Gigantesquement lourd...
Mots clés : Roland Emmerich, 10 000 B.C., Cinéma, Culture, États-Unis (pays)
S'il fallait interdire le ridicule réactionnaire au cinéma, il y a longtemps que Roland Emmerich serait réduit au chômage

10 000 B.C.
Réalisation: Roland Emmerich. Scénario: Roland Emmerich, Harald Kloser. Avec Steven Strait, Camilla Belle, Cliff Curtis. Image: Ueli Steiger. Montage: Alexander Berner. Musique: Harald Kloser, Thomas Wander. États-Unis, 2008, 109 min.
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Dans la nouvelle extravaganza de Roland Emmerich (The Patriot, Godzilla), les mammouths semblent d'une subtilité délicate si on les compare à la démarche d'un réalisateur reconnu pour sa patte un peu lourde. Et de la même façon que leurs pas réussissent parfois à faire trembler les murs de la salle de cinéma -- l'effet est saisissant --, Emmerich s'avance dans ce film de la même manière que les précédents: tapageur, grandiloquent et pas scrupuleux pour deux sous sur les méthodes lorsqu'il s'agit de rassurer le spectateur enseveli sous son sac de maïs soufflé format... mammouth.
Pour le moment, il s'approprie des moyens considérables afin d'illustrer un récit épique, ou plutôt messianique, sur un jeune chasseur de mammouth, D'Leh (Steven Strait, trop sexy pour être crédible), voulant retrouver à tout prix sa bien-aimée aux yeux bleus, Evolet (Camilla Belle), capturée par des guerriers venant d'un monde dont D'Leh et les siens ignoraient jusque-là l'existence. Les voyageurs forment une alliance avec d'autres tribus (un embryon des Nations unies, la partie édifiante de l'intrigue) pour libérer la belle et ses semblables, réquisitionnés sans leur consentement pour la construction des pyramides.
À la manière du parcours d'un immense parc thématique, les personnages traversent une vaste contrée avant de s'engouffrer dans une autre, et chacune d'elles recèle son lot de créatures étranges, de paysages à couper le souffle et de petites parenthèses faussement philosophiques sur le courage du guerrier, l'esprit de clan ou le respect dû aux aînés. Tout cela, bien sûr, servi à la manière Emmerich, qui ne tolère que trop peu le silence, la finesse et la sobriété.
Comme si cela n'était pas suffisant, cette chasse à l'amoureuse devient aussi une improbable lutte des classes, le cinéaste sonnant le glas de la soumission de milliers d'esclaves. Tout cela en deux coups de cuillère à pot et trois lances à la pointe bien aiguisée: et dire que certains se demandent encore comment s'explique la fascination qu'exerce encore Hollywood sur le commun des mortels...
Visiblement attiré par le cinéma à calendrier (Independence Day, The Day After Tomorrow, et quoi encore?) et à numéros pétaradants, le réalisateur de 10 000 B.C. ne semble pas prêt à vouloir baisser les armes, encore moins le volume. Comme quoi le mammouth ne s'est jamais complètement fossilisé: il risque de devenir un nouveau genre cinématographique...
Collaborateur du Devoir
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