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Des explications biologiques qui ne tiennent pas la route

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benjamin prudhomme
Envoyé Le lundi 10 mars 2008 17:00



Il m'est toujours difficile de comprendre pourquoi les medias s'acharnent a presenter aux phenomenes sociaux des explications biologiques.
Les donnees que presentent Mme Pinker sont certes vraies, mais elles ne prouvent en rien que son explication biologique tienne la route. En effet, si les femmes occupent une moins grande proportion des postes de direction, c'est en raison de leur socialisation qui se fait de facon differenciee de celle des garcons, et egalement en raison des rapports de pouvoir qu'exercent toujours le groupe des hommes sur celui des femmes.

Mme Pinker devrait peut etre lire ''cerveau sexe et pouvoir'' de catherine vidal, dans lequel elle pourrait trouver une recension des etudes biologiques faites sur les differences hommes-femmes et une conclusion qui semble lui echapper : les hommes et les femmes presentent tres peu de differences biologiques a leur naissance, et que ces differences sont plutot dues aux apprentissages faites tout au long de leur vie. Quels sont les modeles que l'on presente aux jeunes filles? Des femmes qui sont d'abord et avant tout meres de famille et qui accordent une (trop) grande importance aux soins du corps. Aux garcons, par contre, les gens presenteront des figures de reussite en emploi, riches et ''forts''. Pourquoi s'etonne-t-on que les garcons et filles tendent a reproduire les modeles qui leur sont presentes tout au long de leur socialisation?

Simone Beauvoir a un jour dit : ''on ne nait pas femme, on le devient''. Mme Pinker devrait peut-etre s'attarder a cette phrase qui exprime toute l'importance de la socialisation dans le developpement de telles inegalites. On nait male ou femelle, certes. Mais on devient homme ou femme. Il faut savoir distinguer le sexe du genre, chose que Mme Pinker ne semble point apte a faire. Il me semble donc essentiel que cette derniere revoit ses propos, qui legitiment l'inegalite toujours presente entre les sexes.

D'ailleurs, elle semble avoir oublie que les femmes qui refusent des postes importants pour des preoccupations familiales ne sont pas programmees biologiquement pour etre des meres. Que fait-elle de toutes les etudes qui demontrent que les fillettes sont des leur plus jeune age initiees aux jouets qui les preparent a la maternite? Qu'elles sont plus souvent qualifiees de douces et gentilles, alors qu'on prefere dire a nos ''petits hommes'' qu'ils sont grands et forts. Les neglige-t-elle intentionnellement pour donner a ses statistiques un poids biologique?

Tout ce texte m'amene a la triste conclusion qu'aujourd'hui encore, malgre les grands combats menes pour permettre aux femmes d'atteindre une place plus egalitaire dans la societe, certaines personnes, voire meme certains ''specialistes'', utilisent encore des arguments biologiques pour justifier des differences sociales. Or, ces explications ne tiennent pas la route et ferment la porte a une meilleure comprehension du phenomene et a la mise en place de plans d'action.

Pourquoi bon nommer un gouvernement egalitaire entre hommes et femmes? Pourquoi donc parler de conciliation famille-travail, si les femmes sont pretes a sacrifier tant pour leur famille, puisqu'elles y sont biologiquement rattachees. Dites moi, Mme Pinker, ce que vous repondez a tous ces questionnements auxquels vous apportez des reponses simplistes...?

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