptables obligent les banques à inscrire les actifs à leur valeur marchande réelle et à passer immédiatement à la dépense les pertes résultant de la baisse de cette valeur marchande si tel est le cas. Cela signifie que les radiations inscrites au livre ne viennent pas affecter les flux de trésorerie de la banque. Bien que la Banque de Montréal ait déclaré au premier trimestre un profit net de 255 millions, ses flux de trésorerie sont probablement de l'ordre de 600 millions. Aussi la banque est-elle en mesure de soutenir le versement de son dividende.
En troisième lieu, presque toute la polémique actuelle entourant la Banque de Montréal tourne autour du SIV Apex. Advenant que la restructuration de ce SIV avorte, il y aurait des conséquences très négatives sur les résultats de la banque au second trimestre. Une radiation de 500 millions en plus de litiges portant sur des fonds transférés d'un milliard de dollars, semble-t-il.
Dans son communiqué de presse, la Banque de Montréal évalue à 70 % les probabilités que les parties en viennent à une entente. Cela fait au moins deux semaines que certains détenteurs de titres auraient pu forcer la liquidation du SIV. Rien n'a été fait. Les négociations se poursuivent donc entre les différentes parties. La Banque de Montréal dispose d'amplement de liquidités pour soutenir ce SIV dans la mesure où il en résulte une entente satisfaisante. Car, chose curieuse, le portefeuille de prêts de ce SIV totalise à peine 2,1 milliards de dollars. Cela montre que tout le problème repose essentiellement sur des points de divergence entre les parties plutôt que sur des considérations de marché.
Avec un actif de 376 milliards de dollars et un ratio de capital correspondant à 9,4 % de l'actif, la Banque de Montréal est capable de soutenir toutes ses entités SIV. Elle a débloqué des marges de crédit de 14 milliards de dollars pour son SIV américain Fairway Finance ainsi que près de 12 milliards de dollars pour ses entités canadiennes Parkland et Links Finance.
Il ne faut pas oublier dans tout cela que, derrière les fameuses entités SIV, se trouvent des prêts tout ce qu'il y a de plus traditionnel pour les banques, c'est-à-dire des prêts hypothécaires, des prêts aux entreprises, des soldes de cartes de crédit et autres prêts à la consommation.
Autre point: le titre de la Banque de Montréal n'est pas le seul à dégringoler. Certes, son cours accuse un plus fort recul que la moyenne des autres banques. Il reste cependant que tous les titres du secteur financier sont sous forte pression à la baisse.
C'est là une situation toujours moins inquiétante que celle où le titre d'une entreprise est le seul à dégringoler dans son secteur. Dans un tel cas, il y a fort à parier que l'entreprise en question est confrontée à de sérieux problèmes financiers et administratifs qui lui sont propres.
Enfin, contrairement à ce que laisse entendre J. L. B. dans sa lettre, le dividende de la Banque de Montréal n'a pas été réduit. Bien au contraire. Elle l'a augmenté en novembre dernier. Le montant de 70 ¢ auquel fait référence J. L. B. est le dividende trimestriel. Le dividende annuel est de 2,80 $. À son cours actuel de 41 $, l'action de la Banque de Montréal s'échange sur la base d'un taux de dividende annuel rarement vu de 6,8 %.
***
cchiasson@proplacement.qc.ca
Classe Internet: www.proplacement.qc.ca
Vos réactions
M Chiasson a bien raison à propos de la BMO... - par Léon Labrecque
Le samedi 15 mars 2008 17:00
re Banque de Montréal - par Ouellette Robert
Le samedi 15 mars 2008 14:00

