Conseil du statut de la femme - « On a l'impression qu'on a perdu du terrain dans certains domaines... »

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Alexandre Shields
Édition du samedi 08 et du dimanche 09 mars 2008

Mots clés : Christiane Pelchat, Conseil du statut de la femme, Femme, Québec (province)

L'écart salarial annuel moyen entre les femmes et les hommes se situe à 11 000 $

«L'inéquité salariale, c'est le catalyseur de toute la discrimination systémique dont les femmes sont victimes», explique Christiane Pelchat, présidente du Conseil du statut de la femme. Photo: Conseil du statut de la femme

Le message de Christiane Pelchat, la présidente du Conseil du statut de la femme, est on ne peut plus clair: le Québec a beau se targuer d'être parmi les sociétés les plus évoluées sur la planète, les femmes doivent encore se battre au quotidien pour gagner, mais aussi pour maintenir, leur droit à l'égalité avec les hommes.

«Nous devons faire preuve d'une vigilance constante, parce que le travail est toujours à refaire, lance sans hésiter Christiane Pelchat. Il ne faut pas oublier qu'il est toujours difficile pour les femmes, même dans le Québec de 2008, de prendre leur place dans l'espace public. Nous vivons toujours dans un monde fait par des hommes pour des hommes.» Le constat est à la fois simple, direct et déconcertant.

Alors que le Conseil du statut de la femme (CSF) ête cette année ses 35 ans, les exemples de luttes à mener ne manquent effectivement pas. Mme Pelchat souligne d'entrée de jeu l'épineuse question de l'équité salariale, puisque, plus de dix ans après l'entrée en vigueur de la Loi sur l'équité salariale, à peine 47 % des entreprises ont complété son application. «On n'a même pas la moitié du chemin de fait en 10 ans d'application de la loi, déplore-t-elle. C'est très inquiétant, parce que c'est obligatoire, donc les entreprises devraient en théorie se conformer à la législation. Le problème, c'est que la loi n'est pas très coercitive. On n'a peut-être pas non plus été très énergique dans son application.»

Cette bataille, une aventure de décennies, a donc valeur de symbole pour les femmes, croit Christiane Pelchat. «L'inéquité salariale, c'est le catalyseur de toute la discrimination systémique dont les femmes sont victimes. C'est l'exemple patent de cette discrimination. Tous les métiers à prédominance féminine ont historiquement été moins bien payés au Québec que les métiers à prédominance masculine.»

Selon elle, les entreprises ne manifestent d'ailleurs pas suffisamment de volonté de mettre en application la législation. «Les entreprises visées par la loi ne sont pas très pressées d'augmenter les salaires de leurs employées, estime la présidente du Conseil. Imaginez, 80 % des entreprises qui ont respecté la loi ont dit qu'elles l'ont fait parce qu'elles étaient obligées par la loi. Ce n'était donc pas une question de volonté.»

Miser sur l'équité

Comme il reste encore beaucoup à faire, Mme Pelchat a plaidé récemment pour un renforcement des pouvoirs de la Commission de l'équité salariale, mais aussi pour une bonification des ressources qui lui sont accordées, devant la Commission de l'économie et du travail. Celle-ci avait le mandat de tracer un portrait de la situation, dix ans après l'entrée en vigueur de la loi.

À cette occasion, le Conseil du statut de la femme a justement déposé un mémoire sur le bilan de l'application de la Loi sur l'équité salariale. Parmi les éléments soulevés, on demandait notamment que la Commission de l'équité salariale «mène une réflexion globale sur la situation des salariées non syndiquées afin de déterminer les meilleurs moyens de les rejoindre par ses campagnes de sensibilisation, pour faire en sorte que la loi s'applique vraiment à elles».

Le Conseil proposait également que les entreprises comptant de 10 à 49 personnes salariées soient tenues de remettre leur rapport d'équité salariale à la Commission de l'équité salariale. Celle-ci devrait procéder à une vérification aléatoire de la conformité à la loi de ces rapports ainsi que des programmes d'équité salariale. De plus, le document suggérait que le contrôle du maintien de l'équité salariale soit exercé aux quatre ans, sur la base d'un rapport remis à la Commission de l'équité salariale, et que cette dernière puisse procéder à une vérification aléatoire des rapports que lui soumettront les entreprises.

