Pas de repos pour le guerrier

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Jean Aubry
Édition du vendredi 14 mars 2008

Mots clés : Château de Valcombe 2006, Myrto 2005, Juliénas, Alcool, France (pays)

Un amateur de «petit vin» aux Grands Jours de Bourgogne! Photo: Jean Aubry

Au moment où vous lirez ces lignes, je serai du côté de Bordeaux avant d'aller glaner le printemps à Vérone en avril lors du prestigieux salon annuel Vinitaly. Au moment où vous lirez ces lignes prendront aussi fin les plus récents Grands Jours de Bourgogne, dont les amateurs sont de plus en plus nombreux chaque année, de Chablis à Mâcon, à faire la fête aux vins les plus prestigieux célébrant le pinot noir et le chardonnay. Moments magiques d'où on sort épuisé de corps mais allumé d'esprit. Dionysiaque.

Pendant ce temps, en cave, le tumulte est fermentaire alors que s'achèvent fermentations alcooliques et transformations malolactiques. S'amorce alors une phase de repos, de «réduction», tandis qu'au vignoble, la vigne, qui écourte un peu plus chaque année sa période de dormance en raison du réchauffement planétaire, pleure en silence la sève qui fournira aux futurs bourgeons une raison d'espérer.

Les vignerons en profitent alors pour venir au Salon des vins de Montréal vérifier la portée de ces gestes séculaires qui rendent l'homme meilleur avant (quand il sait qu'il va déguster), pendant (quand il sait que c'est bon) et après (quand il sait, tout simplement) boire. Et le chroniqueur de vin? Jamais en dormance, pardon, en vacances! Pourtant, il subit lui aussi sa traversée du désert. La mienne s'est produite tout dernièrement: désintérêt total pour le pinard, même pour le pinot noir, c'est dire. Heureusement, j'ai sous le coude quelques notes qui, du coup, me permettront d'actionner le vôtre. En vrac, donc.

- Château Puy Landry 2006, Côtes de Castillon (15,50 $, n° 852129): après un 2005 aimable comme du petit lait de brebis égarée, Régis Moro nous habille son merlot 2006 avec plus de rigueur et de plis verticaux dans l'étoffe sans pour autant sacrifier la succulence fruitée. De garde mais surtout d'entrecôte grillée (***, 1 ©).

- Max Reserva 2005, Shiraz, Errazuriz, Chili (19,95, n° 864678): je ne vous raconterai pas d'histoires, c'est du gros, du solide, du puissant, du généreux, mais c'est aussi parfaitement intégré côté fruit et côté bois. Nuancez-le avec une daube au vin rouge (***, 1 ©).

- Du bourgogne? Voici trois 2005, que du bonheur. Mercurey La Framboisière 2005, Domaine J. Faiveley (27,75 $, n° 10521029): pas de concessions, comme toujours, mais le tanin fruité alterne à la fois le charme et la fermeté, l'éclat et la rigueur avec un tel esprit de contradiction qu'on n'est jamais satisfait d'une seule gorgée. La bouteille éclusée sur une volaille farcie permet toutefois d'être entièrement rassuré au final (***, 2 ©). Mercurey 1er Cru «Les Saumonts» 2005, Domaine Meix Foulot (31 $, n° 10865243): une invitation à la luxure. Fluidité, épaisseur, densité, éclat et moelleux dans le mollet. Ce vin corsé, d'une harmonie parfaite, est un régal qui régale d'ailleurs de beaux rognons rosés (***1/2, 2 ©). Volnay 2005, Domaine Dubreuil-Fontaine (35,75 $, n° 10823131): Ah! Volnay... toute l'aventure des deux «côtes» dans un vin, séduisant de parfums, ferme mais aussi velouté de texture. Ce «régional» bien élevé sent bon le minéral du terroir (crayon) et trace en bouche un parcours où la fraîcheur porte et clarifie l'esprit du pinot sans faillir. Le terme «typé» prend ici tout son sens (***1/2, 2 ©).

