Les marchés retrouvent leur calme
Mots clés : Nasdaq, S&P/TSX, Dow Jones, Économie, Canada (Pays), États-Unis (pays)
L'effet de l'action concertée des banques centrales s'essouffle déjà
New York -- Les Bourses ont retrouvé leur calme hier, subissant des prises de bénéfices au lendemain d'une journée euphorique, qui avait vu l'indice-vedette Dow Jones empocher ses plus forts gains depuis cinq ans: le Dow Jones a perdu 0,38 % et le Nasdaq 0,53 %.L'indice élargi Standard and Poor's 500 a pour sa part cédé 11,88 points, à 1308,77 points (-0,90%).
À Toronto, l'indice S&P/TSX a reculé de 47,18 points pour clôturer à 13 297,37, sous la pression des titres énergétique.
«Il y a eu des prises de bénéfices après la folle journée de la veille», a observé Todd Leone, analyste au cabinet SG Cowen. «C'est normal que les investisseurs marquent une pause et se demandent si l'envol du marché mardi était justifié», a-t-il ajouté.
Une action concertée
Devant la contraction continue du marché du crédit, qui enserre l'économie américaine, la Réserve fédérale (Fed), en coordination avec d'autres banques centrales dont la Banque du Canada, avait annoncé mardi de nouvelles actions. Aux yeux des analystes, elles ne semblent toutefois pas parvenir à trouver des moyens durables pour empêcher l'aggravation de la crise financière déclenchée par les subprimes.
«Le fait que les banques centrales doivent intervenir tous les deux-trois mois montre que leur action ne résout pas le problème central de la confiance des opérateurs», remarque Frederik Ducrozet, économiste du Crédit Agricole. «Les trésoriers trouveront toujours les fonds dont ils ont besoin auprès d'elles, mais elles ne peuvent faire revenir la confiance des opérateurs», ajoute-t-il.
Depuis lundi dernier, les taux sur le marché interbancaire, par lequel les banques se prêtent des fonds entre elles, sont fortement remontés avec les rumeurs de faillite des fonds américains Blackstone ou Carlyle.
Il s'agit d'une troisième étape du cycle de contagion de la crise des subprimes, après les établissements émetteurs de prêts hypothécaires à risques, puis les banques non liées directement à ces titres, comme Northern Rock, et enfin les fonds d'investissement qui ne peuvent plus emprunter sur les marchés.
Devant le risque d'une paralysie du crédit qui aggraverait considérablement le ralentissement économique, la Réserve fédérale (Fed), la Banque centrale européenne (BCE), les banques centrales suisse, canadienne et britannique ont décidé mardi d'une action concertée pour injecter des liquidités sur les marchés, comme elles l'avaient déjà fait en août et décembre.
Wall Street a réagi avec enthousiasme mardi tout comme Toronto et les Bourses européennes mais le mouvement de hausse perdait déjà du souffle hier.
Du côté du marché monétaire, les taux interbancaires ne sont pas redescendus, démontrant le scepticisme des opérateurs sur l'action des banques centrales.
Celles-ci ne peuvent offrir «qu'un remède de court terme, qui empêche le système financier de craquer, mais pas l'immobilier américain de se dégrader encore plus», souligne Martin Lueck, économiste d'UBS.
Pour M. Ducrozet, la crise financière ne touchera à sa fin que «lorsque la confiance sera revenue» et que les opérateurs «percevront enfin de bonnes nouvelles du côté de l'économie réelle, alors qu'on se trouve aujourd'hui en quasi récession aux États-Unis».
Charles Wyplosz, professeur d'économie à l'Institut des hautes études internationales de Genève, juge, lui, que les banques centrales se sont lancées dans «un pari très risqué».
Elles le gagneront si «elles arrivent à remettre à flot le système financier au bout de deux ou trois interventions de ce style», affirme-t-il.
Dans le cas contraire, elles «auront absorbé des pertes loin d'être négligeables, en donnant l'impression aux établissements financiers qu'ils peuvent prendre des risques inconsidérés et ensuite être protégés» par les autorités monétaires.
Selon M. Wyplosz, la Fed notamment répond au «chantage» qu'exercent les institutions financières américaines, qui agitent le spectre d'une déflation à la japonaise.
La bonne attitude serait, poursuit-il, de dire aux banques «"faites faillite, recapitalisez-vous", ce qui occasionnerait de fortes pertes pour les actionnaires, mais ces derniers sont là pour ça».
Si la BCE résiste pour le moment aux pressions pour baisser ses taux, le marché anticipe une nouvelle baisse des taux américains dès la semaine prochaine, malgré un fort regain d'inflation.
Pour Martin Lueck, «la Fed considère que son urgence est d'alléger le fardeau des ménages endettés en baissant les taux le plus possible, quitte à devoir supporter plus d'inflation pour le moment».

