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Enfin, du 'parler vrai'!!!

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Pierre-Yves Pau (pierre-yves.pau@hec.ca)
Envoyé Le jeudi 13 mars 2008 00:00



Après neuf mois d'une performance décevante comme opposition officielle, on commençait à se demander si l'ADQ n'avait pas totalement perdu le contact avec la population. Et bien c'est peut-être le cas de son chef, mais l'analyse de Stéphane Le Bouyonnec nous démontre que dans les rangs, il n'en est rien.

Pour commencer, le critère de la langue est obsolet: en dépit d'une langue commune, le Québec n'est pas en 2008, une terre particulièrement accueillante pour les immigrants francophones, si tant est qu'elle l'ait jamais été.
Ainsi, il est paradoxal de voir de jeunes Français s'y ruer, alors que des milliers de jeunes Québécois, souvent très qualifiés, prennent chaque année la route des provinces de l'Ouest canadien, ou des États-Unis, souvent pour ne plus revenir, désertant en masse une province dont le marché du travail ne peut plus leur offrir que des emplois précaires, sous-payés, et au salaire est imposé à des taux ahurissants.

Cette dégradation économique frappe aussi de plein fouet les immigrants maghrébins, dont beaucoup sont arrivé ici après être passés par la France, dans l'espoir d'échapper à l'ostracisme qu'il y subissaient, et qui malgré leur qualifications la plupart du temps très supérieures à la moyenne n'ont souvent aucun espoir de s'intégrer professionnellement, 9/11 étant passé par là: les "arabes" ont aujourd'hui dépassé les "noirs" au palmarès des groupes discriminés professionnellement au Québec.

Il y'a quelques exceptions dans les emplois de techniciens, d'infirmières, de cuisiniers ou de manoeuvres, mais les conditions de travail sont bien entendu à l'image de la morosité économique ambiante, et l'impôt sur les revenus de salaire est écrasant (à peu près deux fois plus élevé qu'en France pour un salaire moyen)... tout un choc pour les tenants du néo-libéralisme qui s'imaginent débarquer en Amérique, et se retrouvent enlisés dans un gigantesque kolkhoze, version tire d'érable.

Un diplômé universitaire français, algérien ou marocain qui souhaite s'installer au Canada devrait donc éviter le Québec et viser plutôt l'Ontario, l'Alberta, la Colombie-Britannique, ou même le Nouveau-Brunswick que ses politiques provinciales volontaristes sont en passe de propulser devant le Québec en terme de prospérité économique, et ou les francophones de l'étranger sont souvent mieux acceptés qu'au Québec. De toute façon, la maîtrise de la langue anglaise n'est pas facultative, même si l'on désire ne faire carrière que dans la Belle Province (ce qui est un peu utopique) - à l'exception de certaines sociétés d'État ou il est pratiquement impossible de décrocher un emploi en tant qu'immigrant, corporatisme oblige.

Ces considérations sont encore plus pertinentes pour les diplômés des Grandes-écoles: le Québec n'a pas vraiment besoin de vous, et il n'a pas suffisamment les moyens de les payer pour justifier une immigration sur des objectifs purement professionnels. La non-reconnaissance des diplômes, même frappés du sceau des institutions européennes les plus prestigieuses, a pour conséquence d'interminables difficultés d'intégration professionnelle, et des perspectives d'évolution fort limitées.

On le dit, on le répète, mais le message ne passe pas, et les immigrants francophones, pigeons un peu naïfs auxquels la Délégation Générale du Québec a fait le coup de la grande séduction (et qui ont avalé l'appât tout cru sans aller sur place se rendre compte par eux-mêmes), continuent à venir se fracasser comme des vagues d'étourneaux contre le mur d'un marché du travail qui ne peut en aucune façon les intégrer. Beaucoup d'entre eux devront en repartir, après quelques mois
à quelques années de galère, ayant flambé toutes leurs économies dans une aventure sans issue.

Il est temps que cela se sache, car si dans l'immédiat les immigrants sont les première victimes de cet échec, à plus long terme c'est la crédibilité du Québec en tant que terre d'acceuil qui est en jeu. Il faut savoir ce que l'on veut, quand on a besoin de livreurs de pizza, et bien on sélectionne des immigrants livreurs de pizza, pas des
médecins, des avocats ou des ingénieurs. Il serait irresponsable de continuer à déraciner des talents prometteurs pour les transplanter dans un cul-de-sac professionnel. Et les beaux discours de Jean Charest sur l'ouverture des corporations professionnelles québécoises ne devrait abuser personne: il ne se passera rien, il ne se passe rien, il ne s'est jamais rien passé.

Dans ce contexte, il faut saluer le franc-parler de l'ADQ : parfois maladroitement, c'est aujourd'hui le seul parti au Québec qui dit les choses telles qu'elles sont, qui a compris que pour les Québécois la préservation identitaire passe avant la prospérité économique, et qui met ses actes et ses propositions en accord avec ce constat. Parce que ne vous faites pas d'illusions, le PQ et le PLQ pensent exactement la même chose, mais préfèrent vous raconter des salades. Alors Québécoises, Québécois, foutez donc ces vieux croûtons dehors et offrez-vous un gouvernement adéquiste, ça vaudra toujours mieux que la médiocrité d'un Jean Charest ou la névrose incurable de la soi-disant élite péquiste.

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