Une autonomie à faire

Il importe d'ailleurs de rappeler jour après jour, insiste Mme Pelchat, que «l'autonomie économique des femmes est fondamentale dans l'atteinte de l'égalité. Et cette autonomie passe par un principe simple: à travail égal, salaire égal».

Or, sur ce point, «on a l'impression qu'on a perdu du terrain dans certains domaines et c'est inquiétant, explique-t-elle. Par exemple, ça fait des années que le Conseil se bat pour que les femmes aient accès à des postes non traditionnels. Mais faute de mesures de conciliation travail-famille, les femmes se retirent du marché du travail et donc, elles sont encore pauvres. Il ne faut pas oublier qu'au Québec, les plus pauvres d'entre les plus pauvres, ce sont des femmes, et ce, dans toutes les catégories d'âge».

La présidente du CSF redoute que certaines mesures viennent aggraver la situation, dont l'idée de l'Action démocratique du Québec d'offrir 100 $ par semaine -- ou 50 $, selon les compromis faits pour le budget du 13 mars prochain -- aux familles qui n'ont pas recours aux services de garde. «C'est un retour en arrière, c'est-à-dire "les femmes à la maison et les hommes au travail". C'est un discours dangereux», lance-t-elle, convaincue que la mesure s'adresse d'abord aux mères.

«On dit aux femmes: "Ne contribuez pas à un régime de retraite, ne contribuez pas au Régime des rentes du Québec". Donc, on leur enlève toute possibilité de développer leur autonomie économique, soutient cette femme engagée depuis des années. Quand on sait qu'un ménage sur deux finit par un divorce, on condamne bien des femmes à devenir dépendantes de l'aide sociale, et ce n'est vraiment pas ce qu'il y a de mieux pour vivre. "Vous allez être encore plus pauvres", c'est ça qu'on dit aux femmes.»

Au lieu d'aller dans cette direction, Christiane Pelchat plaide pour que Québec crée 20 000 nouvelles places en services de garde. «Au Québec, rappelle-t-elle, depuis l'instauration du régime des garderies à cinq, puis à sept dollars, on a le plus haut taux de femmes actives au Canada parmi les mères d'enfants de moins de six ans. On parle d'un taux de 76 %. C'est une belle réussite.»

Travail et famille

Et maintenant que ce sont majoritairement des femmes qui sortent des universités avec un diplôme en poche, le gouvernement devrait tout mettre en oeuvre afin de leur faciliter l'accès au marché du travail. De cette façon, souligne la présidente du Conseil, on pourrait commencer à réduire l'écart salarial très important qui perdure au Québec entre les hommes et les femmes.

Celui-ci se situe actuellement à une moyenne de 11 000 $ par année. Pour que la chose se réalise, poursuit Mme Pelchat, les mentalités devront elles aussi faire un bond en avant, afin que les hommes prennent davantage au sérieux leur devoir de conciliation travail-famille. Et là, le chemin à parcourir est énorme, même si elle note un changement progressif des mentalités chez les jeunes générations.

Et ce n'est pas tout. Il faut aussi s'attarder davantage aux écueils qui guettent les plus jeunes, observe-t-elle, notamment l'hypersexualisation de l'espace public. Ce phénomène, soutient-elle, cantonne les femmes au rôle de «sois belle et tais-toi». Bref, malgré les réussites, la présidente du Conseil du statut de la femme en appelle à un effort collectif pour éviter que ce beau rêve d'une véritable égalité ne demeure au stade des voeux pieux.


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Une idéologie fausse et moribonde - par Jean-Philippe Trottier
Le dimanche 09 mars 2008 14:00

Les femmes ne travaillent pas deux fois plus, c'est un mythe. - par Dominic Pageau
Le dimanche 09 mars 2008 03:00

un hic qui n'en est pas un - par Michèle Dorais
Le samedi 08 mars 2008 17:00

l'écart salarial n'est pas dû uniquement aux différences d'heures, il persiste même si l'on tient compte de cette différence - par Diane-Gabrielle Tremblay
Le samedi 08 mars 2008 13:00

Il y a un hic, en général, les hommes travaillent plus d'heures semaines que les femmes. - par Dominic Pageau
Le samedi 08 mars 2008 01:00

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