Vitrine du disque
Mots clés : Fragile State, The Blue Seeds, L'Équanimité, Musique, Québec (province)
Rock-électro - L'Équanimité, 4d, Disques Fruit. - Équanimité: nom féminin; égalité d'âme, d'humeur. Flegme, impassibilité, sérénité. Maintenant qu'on a défini le terme, doutons de sa justesse. Parce que ce deuxième album de Dominick Lareau, alias 4d, ne nous semble pas fait de sérénité mais plutôt d'inquiétude, de trouble. À travers ces 12 pièces composées dans la solitude du Nunavik, on sent une certaine colère, «mal identifiée», pour reprendre ses mots. La voix étrange et la musique, à la fois rock et électro, appuient cette sensation. Chargée, cassante, remplie de crépitements, de batterie fracassante et de lourds coups de basse, elles nous donnent parfois l'impression d'entrer dans une maison hantée remplie de drôles de bêtes. Momie, hydre, squelette et autres étrangetés parcourent des textes métaphoriques parsemés de jolies images. «C'est facile de voir les roches venir quand tu les lances dans un miroir» (Extra-minis). L'Équanimité, qui rappelle les premier EP de Navet Confit, demande une certaine dose de courage et une oreille audacieuse. Comme un aimant, il en repoussera plusieurs et en attirera autant. Disponible chez vos disquaires indépendants. - Philippe Papineau
La kora, majestueuse harpe africaine au son cristallin, fut inventée par son ancêtre. Fidèle au legs de sa grande famille de musiciens-conteurs-historiens, il devient le premier griot à lancer ici un disque de kora, proposant une splendide décoction de tous les univers mandingues du Mali, de Guinée Conakry, du Sénégal, de Côte-d'Ivoire et du Burkina Faso. Des univers de tradition, de fusion afro pop, de syncope reggae, avec des touches de latino et de blues. Zal ouvre avec son instrument fétiche, mettant la table pour le groupe Buntalo, le meilleur du genre à Montréal. Il lance la mélopée. Tapa Diarra lui répond aussitôt: la voix puissante et haut perchée, le déchaînement de la plainte, une véritable cantatrice, unique en son genre ici. Une guitare fluide donne le ton, celle d'Aboulaye Koné, le maître du genre au Québec: le riff répétitif, l'effet tournoyant, un brin magique. Zal livre ensuite des hommages aux anciens et chante sur des sujets vitaux comme l'émigration des boat people, la faim dans le monde et la destruction de l'environnement. Un disque empreint de sensibilité et de conscience planétaire. - Yves Bernard
Folk-rock - THE BLUE SEEDS, The Blue Seeds, Sale Cabot - L'Abe - Sélect
Cette roue-là n'est pas neuve, même qu'on a rechapé le pneu... vingt fois? Trente fois? Pas grave. L'essentiel est qu'elle tourne lentement, cette roue. Len-te-ment. Tranquillement pas vite. On a le temps de voir le décor. Oui, l'habituel décor panoramique de guitares spaghetti-western, où résonne une voix forcément languissante. Oui, c'est un peu beaucoup les Cowboys Junkies et les murmures chauds de Margo Timmins, encore plus Mazzy Star au temps où l'indiciblement belle Hope Sandoval nous méprisait voluptueusement, et puis après? Le groupe montréalais The Blue Seeds a germé dans le bon jardin, voilà tout: Amélie Laflamme a le timbre liquéfiant de rigueur, son compagnon François Dufault lui sert les mélodies et les arrangements qui élargissent dûment l'horizon (guitares, guitares et guitares, mais aussi du mellotron, du vibraphone). Idéal quand on suit une souffleuse à 2 km/h. Cars Go By, Barcelona, A Quick Killing In Art (joli titre!) me liquéfient la congère, pour tout dire. Me déglacent le balcon. Me dégoulinent le long de la gouttière. Adieu l'hiver, bonjour les Seeds. Enfin l'éclosion. - Sylvain Cormier
