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Un peu de rigueur svp M. Courtemanche
Ainsi, il commence par dire que la défense du français est au coeur de l'option politique du Parti Québécois: l'indépendance. Voici déjà une affirmation qui aurait mérité tout le reste du texte. Je ne me souviens pas, en effet, que le Parti Québécois ait déjà proposé comme justification à la souveraineté la défense du français.
Plus loin, M. Courtemanche nous dit que 'notre disparition en tant que société francophone' est 'une menace qui n'est pas réelle'. Plus loin, en parlant de la loi 101, M. Courtemanche dit que 'tout dit qu'il faut en étendre la portée'. Je ne le suis plus.
M. Courtemanche nous dit ensuite que la majorité des anglophones qui vivent ici acceptent que la société québécoise soit une société francophone. J'ai étudié à McGill pendant 4 ans dans les années 90 et j'ai presque toujours travaillé en milieu bilingue depuis. Je répondrais qu'ils acceptent que le Québec soit une société francophone, mais que la majorité est farouchement opposée aux mesures visant à maintenir ce caractère francophone, notamment la loi 101. Je n'ai jamais rencontré d'anglophone qui dise que la loi 101 est pertinente et nécessaire.
M. Courtemanche dit des anglophones que 'dans l'ensemble, ils parlent mieux le français que nous parlons l'anglais'. J'ignore quels milieux fréquente M. Courtemanche, mais ma lecture de la réalité est diamétralement opposée. Le fait qu'en général, les anglophones n'écoutent pas la télévision en français, ne lisent pas en français et ne vont pas voir de films en français est un indice assez parlant. On ne peut apprendre une langue sans s'immerger dans sa culture. (La lecture de l'affichage francophone à Montréal me semble un exercice insuffisant !) Du reste, exiger d'un anglophone qu'il parle le français ou qu'il l'apprenne reste un tabou en dehors des secteurs gouvernementaux et culturel.
M. Courtemanche accuse Mario Dumont de 'surfer sur la peur de l'immigration(...). Il faut donc limiter l'immigration, former un rempart contre l'étranger (...) [selon Mario Dumont]'. Cette affirmation témoigne d'une certaine mauvaise foi. Dois-je rappeler à M. Courtemache que M. Dumont (dont je n'aime pas les idées en général, par ailleurs) propose seulement de NE PAS AUGMENTER les taux d'immigration. Il y aurait donc toujours des dizaines de milliers de nouveaux arrivants à chaque année.
M. Courtemanche nous dit que 'd'année en année', ils 's'intègrent de plus en plus'. En fait, si les immigrants parlent plus souvent français, c'est parce que le gouvernement a pris soin de sélectionner des immigrants originaires de pays francophiles comme l'Algérie et le Maroc. Pas nécessairement parce que les immigrants déjà ici manifestent plus d'ouverture au français. M. Courtemanche critique M. Dumont de laisser entendre que les immigrants menacent le français. Quand on sait que des récentes statistiques démontrent qu'au moment de choisir entre le français et l'anglais, 55% des allophones choisissent l'anglais, le moins qu'on puisse dire est que la situation est préoccupante, peu importe le choix des mots. Vous parlez de 'Hérouxville, qui malgré ses valeurs chétiennes, ne fait pas de bébés qui parlent français'. Contrairement à une idée reçue, les démographes nous apprennent que l'immigration ne rajeunit pas la population (ou si peu). En effet, les nouveaux arrivants adoptent vite les usages de la société d'accueil et ont peu d'enfants. Il faut plutôt chercher du côté de l'économie et du besoin en main d'oeuvre la justification de l'immigration. Or, quand on sait que le taux de chômage de plusieurs communautés culturelles de Montréal avoisinent les 30% (chez les Maghrébins qui composent une large part des nouveaux arrivants, entre autres), il est compréhensible de vouloir apporter des correctifs avant de se lancer tête baissée dans une augmentation des taux d'immigration.
Mais M. Courtemanche ne se fie pas aux démographes. D'après lui, 'certains ne réussissent pas à s'affranchir dans leurs recherches, de préjugés politiques'. Encore une fois, rien ne vient appuyer cette affirmation. Il préfère se fier à un échantillon d'une seule personne : lui-même. (Cette évaluation serait bien sûr exempte de tout préjugé !) Ainsi, M. Courtemanche nous dit que la fait que maintenant, tout est en français sur le rue du Parc, dit tout. En fait, tout est en français sur l'avenue du Parc grâce à la loi 101. Comme toute loi, elle doit jouir d'un soutien au sein de la population, sans quoi elle sera révoquée (ou démontée morceau par morceau, d'année en année). Le soutien de cette loi honnie des anglophones se trouve chez les francophones. Nous, les francophones, passons actuellement sous la barre des 80% de la population du Québec. Pourrons-nous encore soutenir cette loi dans sa forme actuelle si nous glissons sous les 70%? Et sous les 40% à Montréal ? A ce moment, M. Courtemanche, l'histoire pourrait basculer une deuxième fois.
François Fiset
Québec
