Continental triomphe aux 10es Jutra

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Odile Tremblay
Édition du lundi 10 mars 2008

Mots clés : gala des Jutra, Continental, Culture, Prix, Cinéma, Québec (province)

Les 3 P'tits cochons repartent bredouilles

Le comédien Roy Dupuis a remporté hier soir le Jutra du meilleur acteur pour son interprétation du général Roméo Dallaire dans Shake Hands with the Devil de Roger Spottiswoode.

Photo: Pedro Ruiz

L’intelligence et le bon goût auront finalement eu raison hier soir des considérations d’ordre commercial, qui avaient d’abord placé Les 3 p’tits cochons de Patrick Huard en coureur de tête aux nominations. C’est Continental, un film sans fusil de Stéphane Lafleur, une œuvre chorale audacieuse, qui a récolté les plus importants lauriers aux 10es prix Jutra à la gloire du cinéma québécois: meilleur film, meilleure réalisation, meilleur scénario et meilleur acteur de soutien à Réal Bossé, solide dans son rôle de vendeur d’assurance.

«Vive le cinéma libre!», a lancé l’interprète en rendant hommage à la poésie et à l’humour de Continental. Stéphane Lafleur espère de son côté voir le film regagner les écrans dans la foulée du gala, vœu qui se concrétisera certainement.

Autre bon choix de la profession: Roy Dupuis, remarquable en général Dallaire au Rwanda dans Shake Hands with the Devil de Roger Spottiswoode, a gagné le prix du meilleur acteur, Jutra qu’il a voulu partager avec le général Dallaire. Il a aussi dédié la statuette à sa mère, récemment disparue. Guylaine Tremblay, cœur et âme du sombre Contre toute espérance de Bernard Émond, a reçu la statuette, également méritée, de la meilleure actrice. Confirmant l’immense talent de la vedette montante Laurence Leboeuf (si remarquée dans la série Les Lavigueur); la voici sacrée meilleure actrice dans un second rôle pour Ma fille, mon ange d’Alexis Durand-Brault, dont elle avait été la révélation, en jeune fille paumée au charisme fou.
Les 3 p’tits cochons de Patrick Huard, en tête du peloton avec 13 nominations, n’aura donc aux votes rien récolté. Reste le Billet d’or (automatique) au film ayant engendré les plus grosses recettes au guichet. Beau joueur, Huard a invité les gens à ne pas faire de cette soirée-là celle des absents, mais à célébrer l’industrie du cinéma.

Maigre butin toutefois. L’an dernier, Patrick Huard, alors acteur et co-scénariste de Bon Cop, Bad Cop, avait connu les mêmes espoirs et la même déconfiture (un prix de montage alors, en plus du billet d’or) au profit de Congorama, également produit par Luc Dery et Kim McGraw de Micro_scope, dont les choix judicieux reçoivent tous les coups de chapeau. Luc Dery a appelé le milieu à resté mobilisé contre le Bill C-10 qui menace l’intégrité du cinéma québécois.

L’Âge des ténèbres de Denys Arcand, six fois nommé, déjà rentré bredouille des Génies canadiens, dut se contenter du Jutra des meilleurs maquillages, déjà décerné au début de la semaine. Son film, n’aura décidément pas connu le parcours triomphal de ses précédentes Invasions barbares. Arcand de même que sa productrice et compagne Denise Robert étaient absents du gala «pour des raisons familiales», auraient-ils évoqué.

La neige et les routes bloquées n’ont pas empêché la tenue du gala, même si tout le monde n’a pu être présent, telle la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, prise à Québec, après la tourmente météorologique. Josée Verner, son homologue au Patrimoine, s’était déjà décommandée, peut-être par crainte de recevoir des tomates et des huées, suite aux remous du Bill C-10 ouvrant la porte à la censure cinématographique, ou pour l’ensemble de son ?uvre.
Le Théâtre Maisonneuve de la Place-des-Arts, cadre des fêtes précédentes, était quand même plus prestigieux que le Studio 42 de Radio-Canada, pour la première fois hôte de la cérémonie. Mais Normand Brathwaite a animé le gala avec entrain, de bons gags sur Denys Arcand chassant les journalistes, le bill C-10, etc. À souligner: le bon montage de départ sur les classiques du cinéma québécois, et un faux film de Brathwaite Brume de nuit, en amusant running gag. Un gala est un gala, avec un côté ronronnant, mais celui-ci allait rondement.

Étranges prix Jutra. D’une édition à l’autre, se répète à peu près le même scénario: une pluie de nominations à la production la plus commerciale de la cuvée, mais au fil d’arrivée, l’?uvre la plus originale se voit couronnée, et la cinéphilie sort gagnante. Ouf! Ce qui n’empêche pas les défaillances du système de nominations (qui écartent d’office trop de bons joueurs dans diverses catégories), mais l’honneur est sauf.

Jean-Claude Labrecque recevait, ému, le Jutra hommage couronnant son imposante carrière, rendant hommage aux techniciens de ses films, éternels oubliés. Il lancera bientôt son documentaire «amoureux» sur la ville de Québec, à l’heure.

Le trépidant et commercial Nitro d’Alain Desrochers, six fois nommé, a gagné la statuette du meilleur montage, vraisemblablement pour son rythme fou. On savait déjà que le désolant Ma tante Aline récoltait le Jutra des meilleures coiffures.

La Brunante, Bluff et Surviving my Mother, pourtant non dépourvus de mérites, n’ont rien reçu. Quant au Ring d’Anaïs Barbeau-Lavalette, trop absent des nominations, il repart avec le seul laurier de la meilleure musique. Le très esthétique Silk de François Girard, tourné en partie au Japon, d’après le roman de Baricco, avait déjà récolté trois lauriers techniques (direction artistique, son, costumes). S’y est ajouté hier la meilleure direction photo à Alain Dostie.

Le peuple invisible, hommage choc aux Algonquins, de Richard Desjardins et Robert Monderie, a été préféré à Americano, à Au pays des colons et à Up the Yangtse, au titre du meilleur documentaire, section où les candidats étaient fort solides. Les cinéastes, déjà primés avec leur précédent L’Erreur boréale, se disaient particulièrement heureux de voir Le Peuple invisible gagner l’écran de Radio-Canada, le 17 avril à 20h, une plage de grande écoute.
Le dadaïste Isabelle au bois dormant de Claude Cloutier a remporté le Jutra du meilleur film d’animation au nez de Madame Tutli-Putli de Chris Lavis et Maciek Szczerbowski, considéré comme le favori, en nomination aux derniers Oscars. On savait déjà que Simon Galiero avait reçu celui du meilleur court/moyen métrage pour Notre prison est un royaume.
Que dire, sinon que dans l’ensemble ces prix sont d’excellente tenue et que la profession, en donnant un coup de barre à gauche, après la tempête soulevée par les nominations, a su miser sur la qualité. On s’en félicite. Voilà!


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Meilleure musique - par Louis Robitaille
Le lundi 10 mars 2008 09:00

Arrangé avec le gars des vues? - par jacques noel
Le lundi 10 mars 2008 07:00

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