Plat étalage de bonnes intentions

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Odile Tremblay
Édition du samedi 15 et du dimanche 16 mars 2008

Mots clés : Woody Harrelson, Sleepwalking, Charlize Theron, Cinéma, Québec (province)

Dans Sleepwalking, même Charlize Theron (oscarisée pour son rôle extraordinaire dans Monster) traîne la patte.

Sleepwalking est le type de film qu'on voudrait aimer davantage mais qui décourage les meil-leures volontés. Premier long métrage de l'Américain Bill Maher, connu pour sa direction d'effets spéciaux (Sun City, Terminator, etc.), c'est le premier scénario, en partie autobiographique, de Zac Stanford. De bonnes intentions, sur les thèmes de l'enfance abandonnée, du don de soi, de la vie à la campagne. Le film est produit par la grande actrice Charlize Theron, qui s'est donné un rôle en plus d'avoir battu le rappel des bons camarades: Woody Harrelson, Dennis Hopper, ici à l'écran.

Production américano-canadienne, en partie tournée en Saskatchewan, Sleepwalking est un film d'auteur qui n'arrive à trouver ni son ton ni son rythme. On a du mal pour les acteurs, qui donnent tout ce qu'ils peuvent et tombent sans cesse à plat. Même Charlize Theron (oscarisée pour son rôle extraordinaire dans Monster) traîne ici la patte. Pour tout dire, on ne l'a jamais vue aussi peu convaincante.

La voici dans la peau d'une mère irresponsable, forcée de quitter sa maison après l'arrestation de son petit ami, qui abandonne sa fille de onze ans à son frère James (Nick Stahl) et suit un amant de passage. Commence alors l'apprivoisement de l'enfant par le jeune homme, et bientôt leur fuite, alors que le film part sur les routes. Le tandem atterrit à la ferme natale de James, menée par son terrible père d'une main de fer. Un rôle sur mesure pour le légendaire Denis Hopper, acteur dont la concentration trouve son meilleur exutoire dans la violence. L'interprète de Blue Velvet et d'Easy Rider livre d'ailleurs la seule interprétation un peu crédible du lot, celle d'un homme insensible à la compassion. La ferme décrépite lui offre un décor magnifique, qui aurait pu dégager une aura d'épouvante, inexploitée, hélas!

Auparavant, Woody Harrelson (People vs. Larry Flynt) est venu faire presque de la figuration, en travailleur de chantier qui reluque les filles, ami de James. Quelques acteurs réputés se mêlent à des interprètes moins aguerris pour hausser la production. Mais l'inexpérience de Bill Maher demeure criante. Les prises de vue banales laissent parfois place à de jolis plans qui invitent au mystère mais s'effacent aussitôt. Incapable de diriger ses acteurs en les faisant respirer et parler aux bons moments (à part Hopper qui se dirige seul), Maher laisse tout ce beau monde chercher son souffle en tâtonnant.

Le rythme des répliques, d'ail-leurs faiblardes, est toujours à contre-temps. Autant celles de la petite AnnaSophia Robb, qui incarne sans trop de conviction la pré-adolescente délaissée par sa mère, que celles de Nick Stahl, mou et rarement émouvant en oncle au grand coeur. Leur couple en cavale tient du duo dépareillé cent fois vu à l'écran, mais ici l'affection qui unit l'oncle à la nièce ne passe guère l'écran.

Il y a un tas de clichés dans ce film au scénario bancal, et la morale finale n'est pas piquée des vers à ce chapitre. Oui, Sleepwalking regorge de bonnes intentions et s'offre parfois des pistes intéressantes qui n'auraient demandé qu'à se développer, mais il demeure pitoyablement en attente d'un miracle qui n'aura pas lieu.

***

Sleepwalking

Réalisation: Bill Maher. Scénario: Zac Stanford. Avec Nick Stahl, AnnaSophia Robb, Charlize Theron, Woody Harrelson, Dennis Hopper. Image: Juan Ruiz Anchia.


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