Mission afghane: voter sans connaître les coûts
Mots clés : coûts, hélicoptères Chinook, mission canadienne, Forces armées, Armement, Canada (Pays), Afghanistan (Pays)
Ottawa est près d'une entente pour l'obtention de six hélicoptères Chinook américains
Ottawa -- Le Parlement votera dans 24 heures pour une prolongation de la mission canadienne en Afghanistan jusqu'en 2011, mais les députés, le gouvernement Harper et la population n'ont toujours aucune idée des coûts supplémentaires engendrés par cette prolongation de deux ans. La facture de la mission a beau être salée et continuer de gonfler, le ministère de la Défense n'a fait aucune projection des coûts, a appris Le Devoir.Par contre, même si le gouvernement conservateur ne semble pas se soucier des milliards de dollars qui seront engouffrés dans la mission en Afghanistan, il travaille très fort en coulisse pour remplir les conditions énoncées dans le rapport Manley. Ottawa est d'ailleurs tout près d'une entente avec Washington pour obtenir six hélicoptères Chinook, qui seront opérationnels à Kandahar au plus tard en février prochain.
L'obtention de six à huit hélicoptères pour soulager les troupes canadiennes qui doivent parcourir les dangereuses routes de Kandahar est l'une des conditions mises en avant par le rapport Manley pour rester engagé en Afghanistan. Les conservateurs et les libéraux l'ont d'ailleurs inclus dans leur motion qui sera votée aux Communes demain en fin de journée. À la suite d'une entente, les deux grands partis fédéraux vont permettre à la mission de se poursuivre jusqu'en juillet 2011.
Une facture qui gonfle
Les députés vont toutefois se prononcer sans savoir combien le trésor public aura à débourser pour maintenir les soldats canadiens en Afghanistan. Le ministère de la Défense, responsable de gérer le budget de la guerre, n'a fait aucune projection de coût.
En novembre dernier, Le Devoir avait demandé au ministère de la Défense, en vertu de la Loi d'accès à l'information, de lui fournir tous les documents d'analyse concernant la facture d'une prolongation de la mission entre 2009 et 2011. La réponse avait été rapide et limpide: il n'y a aucun document à cet effet, avait répondu le ministère. Il semble que, dans les derniers mois, le gouvernement n'ait pas davantage cherché à savoir l'ampleur des coûts à venir, même si le débat politique se précisait.
Marc-André Boivin, directeur adjoint du Réseau francophone sur les opérations de paix à l'Université de Montréal, juge ce manque de planification surprenant. «Il y a un peu de mauvaise foi ici. Les militaires planifient leurs achats et leurs programmes sur 20 ans, alors je ne vois pas pourquoi ils ne l'auraient pas fait avec les coûts de la mission.»
Selon lui, le gouvernement cache les chiffres ou alors il y a un gros problème dans la gestion de la mission. «C'est clair que le premier ministre a demandé à voir les coûts possibles d'une prolongation avant de faire son choix. On ne se lance pas là-dedans sans savoir l'impact que cela aura sur les finances publiques. Je suis extrêmement surpris que rien n'existe. Ça ne tient pas la route, à moins de vouloir éviter de révéler les montants à la veille d'un vote aux Communes», dit Marc-André Boivin.
Cette information a pourtant une importance, puisque les coûts de la guerre en Afghanistan continuent de bondir. Selon les informations obtenues par Le Devoir, les Forces canadiennes ont révisé à la hausse il y a quelques semaines la facture estimée de la mission entre 2001 et 2009, qui passe ainsi à cinq milliards de dollars, soit un bond de 500 millions (10 %). La dernière estimation, réalisée l'automne dernier, faisait état de 4,5 milliards.
Il faut noter par ailleurs que le coût total de la mission ne peut être de sept milliards de dollars, tel qu'avancé par La Presse hier, car un tel calcul inclut les dépenses régulières (frais fixes) que les Forces canadiennes devraient assumer même si les militaires étaient restés au pays (salaires, avantages sociaux, entretien normal des véhicules, utilisation des munitions pour l'entraînement, etc.). Pour obtenir le chiffre le plus représentatif des coûts de la mission en Afghanistan, il faut uniquement tenir compte des «coûts additionnels» engendrés par le déploiement des soldats à l'étranger, qui se chiffrent maintenant à cinq milliards de dollars.
