Moran au Lion D'Or - La bête, de près

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Sylvain Cormier
Édition du mercredi 12 mars 2008

Mots clés : Moran, Lion D'Or, Culture, Musique, Montréal, Québec (province)

Moran, hier au Lion D'Or, c'était une supplémentaire. Ou plutôt: une première pour ceux qui auraient raté l'une ou l'autre des premières. C'est mon cas. Trois ans après sa palme d'auteur-compositeur-interprète à Ma Première Place des Arts, quelques prix plus tard, quelques papiers élogieux plus tard, il était temps que je revoie la bête sur scène.

Je dis la bête, je ne suis pas le seul, il semble que ce soit la désignation officielle de JF Moran, dit Moran tout court. Même qu'on bâtit un peu sa réputation là-dessus: chez Chaloult, boîte de promo des vétérans, il fait office de jeune loup. C'est le tombeur de l'heure, version «pouilleux qui gratte de la guitare», comme il disait hier. Une gueule. Une voix. Une morgue. Une sorte de Morrison sans Doors, à la sauce «Murat première époque» (merci Chantal Jolis). Poésie très portée sur la chose. Une bête, quoi.

C'est ce qui séduit chez lui, de l'avis général: quelque chose d'animal, de brutal. Je constate: le timbre sulfureux, le chandail négligeamment ouvert sur le torse, le sourire désarmant un instant, carnassier l'instant d'après. Tout ça est très étudié, ou ne l'est pas du tout, on ne sait pas: l'incertitude crée l'intérêt. Certitude: ce gars a l'instinct du tueur. Exemple: il a invité les gens à poser des questions. Quelqu'un a osé. «C'est mieux d'être une question intelligente...», a raillé Moran. Autre exemple: routine, j'ai demandé à l'entrée s'il y avait une liste des chansons. Pas de liste. D'accord. Moran est venu à ma rencontre avant le spectacle, s'en excusant sans s'en excuser, déclarant qu'il allait en faire la «thématique» du spectacle. Ce qu'il a fait. Tout un tabac sur les titres de chansons. Sur le mode ironique. Impression renforcée: type intraitable, insaisissable. Hier, il raillait même son pote guitariste. Une bête, vous dis-je.

On voulait bien jouer le jeu: Moran est habile, indéniablement. Et les chansons sont à la hauteur, ce qui justifie tout. Les mélodies modulent peu, pas interchangeables mais un brin monocordes: c'est surtout le verbe qui fait l'effet. Moran a un don certain pour la phrase qui tue. «Pendant que je tricotais ton coeur / Toi tu portais déjà le mien», dans Caféine. «Enfile ta robe la plus sale / Tant bien que mal / J't'emmène au bal des ordinaires», dans Désordres. Ce ton-là.

Mine de rien, plus la soirée avançait, plus on était sous le charme. Ça fonctionnait: la gueule, le timbre, la morgue. Juste avant l'entracte, Moran a invité Mimi Rousseau -- dont on a bien aimé le premier album, l'an dernier -- à le rejoindre sur scène. Joli moment, sans ironie. Moran est capable de ça aussi, déduisait-on. Simplicité et gentillesse. Remarquez, ça pourrait aussi être stratégique. Tout pour séduire, même rentrer les crocs quand il faut. Bonne bête.


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