Les 70's de Sylvain Cossette au Saint-Denis - Faire plaisir en se faisant plaisir

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Sylvain Cormier
Édition du jeudi 13 mars 2008

Mots clés : Sylvain Cossette, Spectacle, Musique, Montréal

Très peu pour moi, les groupes-hommage. Beatlemania, jamais en cent ans. Même The Musical Box, que l'on dit plus Genesis que Genesis, j'ai toujours évité. Par principe. Mon histoire du rock, c'est la vraie ou rien. Tant pis pour ce que j'ai raté: les Beatles, Hendrix, Elvis. C'est ainsi. J'ai les films, les disques, ça me suffit.

Cela étant, je me suis follement amusé hier au Saint-Denis, alors que Sylvain Cossette offrait en première montréalaise un spectacle entièrement composé de reprises de grands succès des années 70. Dont plusieurs reproduits note pour note. Quelle différence? L'intention. Il s'agissait moins hier de s'y croire, de faire semblant, que de partager: hier, Cossette et son public ont communié. Célébré. Ils ont été heureux de retrouver ensemble des chansons aimées. Nostalgie sans arrière-goût, joie pure.

Ni jukebox vivant, ni soirée karaoké grand luxe, ce spectacle était aussi exaltant sur scène que dans la salle: Cossette et sa bande de gars n'en revenaient visiblement pas d'avoir l'occasion de se payer ainsi la traite, et chaque spectateur n'en revenait visiblement pas d'obtenir, en un même endroit, le même soir, autant de ses chansons préférées. Aussi bien jouées. Aussi bien chantées. Aussi réussies.

En fait, au contraire des groupes-hommage, on n'oubliait jamais que c'était un show de Sylvain Cossette. D'abord parce qu'il chantait avec sa voix de Sylvain Cossette. Avec les bonnes inflexions aux bons endroits, harmonisant quand il fallait (avec ses deux guitaristes, Matt Laurent et Martin Héon, des fortiches), mais jamais en faisant le Marc Dupré. Ni gestuelle, ni attitude pastichées: on n'était jamais dans l'illusion (sauf pendant Your Song d'Elton John, chantée par le claviériste, à la limite du calque).

On était ailleurs. Dans l'effort. L'effort de bien faire. C'était le show d'un ti-cul des années 70 faisant de son mieux pour rendre des chansons qui ont compté. Parfois à l'identique, parfois pas. Jouer Angie à la Stones, ç'aurait été se farcir les mimiques à Mick, fatalement. Se l'approprier, c'était mieux. More Than A Feeling, Rocket Man, Somebody To Love étaient ainsi adaptées, le plus souvent épurées, fort habilement.

Les intouchables, tout aussi judicieusement, n'étaient pas retouchées. Sacré tour de force que de s'attaquer à tant d'hymnes nationaux du rock, diffusés mille millions de fois à CHOM, imprégnés à même l'épiderme: pas question qu'on nous les gâche. Cossette et les siens ont été à la hauteur, exploit après exploit: l'injouable School de Supertramp (oui, avec toute la séquence instrumentale), l'impossible Roundabout de Yes, ET Another Brick In The Wall Pt. 2, ET Hotel California, ET Suite Madame Blue, ET Stairway To Heaven, et même la monumentale Bohemian Rhapsody de Queen. Plus qu'impressionnant. Ahurissant, 33 chansons durant.

De quoi ovationner. Et ovationner encore. De quoi se lever et rester debout. De quoi rappeler les vieux copains et relancer le band. Dédié à Michel Gendron, patron de la boîte de disques de Cossette, complice du projet 70's décédé subitement la semaine dernière, ce spectacle était aussi celui de tous ces guitaristes en herbe qui, un jour, ont essayé de repiquer les accords et les notes de solos de guitare en écoutant des vinyles. La reprise parfaite de Band On The Run, en cela, était l'ode de toute une génération de trippeux de musique. Et un clin d'oeil à tous les gars de tous les bands de garage. Notre show rêvé, il l'a fait.


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