Sans repères
Mots clés : Paranoid Park, Gus Van Sant, Cinéma, Culture, France (pays), États-Unis (pays)

Paranoid Park
Écrit, réalisé et monté par Gus Van Sant, d'après le roman de Blake Nelson. Avec Gabe Nevins, Dan Liu, Jake Miller, Taylor Momsen. Photographie: Christopher Doyle, Rain Kathy Li. États-Unis-France, 2007, 85 minutes.
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Rares sont les auteurs qui font preuve d'autant de constance dans la rigueur et les thèmes que Gus Van Sant. Paranoid Park, à cet égard, marque le prolongement naturel d'une démarche artistique, tournée vers la jeunesse et marquée par le trouble intérieur, amorcée avec Drugstore Cowboy il y a presque vingt ans et portée aux nues avec Elephant en 2003.
La narration reproduit le mouvement de va-et-vient de l'adepte de planche à roulettes dans le parc dénivelé en béton où il pratique son sport. Avance, recule, avance, recule, avec à chaque saut temporel addition subliminale d'information permettant de remettre en place les morceaux du récit «démembré». Le verbe peut sembler gratuit, il ne l'est pas. Un samedi soir, à la suggestion d'un planchiste sans abri qu'il vient de rencontrer, Alex grimpe dans un train en marche qui émerge de la gare de triage jouxtant Paranoid Park. Surpris par un gardien de sécurité qui le frappe de sa lampe-matraque, l'adolescent riposte, causant accidentellement la mort de son adversaire, tombé en travers des rails opposés, où un train vient de s'engager. Traumatisé, Alex se réfugie en lui-même et ne souffle mot de l'accident à personne. Encore moins au détective Lu (Dan Liu), qui interroge dans son école tous les planchistes qui fréquentent Paranoid Park.
La mise en scène de Van Sant, comme toujours d'une grande éloquence, met en évidence la distance entre l'adolescent, dans le cadre, serré, et l'adulte, hors foyer, au loin. Il en résulte un puissant sentiment de claustrophobie et d'isolement, qui campe le spectateur du côté du jeune et l'empêche de se réfugier dans le monde moral des adultes, duquel le personnage central n'a pas la clé.
À l'image, Van Sant fait parler une sorte de désarroi, évoqué par le ballant de la caméra numérique (avec alternance de technologies professionnelles et domestiques) et des adolescents, qu'il filme avec une fascination marquée (mais jamais suspecte) pour leur morphologie. À l'oreille, le son et la musique s'emmaillent, composant des atmosphères tour à tour envoûtantes et rébarbatives, qui donnent parfois au film l'allure d'un essai expérimental.
On aurait envie de situer ce film élégant et brutal quelque part entre Hitchcock, pour la plastique insolite, et Van Gogh, pour le tourment intérieur évoqué par les décors naturels: Portland, son parc de planches à roulettes, et la mer, si proche, vers laquelle Alex semble vouloir se rendre sans jamais y parvenir. Car l'horizon, comme dans My Own Private Idaho, est une destination inaccessible.
Collaborateur du Devoir
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