Du moment que ça passe
Mots clés : Monique Jérôme-Forget, Budget, Gouvernement, Québec (province)
L'élection d'un Parlement de cohabitation, le 26 mars 2007, constitue un «appel à ce qu'il y a de plus noble en chacun de nous», a déclaré Monique Jérôme-Forget dans son discours sur le budget.
Il est clair que le «budget rassembleur» de Mme Jérôme-Forget n'aurait rassemblé personne si les sondages avaient indiqué à Mario Dumont qu'il avait avantage à renverser le gouvernement. Gilles Taillon n'aurait pas eu la moindre difficulté à voir dans ce verre à moitié plein un verre aux trois quarts vide.
Au printemps dernier, aucune concession n'aurait pu convaincre l'ADQ d'appuyer le budget, peu importe les concessions qu'on aurait pu lui faire. Si le gouvernement était tombé, M. Dumont aurait très bien pu se retrouver premier ministre. Cette fois-ci, il risquait plutôt de retourner dans le «poulailler» du Salon bleu, à la tête d'une douzaine de députés, au lieu des 41 élus le 26 mars 2007.
La seule question était de savoir si M. Dumont allait juger qu'il était politiquement plus avantageux de s'attribuer le mérite de certaines mesures et de voter en faveur du budget ou de s'abstenir sous prétexte qu'elles étaient insuffisantes.
Après quelques remarques de pure forme sur le jovialisme du gouvernement et son impuissance à contrôler ses dépenses, le porte-parole adéquiste Gilles Taillon n'a pas fait durer le suspense indûment: comme à Ottawa, l'opposition officielle allait appuyer le budget.
À partir du moment où tout le monde savait que l'ADQ n'avait aucune envie de se lancer en campagne électorale, il aurait été ridicule de provoquer un psychodrame comme celui de l'an dernier. On ne voulait pas non plus créer de distraction inutile pour les militants adéquistes qui se réuniront en congrès à Laval en fin de semaine.
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À la différence de Stephen Harper, Jean Charest ne tenait pas du tout à voir son gouvernement renversé. Mme Jérôme-Forget a fait un véritable effort pour permettre à l'ADQ d'appuyer le budget sans trop perdre la face.
Il est vrai qu'elle a écarté, pour des raisons aussi bien philosophiques que budgétaires, l'octroi d'une allocation directe pour les enfants de moins de cinq ans qui ne bénéficient pas des services de garde subventionnés, mais elle a accueilli favorablement la plupart des demandes adéquistes.
Sur une base annuelle, M. Taillon a calculé qu'elles représentaient environ 60 % de la marge de manoeuvre de 250 millions dont disposait Mme Jérôme-Forget. L'an dernier, il aurait sans doute trouvé que le gouvernement camouflait son déficit réel, mais ce sera pour une autre fois.
Dans le cas du PQ, Mme Jérôme-Forget a immédiatement compris qu'aucune entente n'était possible. D'ailleurs, malgré quatre rencontres avec François Legault, elle n'a jamais su ce que le PQ voulait exactement, sauf trouver des raisons de ne pas appuyer le budget.
Sans surprise, M. Legault n'y a rien trouvé de bon, sinon que les incitatifs fiscaux à la francisation des petites entreprises constituent un «bien petit pas» dans la bonne direction. Pour le reste, tous les clichés d'usage en pareilles circonstances y sont passés: manque de courage politique, pelletage en avant, etc.
Certains pourront trouver contradictoire de reprocher à Mme Jérôme-Forget de ne pas avoir investi suffisamment dans la santé et dans l'éducation tout en l'accusant de tripoter les chiffres pour masquer un déficit, mais qui a dit que la politique était affaire de logique?
Soit, les mesures annoncées auront un bien faible impact cette année, mais le budget ne contient rien de comparable à la couleuvre que le PQ a dû avaler l'an dernier, sous la forme d'une baisse d'impôt de 700 millions, qui contredisait de façon flagrante le discours de tous les gouvernements du Québec, libéraux ou péquistes, à propos du déséquilibre fiscal.
Le premier ministre Charest, qui se fait maintenant fort de tenir ses engagements, avait promis un budget «non flamboyant»: il a tenu parole. Au ministère des Finances, on reconnaissait volontiers qu'il n'avait rien de très excitant. Il s'agissait simplement d'un passage obligé, dont le gouvernement n'espérait rien, sinon en sortir indemne. «On aime mieux un budget plate mais un budget qui passe», a-t-on résumé.
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mdavid@ledevoir.com
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