Des médailles d'or pour tout le monde
Mots clés : Julie Boulet, Décès, Réseau routier, Québec (province)
Je pourrais vous parler du gouverneur de l'État de New York accusé d'avoir payé une prostituée. Je pourrais vous parler du salaire des politiciens et du cirque que sont les assemblées de nos élus. Je pourrais vous parler de cette loi du gouvernement Harper sur la censure et des dangers qu'elle représente. Je pourrais vous parler du budget du Québec.
On peut presque dire que les citoyens du Québec, hommes et femmes, sont les meilleurs conducteurs au monde. Il faut se rendre à l'évidence: nous devrions tous avoir droit à une médaille d'or. Les chiffres ne le disent pas aussi clairement, mais quand on prend la mesure de tout ce qui est mis en oeuvre pour que nous nous cassions la gueule sur les routes, nous devenons étonnants: notre formidable performance tient à notre capacité à tenir le volant comme des chauffeurs émérites malgré les obstacles qu'on sème devant nous. Les chiffres prennent alors toute leur valeur.
Au Québec l'an dernier, 608 personnes ont perdu la vie sur les routes. Il faut retourner à 1948 pour trouver un bilan meilleur que celui de l'année dernière. En 1948, il y avait eu 566 décès sur les routes. Entre les deux, en 2006: 721. En 2002: 704. Et d'autres juste sous les 700. C'est beaucoup.
Les obstacles
Il y a plusieurs obstacles à une amélioration marquée du bilan routier au Québec. Nous les connaissons tous et nous avons l'embarras du choix. Bien sûr, il y a le comportement des chauffeurs eux-mêmes. Il faut continuer à condamner non seulement l'alcool au volant mais aussi les autres drogues, dont les effets sont néfastes pour les conducteurs.
Mais ce n'est pas tout. Il suffit en ce moment de regarder dehors pour en contempler un dans toute sa splendeur. L'hiver ne nous fait pas de cadeau. Nous vivons dans un climat qui représente un défi au moins cinq mois par année. On rigole quand on voit des images à la télévision nous montrant des Français, des Espagnols ou des Grecs aux prises avec un peu de neige dans leurs pays respectifs. On se dit qu'ils n'ont pas les pneus qu'il faut, qu'ils n'y connaissent rien, et on se console en les regardant patauger.
L'état de nos routes n'aide pas davantage notre situation. Nous devons souvent conduire en faisant du slalom entre les milliers de trous qui garnissent la chaussée tout en sacrant devant les dommages qu'ils causent à nos voitures. Nous sommes les champions de l'évitement des cratères.
Je m'étonne toujours d'arriver à destination alors que la signalisation routière est tellement mauvaise qu'elle m'envoie régulièrement ailleurs que là où je veux aller. Le temps de trouver le panneau de signalisation et de le lire, la sortie que vous vouliez emprunter est derrière vous. Il suffit de voyager à l'étranger pour comprendre que la signalisation joue un rôle crucial dans la sécurité routière. La nôtre a l'air d'avoir été développée par un amateur.
Il est évident que le manque de surveillance policière est perçu par les chauffeurs délinquants comme la permission de faire n'importe quoi. J'en veux pour preuve le comportement des chauffeurs dès qu'une voiture de police se montre le bout du capot. Automatiquement, tout le monde ralentit, se range et se donne des airs de promeneur pas pressé, histoire de ne pas se faire repérer par la police.
Si, malgré tous ces obstacles, nous arrivons à faire baisser le taux de mortalité sur les routes, nous avons beaucoup de mérite. C'est pourquoi j'affirme que nous sommes de formidables conducteurs. N'importe quel autre peuple, avec les mêmes conditions que celles que nous affrontons chaque jour, ferait bien pire que nous.
Les moyens du bord
Je ne crois pas que les conditions vont beaucoup changer au cours des prochaines années. La neige va continuer à tomber, les routes vont se défoncer et on ne consacrera pas un sou à la signalisation. Il faut punir beaucoup plus sévèrement ceux qui conduisent en état d'ébriété et ne pas attendre la deuxième, la troisième ou la quatrième infraction pour sévir. Il faut boucler sa ceinture: la preuve est faite qu'elle sauve des vies. Il faut respecter les vitesses permises. Il faut rester poli en tout temps et bien se conduire au volant. Il faut s'assurer que tout le monde connaît la loi et qu'on donne des leçons de conduite à tous ceux qui en ont besoin. Conduire est un privilège, pas un droit. C'est important qu'on s'en souvienne.
Si rien d'autre ne fonctionne, le prix de l'essence sera là pour nous le rappeler.
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