Électro - Remixes / Classics, Fragile State, Fusion III
C'est comme ça: il y a des trios plus digestes que d'autres. Celui proposé aujourd'hui par la formation électro britannique Fragile State en fait partie. Pour le plaisir de la chose, Neil Cowley et Ben Mynott ont en effet décidé, dans un même coffret, de revoir leur proche passé en livrant deux albums phares, The Facts and the Dream (2002) et Voices from the Dustbowl (2004), auxquels s'adjoint une compilation de 13 de leur principales créations, remixées à la lumière de 2008 puisqu'il faut bien vivre avec son temps. Le concept pourrait facilement laisser croire à un manque d'imagination et à une incapacité à se renouveler. Sans doute. Mais il a tout de même l'avantage d'offrir une «multipass», comme disait Leeloo dans Le Cinquième Élément, pour entrer dans l'univers sonore débordant d'images de ces drôles de créateurs qui, à une autre époque, ont laissé leur marque dans un ensemble de compilations célèbres, notamment Saint Germain Loung. Et en sortant de cet assemblage sonore avec ses lignes down tempo un peu surannées, ses orchestrations minimalistes et ses mélodies qui pourraient fort bien se superposer à un film, on comprend très vite pourquoi. - Fabien Deglise
Classique - BERWALD
Symphonies et concertos. Royal Philharmonic Orchestra, Ulf Björling. EMI 3 CD 5 00920 2.
Trois, et plutôt trois fois trois... La série «Three» que vient de lancer EMI comporte des rééditions regroupées en coffrets de trois CD, d'où le nom. L'astuce pour le discophile est que chaque coffret est vendu au prix d'un seul CD, soit autour de 20 $. Pour rester dans le concept, nous avons choisi de vous recommander les trois coffrets qui nous semblent prioritaires. Ils sont consacrés à Berwald, Nielsen et Mendelssohn. Le coffret Berwald, illustré ci-dessous, est l'intégrale des symphonies et des concertos du compositeur suédois (1796-1868), augmentée d'ouvertures et d'oeuvres diverses. On ne saurait trop insister sur l'intérêt de ce créateur hors norme que la modique mise de fond devrait permettre à un plus large public de découvrir. Il en va de même pour les symphonies de Nielsen (1865-1931), génial compositeur danois mésestimé, dont EMI regroupe l'excellente intégrale enregistrée par Herbert Blomstedt en 1975. Dernière aubaine et découverte: l'intégrale des quatuors de Mendelssohn par le Quatuor Cherubini, rare et sublime référence en la matière. Que du bonheur! - Christophe Huss
Classique - J. C. BACH, Sonates pour clavier op. 17. Alberto Nosè (piano). Naxos 8.570 361.
Johann Christian Bach (1735-1782), fils cadet de Jean-Sébastien, est connu comme «le Bach de Londres». Formé par son père et son frère le plus éminent, Carl Philipp Emanuel, il fit une très forte impression sur le jeune Wolfgang Amadeus Mozart. C'est d'ailleurs dans cette perspective que ce disque Naxos est passionnant, car il nous fait comprendre l'étendue de l'influence de Johann Christian Bach sur l'écriture pianistique de Mozart. Il y a une critique à formuler: sachant que Johann Christian Bach fut un des premiers promoteurs du piano-forte (ancêtre du piano moderne), il eût été judicieux de le jouer sur une copie d'instrument ancien. Mais ce sera là le seul grief et on ne s'y attardera pas, tant le très intelligent jeune pianiste Alberto Nosè joue ces oeuvres avec fluidité et absence de surcharge dans les nuances. Appoggiatures et guirlandes de notes: tout est rendu avec un tact pianistique et un goût suprêmes. Ce n'est pas un «essentiel» de la littérature pianistique mais un disque rare, agréable et instructif. - Christophe Huss

