Voyage à l'ère planétaire - 3

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Denise Bombardier
Édition du samedi 15 et du dimanche 16 mars 2008

Mots clés : PQ, Tourisme, Climat, Québec (province)

Débarquer chez soi comme dans un pays étranger, entre Dubaï et Macao, est un exercice plus que fascinant. Retrouver le regard distancé de ceux qui, à longueur d'année, nous visitent et tenter de comprendre l'attachement que notre coin de planète suscite, voilà ce que signifie être un touriste de l'intérieur. Une absence de cinq semaines au bout du monde et on imagine que la Terre tourne chez soi comme les avions qui nous transportent d'un continent à l'autre. On croit que, loin des yeux, le pays va nous échapper, qu'on ne reconnaîtra plus nos amis, que les problèmes qu'on a fuis seront résolus et que la québécitude aura perdu de son exacerbation.

Or on découvre que les descendants des hommes des bois et des pionniers qui ont défié l'hiver tout en aimant sa beauté indomptée se sont transformés en angoissés de la neige et du froid, impuissants qu'ils se découvrent à contrôler la nature. Quel terrifiant sentiment que celui qui habite la cohorte des control freaks de notre époque, incapables de s'incliner devant la majesté de l'hiver, du seul véritable hiver, celui qui impose sa blancheur du sud du territoire jusqu'au Grand Nord.

En redoutant l'hiver qui se déploie, en le haïssant même, c'est peut-être une partie de notre identité qu'on refuse désormais. L'hiver est une puissante métaphore de notre aliénation au sens littéral du terme. Notre obsession météorologique nous a rendus étrangers à nous-mêmes. À force de considérer notre climat comme un adversaire qui n'a de cesse de nous terrasser, on se crée une incapacité à vivre notre géographie. Or les étrangers sont fascinés et attirés par cette nature qu'ils nous envient. Le froid rigoureux et les tempêtes de neige qui désorganisent nos vies d'urbains névrosés par le temps et la vitesse sont là comme un rappel du courage et de la vaillance de ces ancêtres qui ont bâti le pays dans des conditions extrêmes.

De nos jours, la nature qui entrave nos agitations quotidiennes dont on croit prétentieusement qu'elles ont valeur d'absolu, cette nature devrait plutôt susciter notre réflexion. Après quoi courons-nous, tête baissée, montre au poignet et téléphone portable à la main? Nous avons trop froid en hiver, où on ne supporte pas la neige sur les trottoirs, au point de la gratter jusqu'au ciment à coups de millions de dollars. On a trop chaud en été, languis aux terrasses des cafés où plusieurs rêvent des bancs de neige. La pluie nous rend maussades, les vents nous ahurissent et le beau temps nous fait conclure qu'il ne va pas durer. Le fameux mois de février associé aux déprimes se poursuit désormais jusque tard au printemps. En fait, la nature nous dérange parce qu'elle fait éclater nos fragiles constructions mentales, celles grâce auxquelles nous croyons tout contrôler.

Séjourner en coup de vent dans son propre pays qu'on quittera de nouveau sans l'abandonner est bien sûr un luxe. On se donne le droit de se surprendre de ce qu'hier on estimait allant de soi. Des gouvernements minoritaires incapables de vraiment gouverner, des oppositions impuissantes à s'opposer, d'où le remplacement de la politique, c'est-à-dire le choc des idées, par la recherche permanente de scandales potentiels, virtuels ou imaginaires.

Quand la démocratie s'élabore par le truchement d'instituts de sondage, il n'y a plus de principes qui tiennent. On ne renverse pas le gouvernement avec des idées, on cherche à l'éclabousser avec des rumeurs malicieuses, des demi-vérités et des cris au loup sans objet véritable. On vit dans le mou, le flou, on s'indigne des niaiseries du jour et on se scandalise pour des insignifiances.

Quand on est un touriste de l'intérieur, on se pince devant l'ineptie intellectuelle de fonctionnaires comme la présidente de l'Office québécois de la langue française, qui nous renvoie à la lecture de ses études sur l'état de la langue au Québec, refusant de se «commettre» alors qu'elle pèche contre la plus élémentaire des vertus, à savoir l'exercice du jugement lorsqu'on occupe une fonction publique d'autorité.

On s'étonne que l'évidence du déclin lent et inévitable des francophones à Montréal soit niée et devienne un sujet d'opinion, comme s'il ne résultait pas de la faiblesse annoncée depuis des lunes du taux de fécondité des Québécoises, dont le dynamisme est devenu plus idéologique que biologique.

Faut-il se rendre au bout du monde et en revenir pour s'incliner enfin devant des faits et des statistiques à l'abri des émotions et des passions? Pourquoi ce jeu de cache-cache, ce faire-semblant pour se faire plaisir, se rassurer ou ne pas donner d'arguments au Parti québécois, lequel montre des signes d'agonie intellectuelle? Avec le PQ, voilà donc que nous allons converser nationalement et nous lancer dans une campagne en faveur de la langue standard québécoise, création mutante libérée du français. À voir ce parti chercher des voies bloquées par les référendums passés, des idées dans des modes du jour toujours teintées de rectitude politique, on se dit que le PQ devrait entreprendre un voyage au bout de lui-même.

Vu du ciel dimanche soir, le Québec paraissait l'endroit le plus ouateux pour atterrir et se reposer des malheurs du monde. Mais souvent, le Québec entretient ses malheurs. Des malheurs nationaux diraient les uns, locaux diraient les autres.

***

denbombardier@videotron.ca


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Le jeudi 20 mars 2008 08:00

Ha bien alors là!. - par Bernard Quidoz (zodiuq39@yahoo.ca)
Le dimanche 16 mars 2008 13:00

Le malheur des uns... - par Jean Brault
Le dimanche 16 mars 2008 12:00

Bravo! - par Henri-Bernard Boivin
Le dimanche 16 mars 2008 09:00

en 1976 - par claude tremblay
Le dimanche 16 mars 2008 09:00

Il y a ''frileux'' et frileux! - par Jean Le May
Le dimanche 16 mars 2008 08:00

Chez nous, on aime parfois... - par Benoît Gagnon
Le dimanche 16 mars 2008 05:00

Euh! ah! quuu! comment dire? euh! n'est-ce pas? - par Lemay Gilles
Le samedi 15 mars 2008 17:00

Tien tien - par Guy Fafard
Le samedi 15 mars 2008 14:00

Rien à ajouter, texte magistral! - par Huguette Juneau
Le samedi 15 mars 2008 12:00

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Le samedi 15 mars 2008 11:00

Le Québec entretient ses malheurs ? - par Sylvain Goulet (info@sylvano.com)
Le samedi 15 mars 2008 11:00

L'art de transformer la réalité en malheurs - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le samedi 15 mars 2008 09:00

Appel à la défense du nous - par Bernard Charier
Le samedi 15 mars 2008 09:00

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