Il ne faut pas non plus confondre les «coûts additionnels» avec des dépassements de coûts imprévus. Les Forces canadiennes révisent le budget de la guerre régulièrement et ajustent les montants. Ainsi, les coûts de la mission pour l'année 2007-08 devraient être légèrement au-dessus d'un milliard de dollars, mais il ne s'agit pas d'une facture imprévue. À titre de comparaison, les coûts de la mission l'an dernier (2006-07) avaient été de 803 millions.
Malheureusement, le ministère de la Défense n'a pas été en mesure d'expliquer la hausse de 500 millions anticipée d'ici février 2009, même si Le Devoir a demandé les informations jeudi dernier. Il faut savoir que les communications du ministère de la Défense sont maintenant sous le contrôle du bureau du premier ministre et du Conseil privé, qui supervisent les informations transmises aux médias, ce qui ralentit le processus.
Hélicoptères
Inactif en ce qui concerne la planification financière de la mission, le gouvernement Harper est au contraire très actif pour dénicher des drones (petits avions sans pilote) et des hélicoptères de transport, ce qui remplira l'une des recommandations majeures du rapport Manley.
La Pologne a déjà annoncé qu'elle fournira deux hélicoptères MI-17 d'origine russe pour aider le Canada à Kandahar. Mais les experts estiment qu'il faut entre six et huit hélicoptères pour remplir les besoins du Canada.
Pour cette raison, le gouvernement Harper est actuellement en négociation avec Washington pour louer ou acquérir six hélicoptères de transport Chinook (un gros appareil à deux hélices), construit par le géant Boeing.
En 2006, Ottawa a signifié son intention d'acheter 16 Chinook, mais ils ne seront pas livrés avant la fin de 2011 puisque le Canada exige des appareils ultra-équipés et plus polyvalents. Or les soldats ont besoin des hélicoptères bien avant cette date.
Deux options sont sur la table avec les Américains: louer des appareils d'occasion ou encore accélérer l'achat de six Chinook plus modestes.
Pour la location des hélicoptères, il s'agirait de procéder comme les Forces canadiennes l'ont fait avec les chars d'assaut Léopards 2 loués de l'Allemagne. Le Canada utilise 20 de ces véhicules lourds, sans frais, en attendant que sa commande de 100 chars d'assaut soit prête. Ottawa doit toutefois retourner les 20 chars d'assaut dans l'état où ils étaient avant la location.
Le gouvernement Harper étudie aussi la possibilité d'acheter des hélicoptères Chinook plus modestes, calqués sur le modèle utilisé par l'Armée américaine, en attendant de recevoir le modèle qu'il désire. Mais pour ce faire, il faudrait que Washington accepte de céder sa place dans la chaîne de montage des Chinook, puisque la US Air Force a priorité dans la livraison des commandes. Ce stratagème a été utilisé pour obtenir plus rapidement l'avion de transport C-17 de Boeing acquis par le Canada en 2007.
«Nous sommes en négociation avec les États-Unis et il y a plusieurs options envisagées. On ne peut pas en dire plus pour l'instant», a soutenu au Devoir Jay Paxton, porte-parole du ministre de la Défense. Il affirme toutefois qu'une entente est «très proche» avec Washington.
Dans le cas des drones de surveillance, Ottawa va lancer d'ici quelques jours un appel d'offres pour louer ces avions sans pilote. Le plan de location, d'un budget de 120 millions, permettra aux soldats sur le terrain de recevoir les appareils pour février 2009 au plus tard. Les drones que le Canada manoeuvre actuellement, les Spewers, seront donc ramenés au pays pour faire place à une technologie plus moderne. Les nouveaux drones, probablement des Predators américains, ont une meilleure autonomie et sont mieux adaptés aux conditions difficiles de l'Afghanistan. Les Spewers du Canada ont été conçus pour une surveillance dans l'Arctique.
Vos réactions
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STOP - par André Chamberland (andre.cham@sympatico.ca)
Le mercredi 12 mars 2008 09:00
Heureusement, il y a les coûts! - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le mercredi 12 mars 2008 05:00
Question à cent piasses pour de fins politiques - par ALexandre Gosselin (goosse000@hotmail.com)
Le mercredi 12 mars 2008 00:00

