La cuisine de l'autre Chine

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Philippe Mollé
Édition du vendredi 14 mars 2008

Mots clés : Hôtel Ruby Foo's, Mahjongg, Restauration, Montréal, Chine (République populaire) (Pays)

Le Mahjongg est joliment décoré de bois, de pierre et de tissus qui confèrent à l'endroit une élégance inhabituelle dans ce genre de resto.

Photo: Marie-Hélène Tremblay

Je flottais encore dans les effluves de la grande cuisine chinoise de Hong Kong et de Shanghaï en me rendant dans ce qui était la référence en matière de buffets chinois à mon arrivée en sol québécois. À l'époque, on allait chez le Chinois comme on va chez le docteur ou au dépanneur. Le Ruby Foo's: tel était son nom, et les familles en quête d'un «bon repas» du dimanche allaient au buffet. Rien à voir avec les diverses cuisines de la Chine, mais lorsqu'on ne compare pas, on s'en contente, a affirmé mon invité du jour.

Alex visite régulièrement la Chine et a connu ce pays il y a bien longtemps déjà. Cela témoigne de l'âge très vénérable auquel j'aspire arriver un jour avec la même verdeur.

Le nouveau restaurant rebaptisé le Mahjongg, d'après le nom de ce jeu très prisé des Chinois, est joliment décoré de bois, de pierre et de tissus qui confèrent à l'endroit une élégance inhabituelle dans ce genre de resto. En fait, il s'agit d'un établissement dirigé par des femmes qui le qualifient elles-mêmes de restaurant-bistro. Comme quoi les bistros parisiens ont voyagé dans le temps et dans les cuisines.

En lisant le menu, Alex a eu les mêmes inquiétudes que moi, sans mentionner quoi que ce soit au début du repas. On replongeait dans les stéréotypes des restaurants asiatiques qui veulent plaire à tout prix et qui font une cuisine passe-partout. Rien qui ne déplaise vraiment, mais rien non plus pour que le petit rat chinois de 2008 s'élève au firmament des grands plats.

On trouve ainsi une liste trop longue de plats qui passent des côtes levées très sucrées au poulet du général Tao très épicé version Mahjongg, sans oublier le café Starbucks pour finir. Indécis, Alex a choisi un rouleau de printemps aux crevettes (4,95 $), croyant qu'il pourrait contribuer plus vite à la fonte de la neige.

Pour ma part, la classique soupe au poulet aigre-douce (3,95 $) devait faire l'affaire pour commencer. Le rouleau de printemps, bien présenté, était accompagné d'une sauce mayonnaise, soya et arachides. Constitué d'une galette de riz, le rouleau emprisonnait quelques morceaux de crevettes, de nouilles chinoises, de germes de soya et de la coriandre hachée.

Rien de mauvais dans ce mélange qui manquait toutefois de crevettes, mais rien d'extraordinaire non plus pour en redemander. Quant à elle, la soupe était composée de lanières de poulet et d'un bouillon avec quelques lamelles de champignons parfumés et des dés de tofu. Bon et bien dosé, le mélange n'était pas trop agressif.

Si, dans un tel restaurant, on ne force pas sur le vin, bien qu'on en offre à des prix corrects, on propose au moins divers choix de thés chinois intéressants. En Chine, quoique la tendance semble changer avec les nouveaux riches, on mange en buvant du thé ou de la bière chinoise à l'occasion.

Nous avons choisi des plats différents pour le deuxième service. Alex connaissait déjà le canard au café, qu'il avait essayé dans un grand restaurant du sud de la Chine. Il a opté pour ce choix qu'on offrait sur le menu (19,95 $) alors que je souhaitais récidiver avec un plat déjà goûté, le poulet Tang An (14,95 $). À la mine d'Alex, j'ai su qu'il était déçu. Des morceaux de canard pané devaient être trempés dans une sauce épicée au café. Rien à voir avec ce plat classique de canard du sud de la Chine, servi entier et découpé avec sa sauce laquée au café. Un plat décevant ici, donc, et qui manquait de cuisson.

Avec sa sauce au gingembre, le poulet sauté était meilleur. On a ajouté une touche de vinaigre vieux, conférant un parfum subtil à la sauce. Attention: la mode créée par certains restaurateurs d'ajouter des garnitures et, bien sûr, de les facturer est en train de se répandre. Cela gonfle subtilement une addition acceptable au départ mais qui peut vite s'avérer excessive.

Ici comme ailleurs dans les restaurants chinois, les desserts sont nuls et fort peu intéressants. On retrouve tartes, crème glacée et sucreries de l'Occident qui n'ont rien à voir avec la Chine. Nous étions dans l'autre Chine, celle de l'Amérique, mais attention: nous aussi, nous nous éveillons!

- Prix payé pour deux personnes sans vin, avec du thé et de l'eau minérale, taxes et service non compris: 72,75 $.

- Plus: la décoration et le choix de thés.

- Moins: une cuisine américanisée et les garnitures à payer en plus.

***

Mahjongg

Hôtel Ruby Foo's, 7655, boulevard Décarie, Montréal, 514 735-8868

Collaborateur du Devoir


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Cuisine franco-canadienne mauvaise? - par Diane Desruisseaux (ddesruisseaux@yahoo.ca)
Le lundi 17 mars 2008 19:00

vraiment de la cuisine chinoise - par Robert Lavigne (robertlavigne7@hotmail.com)
Le vendredi 14 mars 2008 07:00

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