Un rapport de l'ONU fait état d'une situation préoccupante - Comment va l'Afghanistan ?

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Alec Castonguay
Édition du samedi 15 et du dimanche 16 mars 2008

Mots clés : MANUA, Forces armées, Afghanistan (Pays), Canada (Pays)

Au moment où le Canada prolonge sa mission en Afghanistan jusqu'en juillet 2011, les Nations unies dévoilent un rapport qui dresse un portrait mitigé de la situation dans ce pays instable. Malgré les progrès, l'Afghanistan est rongé par des maux qui mettent son avenir en péril.

Ottawa -- Le Conseil de sécurité a entamé cette semaine un débat pour prolonger le mandat de la Mission d'assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA). Même si la décision n'est qu'une formalité, l'ONU a remis à ses États membres un rapport qui fait état des progrès et des échecs dans ce pays ravagé par 25 ans de guerre.

Le constat est implacable: l'Afghanistan n'est pas encore sorti du bourbier. «Deux ans après l'adoption du Pacte pour l'Afghanistan, la transition politique reste en butte à de graves difficultés, peut-on lire dès le début du document. Les talibans, les groupes armés apparentés et l'économie de la drogue représentent des menaces fondamentales pour les institutions politiques, économiques et sociales encore fragiles.»

La sécurité est précaire dans plusieurs régions, dit l'ONU. «Malgré les succès tactiques remportés par les forces militaires nationales et internationales, les éléments antigouvernementaux sont loin d'être vaincus. Trente-six des 376 districts, dont la plupart des districts de l'Est, du Sud-Est et du Sud, demeurent en grande partie inaccessibles aux responsables gouvernementaux afghans et aux travailleurs humanitaires.»

Le rapport remis au Conseil de sécurité estime que la situation est «préoccupante». «En 2007, les rebelles et les terroristes ont considérablement intensifié leurs activités par rapport à l'année précédente», peut-on lire. En moyenne, 566 incidents par mois ont eu lieu en 2007, contre 425 l'année précédente. Près de 8000 personnes sont mortes en raison du conflit, tant du côté des talibans que du côté du gouvernement ou des forces militaires, dont 1500 civils. Il y a eu 160 attentats suicide et 68 tentatives avortées en 2007, contre 123 bombes humaines et 17 tentatives en 2006.

La frontière avec le Pakistan est toujours aussi poreuse, ce qui cause de sérieux maux de tête aux forces internationales, puisque les talibans et al-Qaïda s'entraînent et se replient dans une zone tribale hors du contrôle d'Islamabad, avant de revenir combattre en Afghanistan. Mais à l'intérieur du pays, 16 «groupes armés», selon l'ONU, ont abandonné les armes. Plus de 1000 individus ont été arrêtés ou désarmés, alors que 5700 armes ont été confisquées.

Les Nations unies rappellent que l'Afghanistan n'est pas un bloc homogène. Le pays reste divisé entre l'Ouest et le Nord, qui sont «généralement plus stables et où les problèmes de sécurité sont liés à la criminalité», alors que le Sud (la région des soldats canadiens) et l'Est sont victimes d'une «insurrection de plus en plus coordonnée». L'organisme précise toutefois que, même dans les zones dangereuses du Sud, «le conflit est relativement circonscrit puisque 70 % des incidents relatifs à la sécurité se sont produits dans 10 % des districts afghans (soit 40), où la population ne représente que 6 % de la population nationale».

Charles-Philippe David, titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'UQAM, estime que les Canadiens, dont les soldats sont concentrés dans le Sud, ont tendance à oublier que la situation s'améliore dans plusieurs régions de l'Afghanistan. «Il ne faut pas tout mêler. Le pays n'est pas à feu et à sang partout. Le Nord et l'Ouest vont assez bien», dit-il.

Le problème le plus généralisé, ajoute le spécialiste, c'est le manque de pouvoir du gouvernement Karzaï hors de Kaboul et la corruption totale de la machine étatique. La communauté internationale aurait peut-être dû mettre le pays sous tutelle plus longtemps afin d'instaurer une éthique chez les fonctionnaires, avance Charles-Philippe David. «On a voulu bien faire en déclenchant rapidement des élections pour assurer la légitimité d'Hamid Karzaï, mais le pays est coincé dans une corruption généralisée. L'argent se perd et des projets ne se font pas.»

Enrayer cette gangrène qui ronge le pays doit être une priorité pour donner confiance à la population envers son gouvernement et renforcer le concept de démocratie aux yeux des Afghans. Le côté positif, note l'ONU, c'est que «le gouvernement afghan comprend à quel point la corruption compromet sa crédibilité».

Et maintenant?

Le Canada sera présent à Kandahar jusqu'en 2011 et d'autres rapports de l'ONU suivront, dit Charles-Philippe David. «J'ai l'impression que c'est la même chose chaque fois. Les problèmes sont récurrents», dit-il, ajoutant que la coalition internationale devra être patiente avec l'Afghanistan. «C'est une vue de l'esprit de penser qu'on peut régler les problèmes en quelques années. Ça me fait bien rire quand je vois des dates butoirs. Personne de sérieux ne prétend que ça va prendre moins de 25 ans pour remettre ce pays sur pied.»

L'ONU et l'OTAN n'ont pas l'intention de laisser la situation se détériorer. Pour faire taire la propagande des insurgés qui démonise la coalition internationale, il faut montrer aux Afghans que le pays va dans la bonne direction, soulignent les Nations unies.

Pour donner un nouvel élan à la mission de développement, l'ONU vient de nommer un nouvel envoyé spécial qui aura plus de pouvoir pour coordonner les efforts de tous les organismes et pays présents en Afghanistan. C'était un souhait du Canada. «Une meilleure coordination entre les partenaires est essentielle à la réussite de nos objectifs», a souligné le ministre des Affaires étrangères, Maxime Bernier.

Le gouvernement Karzaï a accepté la nomination par l'ONU du Norvégien Kai Eide pour combler le poste d'envoyé spécial. Aura-t-il assez de pouvoir pour coordonner plus efficacement la MANUA? A-t-il l'autorité morale pour s'imposer, lui qui n'est pas très connu à l'extérieur des cercles diplomatiques? «Il a un gros travail devant lui, convient John Manley. C'est une nomination correcte, mais il faudra voir comment il va réagir.»


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Le lundi 17 mars 2008 19:00

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