Salon des vins et Fondation des maladies du coeur

Dans les deux cas, l'émotion passe par le coeur. Avec le huitième Salon des vins et spiritueux de Montréal, vous aurez la possibilité d'actionner la pompe de votre propre myocarde du 27 au 30 mars prochain au Palais des congrès de Montréal en flirtant du bout des lèvres avec quelque 2000 produits provenant d'une trentaine de pays avec, en prime, la possibilité de serrer la grappe aux vigneronnes et aux vignerons de passage. Dommage toutefois que certaines agences -- et non les moindres -- aient décidé de ne pas avoir pignon au salon, privant du coup leurs partenaires commerciaux de ces rencontres avec les amateurs québécois dont la curiosité et l'intérêt ne sont plus à démontrer. Prix d'entrée? 15 $, taxes comprises. Passeport de quatre jours: 40 $, verre Expert Tasting et guide du salon compris. Renseignements: www.salondesvins.com ou 514 722-4510.

C'est pour la Californie, plus précisément pour le Festival des vins de Californie, que battra à son tour le coeur de la Fondation des maladies du coeur du Québec lors d'une soirée gastronomique prévue le 10 avril et une dégustation réunissant la production de 90 vignerons californiens le 1er mai prochain. Les profits amassés lors de ces deux activités seront remis à la Fondation des maladies du coeur du Québec, que ce soit avec le dîner cinq services préparé par nul autre que Normand Laprise, du restaurant Toqué!, ou avec la dégustation de près de 400 vins qui, les chanceux, auront la veine d'entendre battre votre coeur. Réservations et renseignements: 514 871-8038, poste 254.

***

Les vins de la semaine

La belle affaire

Château de Valcombe 2006, Costières de Nîmes, 10,95 $, n° 279463

Un rouge issu du négoce qui affiche toujours une pétulance et une joie de vivre incontestables avec son fruité friand, frais, gourmand et tout juste épicé. Le vin de soif des tables qui savent servir aux terrines de lapin le vin qui les fera détaler de plaisir. 1.

Boutique Signature

Myrto 2005, Vigneti delle Dolomitti Bianco Foradori, 28,20 $, n° 10784152

La reine du teroldego pousse ici une vinification en blanc de haute voltige avec cet assemblage percutant de sauvignon blanc-incrocio manzoni. Robe jaune pleine, arômes complexes de zeste, de fenouil, bouche tranchée, tonique, vibrante et longue. Calmars grillés! 2.

La primeur en blanc

Cheverny 2007, Domaine du Salvard, Loire, France, 15,90 $, n° 977769

Aussitôt décuvé, aussitôt expédié: on y sent presque le perlant qui perle et le croquant qui croque! Quelle verve, quelle fiesta aromatique! Vertical et tonique, juteux, presque acrobatique, le voilà prêt à dire aux huîtres fraîches son besoin d'elles... 1.

La primeur en rouge

Le Cas 2005, Mas Conscience, Vin de pays de l'Hérault, 22,80 $, n° 10506902

Je ne connaissais pas ce domaine, mais ses artisans savent ici tirer le meilleur du fruit, accumulant les épaisseurs avec ce sens appliqué de la clarté, de la fraîcheur et de la palatabilité qui étonne. Je vois bien un sauté de porc aux pruneaux là-dessus. 2.

Le vin plaisir

Juliénas 2006, Georges Duboeuf, 17,30 $ - 070508

L'habillage est nouveau mais le gamay de cru qui s'habille derrière décline une fois de plus l'habilité dont dispose l'artiste Duboeuf à lui fournir la meilleure étoffe. Un rouge de vigueur et d'éclat dont la légèreté apparente dissimule toutefois un fruité concentré, taillé pour quelques années. 2.

***

La vinterrogation de la semaine

«Que conseillez-vous à un jeune amateur de vin qui veut en connaître davantage? J'habite la région de Montréal et serais prêt à débourser une centaine de dollars pour une formation sur les vins.»

Alexandre Gauthier, Montréal

Si la SAQ et l'ITHQ offrent des cours sur les vins, je tiens à vous mettre en garde contre un certain Alain Lebel qui, par l'entremise de son site Les Fidèles de Bacchus, attire la clientèle sans nécessairement livrer la marchandise, comme nous l'apprenait la journaliste Valérie Dufour le 24 février dernier en page 9 du Journal de Montréal. Je vous aurai prévenu. Sinon, consultez le superbe livre de l'oenologue Émile Peynaud, Le Goût du vin (Dunod), munissez-vous d'un verre et... exercez-vous!

Posez vos questions sur www.jeanaubry.typepad.com/ledevoir.


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