Santé: le privé s'active

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Louise-Maude Rioux Soucy
Édition du mercredi 12 mars 2008

Mots clés : Médecine, système privé, Myca, Québec (province)

Des dossiers médicaux mis en ligne pour 195 $ par an

La médecine du XXIe siècle sera branchée ou ne sera pas. Mais par qui au juste? Déjà, de nombreuses compagnies privées reluquent ce marché en friche, dont certains poids lourds comme Google ou Microsoft, qui planchent tous deux sur un projet de dossier médical électronique. Chez nous, une compagnie privée chapeautée par le Groupe Médi-Ressources aura réussi à doubler le réseau public en lançant MediProFile, un nouveau service de dossier médical en ligne disponible pour tous ceux qui sont prêts à en payer le prix. Ce nouveau joueur arrive quelques semaines après la compagnie québécoise Myca, qui avait semé la controverse en lançant un outil de consultation médicale en ligne. Internet courtise en effet de plus en plus la médecine, un mouvement naturel aux yeux de l'architecte de MediProFile, Patrick Braindot. «De grosses compagnies comme Microsoft se penchent sur le berceau des dossiers médicaux en ligne. Google est en train de faire une grosse expérience aux États-Unis avec une clinique privée de Cleveland. Ils ont mis de 10 000 à 12 000 dossiers médicaux en ligne avec un système quasi pareil au nôtre.»

Le gouvernement québécois tente lui-même tant bien que mal de prendre le train de la numérisation, mais le lancement de son dossier de santé électronique n'a eu de cesse d'être repoussé. Un premier projet-pilote devrait vraisemblablement prendre son envol dans la région de Québec ce printemps. Si l'expérience est concluante, le déploiement du réseau devrait suivre d'ici 2010. Une perspective qui réjouit M. Braindot. «Quelque part, si Québec finit par numériser ses dossiers, il nous sera plus facile de tout mettre en ligne par la suite. Après tout, on est au XXIe siècle et il est grand temps d'entrer dans l'ère électronique.»

D'ici là, la compagnie aura amplement eu le temps de faire son nid dans le privé. Déjà, tous les clients du Groupe Médi-Ressources, basé à Trois-Rivières et à Montréal, peuvent avoir accès à leur dossier en ligne sécurisé où qu'ils soient sur la planète. Deux cliniques privées montréalaises, soit RocklandMD et MD-Plus, ont quant à elles entrepris des discussions avec MediProFile afin d'offrir cet outil à leurs clients. Les deux cliniques songent à ajouter ce service à leur forfait, mais un patient pourrait aussi prendre la liberté de s'abonner. Coût: 195 $ par année.

Le dossier médical de MediProFile est d'abord né d'un souhait formulé par les patients eux-mêmes. Spécialisé en médecine du travail, le Groupe Médi-Ressources compte en effet beaucoup de clients qui voyagent partout dans le monde. «Quand mes clients consultent à l'étranger, je ne peux plus rien faire. Ce gadget-là est en fait une prolongation de ma pratique médicale, ce qui me plaît d'ailleurs beaucoup. Maintenant, je sais tout ce qui se passe. J'ai une image à jour, plus nette. Les médecins là-bas aussi», explique le Dr Jean Labbé, directeur médical et fondateur du groupe.

Le contrôle au patient

Contrairement à ce que prévoit Québec avec son dossier électronique, c'est le patient qui décide de tout chez MediProFile. «Le patient reçoit un nom de code et se choisit un mot de passe. S'il le désire, il peut autoriser un médecin à consulter son dossier et à y ajouter des informations, mais tout cela se fait sur une base volontaire», explique Patrick Braindot, qui dirige aussi Médi-Ressources Montréal. Le contenu appartient donc en propre au client, qui peut en disposer comme il le veut, quand il le veut.

Les informations qui seront retenues ne pourront toutefois pas être modifiées, prévient le Dr Labbé. Prudente, la compagnie a aussi sciemment choisi de ne pas inclure les informations qu'elle juge plus «sensibles», comme les données psychiatriques, un problème d'alcoolisme ou de toxicomanie ou une prédisposition génétique, par exemple. «Si le médecin insiste et juge qu'il a besoin de ce document, on pourra lui donner un accès réservé à ces informations, mais toujours avec l'assentiment du patient.»

Cette approche ne risque-t-elle pas de compromettre l'essence même de ce projet, qui est après tout d'offrir au médecin le portrait le plus exact et le plus récent qui soit du patient qu'il reçoit dans son cabinet? Le Dr Labbé ne le croit pas. «Notre dossier est bâti sur une base volontaire, et c'est bien ainsi. Il pourrait quand même arriver des situations où on pourrait dire à la personne qu'elle serait mieux de procéder différemment, mais si elle insiste pour qu'on ne mette pas cette information dans son dossier, on ne le fera pas.»

Accessible par Internet, ledit dossier est hébergé sur un site sécurité en tous points semblable à ceux utilisés par les institutions bancaires. Les dossiers sont sauvegardés en mode PDF non modifiable. La compagnie estime être en mesure de mettre en ligne de 5000 à 6000 dossiers électroniques dans la prochaine année. Elles entend aussi offrir ses services aux cliniques publiques, moyennant certains coûts. Le tout toujours sur une base volontaire, insiste M. Braindot, qui ne veut pas prêter flanc aux critiques des défenseurs de la vie privée.

Cet outil électronique, le premier au Québec, vient s'ajouter à d'autres initiatives du genre. Pensons par exemple à cet autre outil en ligne lancé l'an dernier par une compagnie privée, ZoomMed, qui a choisi d'investir le domaine des pharmaceutiques. Son Prescripteur ZRx est un logiciel Web qui fonctionne sur un petit ordinateur de poche ou un ordinateur. Il permet à un médecin de remplir une prescription en ligne que peuvent ensuite consulter les pharmaciens. Plus d'une centaine de cliniques s'y sont déjà inscrites.


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