L'État aidera les aînés à rester à la maison
Mots clés : aînés, Monique Jérôme-Forget, Budget, Québec (province)
Québec prévoit de consacrer un milliard en cinq ans pour mieux entourer ses vieux
Québec -- De nouveau cette année, le gouvernement investit dans des mesures spécifiques pour les personnes âgées en les axant sur les soins à domicile, le soutien aux aidants naturels et divers crédits d'impôt. Cet effort constitue le pan le plus important des sommes consacrées à la santé, mission à laquelle Québec a ménagé une enveloppe de 25,5 milliards de dollars, une hausse de 5,5 %.Soins à domicile
Là-dessus, pas moins de 80 millions seront investis par année dans les soins à domicile, notamment pour les services infirmiers et la réadaptation. Le gouvernement dit ainsi vouloir «répondre au voeu des aînés de rester le plus longtemps possible dans leur résidence».
À cela s'ajoute une augmentation de 25 à 30 % du crédit d'impôt accordé à ceux qui font ce choix afin de couvrir les dépenses engagées par différentes formes d'aide, des soins infirmiers au ménage en passant par les bains et les repas. Cette mesure coûtera 35 millions au gouvernement.
S'ajoute une pléthore de mesures visant à simplifier et à augmenter les crédits d'impôt pour les personnes âgées. On fait notamment passer le montant du crédit d'impôt pour revenus de retraite de 1500 $ à 2000 $ par an, une mesure qui devrait profiter à 400 000 personnes.
Les aidants naturels bénéficient de nouveau d'une attention particulière avec un nouveau crédit d'impôt destiné à limiter les frais quand on doit les remplacer. Au total, ces différents crédits d'impôt mobilisent environ 50 millions cette année. Le gouvernement alloue également cinq millions aux «initiatives locales visant un accroissement du respect envers les aînés» et trois millions aux services alimentaires dans les CHSLD.
Surtout, le gouvernement s'associe à la famille Chagnon pour créer un important fonds dédié aux aidants naturels, comme il l'a fait dans ce budget pour l'aide aux enfants de cinq ans et moins. Ainsi, 200 millions de dollars seront investis en dix ans pour «développer des services de répit et d'accompagnement». Cette année, le gouvernement y injecte 15 millions, et la famille Chagnon, cinq millions.
Bonnes intentions, portée limitée
Ce virage attendu en faveur des soins à domicile se fait toutefois au détriment de l'offre publique de services, a déploré hier la Confédération des syndicats nationaux (CSN). «On ne retrouve aucune volonté du gouvernement d'agir de façon urgente pour développer des places en CHSLD alors que 5800 personnes sont actuellement sur une liste d'attente.»
La directrice générale de l'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux (AQESSS), Lise Denis, a pour sa part fait remarquer que «le gouvernement a présenté un budget qui répond en partie aux besoins à court terme du réseau de la santé et des services sociaux mais qui demeure silencieux sur son financement à long terme». Mme Denis aurait souhaité que le financement de la santé soit accru davantage afin d'instaurer des mesures destinées à accroître la performance du système public.
La Fédération des femmes du Québec (FFQ) a pour sa part noté que la somme de 80 millions investie dans les soins à domicile est «insuffisante pour combler l'ensemble des besoins». Le coprésident de la consultation sur les aînés, le Dr Réjean Hébert, avait plutôt avancé le chiffre de 500 millions la semaine dernière.
Le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Louis Godin, juge lui aussi que le Québec est «encore loin de pouvoir assurer des conditions satisfaisantes à tous ceux qui ne peuvent vivre seuls et à leurs aidants naturels». Il a néanmoins salué ce budget «prudent» qui fait de la santé «son poste prioritaire, et de loin».
Ces efforts laissent toutefois en plan toute la question des finances fragiles des aînés, a déploré l'Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic (AQRP). Le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) a quant à lui regretté qu'on n'investisse pas dans les logements destinés aux personnes âgées qui sont à la fois démunies et en perte d'autonomie.
Du côté du Parti québécois, on a plutôt laissé entendre que les libéraux en avaient fait trop, Sylvain Simard se demandant si les investissements dans les soins à domicile ne limitaient pas leur capacité à absorber les coûts de système. À l'Action démocratique du Québec (ADQ), on s'est réjoui du fait que la ministre des Finances ait retenu les demandes du parti en ce qui concerne les aidants naturels.
Enfin, l'Association des retraités de l'enseignement du Québec (AREQ) a salué «plusieurs intentions louables» à l'égard des aînés. Elle regrette toutefois que celles-ci s'appuient «sur des mesures mitigées en raison de leur application relativement complexe, notamment des crédits d'impôt modulés».
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Avec la collaboration de Louise-Maude Rioux Soucy
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