Le fantôme du 400e

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Odile Tremblay
Édition du samedi 15 et du dimanche 16 mars 2008

Mots clés : Vu du château, 400e de Québec, ONF, Culture, Québec (ville)

Il s'intitule Vu du château... Ce coffret de quatre dvd en hommage au 400e anniversaire de la ville de Québec, en vente depuis une dizaine de jours, s'arrache comme des petits pains chauds. Il nous offre des images de la capitale à travers plusieurs décennies de films d'archives de l'ONF tirés des boules à mites.

À croire que le public était affamé d'histoire, en cette année de commémoration. Or personne du côté du comité officiel ne l'avait jusqu'ici trop nourri...

Point de départ du coffret: un documentaire de Roger Otis constitué d'un montage d'extraits de films de l'ONF. Hors champ, l'histoire de la capitale est racontée par le comédien Albert Millaire, transformé en fantôme du Château Frontenac à la mémoire longue. S'ajoutent 16 films de l'ONF, ici présentés en version intégrale, restaurés pour la plupart, avec sous-titres anglais ou français au besoin.

Enfanté par le privé (la maison Imavision), ce coffret n'a pas été subventionné. Le producteur Pierre Paquet explique avoir eu des délais trop serrés pour demander de l'argent au Comité du 400e. Celui-ci avait tellement de problèmes, de toute façon... «Mais le nouveau comité nous a mis le sceau "Souvenir officiel des Fêtes du 400e" et va appuyer la mise en marché du coffret.»

Voyage en des temps multiples

Le coffret est très kitsch, avec sa petite photo du Château Frontenac à la barre du soir, mais il comporte des oeuvres hautement précieuses. Parmi les documentaires sur Québec extirpés des archives de l'Office, de vrais bijoux d'histoire. Des films sur les deux conférences de Québec, en 1943 et en 1944, avec Churchill, Roosevelt et Mackenzie King réglant le sort du monde sur le cap Diamant devant des journalistes agités comme des abeilles. Au menu également: un court métrage de Denys Arcand sur l'arrivée de Champlain (1964), une plongée de Michel Brault et Claude Jutra dans l'univers des touristes américains à Québec (1964), mais aussi des petite bulles de vie révolues, comme dans Le Cocher (1953), suivant un conducteur de calèche dans une capitale sous les brumes de sa Grande Noirceur, ou le carnaval à ses débuts (le film date de 1956), l'histoire du Château Frontenac et son quotidien côté coulisse (1970). Vrai voyage en des temps multiples que ce florilège de films sur Québec.

L'ennui, en faisant affaire avec le privé, c'est la place qu'occupent les commandites. Le premier dvd, avant le documentaire de Roger Otis, ouvre sur une grosse pub des Ameublements Tanguay, partenaires financiers, dont le discours promotionnel marié à l'annonce du contenu détonne pour un coffret-souvenir portant le sceau officiel des célébrations... Mais il aura été dit que ce 400e anniversaire ne roulerait pas sur des roulettes. Encore heureux d'avoir accès à tous ces documents d'archives...

Rappelons que le cinéaste Jean-Claude Labrecque prépare un documentaire sur Québec, qui sera lancé dans le cadre des célébrations du 400e. Sinon, ce coffret constitue une des rares fenêtres audiovisuelles sur l'histoire de la capitale, dont l'anniversaire a donné lieu à tant de ratés. Chacun s'organise donc à la fortune du pot. D'où la grosse pub initiale.

Pierre Paquet se dit ravi d'avoir reçu en amont une collaboration exceptionnelle de l'ONF. Roger Otis, qui signe le documentaire d'introduction, a travaillé plus de 30 ans à l'Office. Il connaissait sa collection, pouvait tisser des liens. C'est lui qui a eu l'idée de faire raconter l'histoire de Québec par la voix du fantôme du Château Frontenac. Ce spectre se targue d'avoir déjà hanté le Château Saint-Louis, sur le même emplacement en haut du cap, succédant lui-même au fort initial. «Quant à Albert Milliaire, on trouvait qu'il avait une voix de fantôme extraordinaire... »

Imavision, qui a déjà produit des coffrets-hommages à Michel Brault et à Jean-Daniel Lafond, en consacrera bientôt un à Jean-Claude Labreque, dans lequel sera peut-être inclus son documentaire sur Québec.

Par ailleurs, si un télédiffuseur filme les célébrations du 400e à travers ses principaux événements (à ce jour, aucune entente de captation n'est conclue entre le Comité du 400e et Radio-Canada, par exemple), Imavision envisage de produire un coffret anniversaire. Avec des si, on met le 400e de Québec en bouteille... Ça prendrait aussi de la bonne volonté en haut lieu dans cette galère commémorative, qui nous mène on ne sait trop où...


Vos réactions


Aucun commentaire ... soyez le premier !

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com