Le voyeur démasqué
Mots clés : Naomi Watts, Festival de Cannes, Funny Games, Cinéma, Québec (province), États-Unis (pays)

Cette oeuvre, conçue au second degré, voulait démonter le voyeurisme d'un public manipulé, qui consomme la brutalité des images comme une denrée courante. Le cinéaste détourne le phénomène en le poussant à son paroxysme, puis en le jetant au visage du spectateur.
Haneke espérait montrer ce film aux Américains, car ce sont les productions de Hollywood qui lui semblaient les plus vicieuses, mais le premier Funny Games en allemand n'y a jamais été distribué. Alors il en livre une seconde version avec des acteurs américains, tout aussi pétrifiante que la première. Il y a fort à parier que les spectateurs des États-Unis, mis à part une jeune clientèle éprise de sensations fortes, n'iront pas le voir non plus, détournés par sa brutalité infinie.
Le scénario de ce remake ressemble beaucoup au Funny Games numéro un, hormis çà et là l'apport des nouvelles technologies. Naomi Watts et Tim Roth incarnent un couple de bobos partis avec le chien et fiston (Devon Gearhart) passer des vacances à leur chalet au bord du lac, en planifiant une partie de golf avec leurs voisins. Cette tranche de bonheur, déjà menacée par des indices bizarres, bascule vers un pur cauchemar quand deux jeunes criminels gantés de blanc (Michael Pitt et Brady Corbet) font irruption au chalet et les attaquent brutalement. Le jeu du chat et de la souris devient une lutte sanglante et affolante pour la survie.
Mise en scène implacable
Tout est magistral dans cette mise en scène implacable: la blancheur des décors et des gants, certains plans fixes au coeur de la tourmente, la montée dramatique sans faille, le jeu des acteurs, dirigés de main de maître par le grand cinéaste autrichien. Surtout celui de Naomi Watts en femme combative, hurlante, brisée, et de Michael Pitt en assassin doucereux, qui donne constamment froid dans le dos.
Le brillant esprit de Haneke renvoie un miroir au spectateur par plusieurs procédés: arrêt sur images, usage d'une télécommande qui fait reculer l'action et propose une autre piste scénaristique, puis l'annule, indifférence affable des bourreaux qui ne se salissent jamais et dissertent paisiblement (à l'instar du public inconscient, qu'il espère réveiller).
Dans Benny's Video et même dans Caché, Haneke avait démontré le pouvoir pervers de la vidéo, comme noyau d'explosion nucléaire. Ici, il pousse l'exercice jusqu'à l'identification du voyeur, refuse d'excuser ou de diminuer cette charge, la rendant insupportable à regarder, mais forçant les yeux à demeurer ouverts, assurant en filigrane: «Vous êtes dans le camp des bourreaux avec votre surconsommation de violence, pas dans celui des victimes.»
De bout en bout, Funny Games se révèle si éprouvant qu'il rate sa cible. Le premier degré de son récit est tellement traumatisant que le spectateur a du mal à se rendre au deuxième pour en décoder le message.
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Funny Games
Réalisation et scénario: Michael Haneke. Avec Naomi Watts, Tim Roth, Michael Pitt, Brady Corbet, Devon Gearhart. Image: Darius Khondji. Montage: Monika Willi.
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