Prix Égalité 2008 - Un petit pas pour la femme, un grand pas pour l'égalité

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Daphné Cameron
Édition du samedi 08 et du dimanche 09 mars 2008

Mots clés : Centre-Femmes La Jardilec, Anne Thibeault, Prix Égalité 2008, Prix, Femme, Québec (province)

Ces jeunes filles ont toutes participé à l'aventure du magasine féminin Authentik, supervisée par Geneviève Morand. Photo: Secrétariat à la condition féminine du Québec

Certaines en ont fait leur cheval de bataille depuis plus de dix ans. Les autres, plus jeunes, se frottaient aux enjeux féministes pour la première fois. Mais peu importe leur génération, ou leur combat, le constat des six gagnantes de la première cuvée du prix Égalité est le même: le masculin l'emporte encore sur le féminin.

Le 4 mars dernier, le Secrétariat à la condition féminine du Québec couronnait les meilleures initiatives en matière d'équité homme-femme. Qu'elles se consacrent à promouvoir la représentation du deuxième sexe dans l'arène politique ou à éradiquer la violence conjugale, les instigatrices des six projets s'accordent pour dire que l'égalité passe encore et avant tout par la solidarité.

Cette conclusion, la lauréate Anne Thibeault l'a tirée au terme de ses 12 années à la barre du programme Chapeau les filles!. «Malheureusement, je ne sens pas de vague sociale pour tenter de briser les conditionnements sexistes, croit-elle. À mon avis, les combats d'égalité sont encore des combats individuels et ça brûle les femmes.»

Chapeau les filles! est un concours parrainé par le ministère de l'Éducation qui vise à récompenser les jeunes femmes qui étudient dans des domaines traditionnellement masculins. «Le gala est un prétexte pour rassembler des étudiantes qui sont souvent l'unique fille de leur classe, explique Anne Thibeault. Ce sont des pionnières qui portent seules sur leurs épaules les changements de mentalités. On veut les aider à créer un réseau pour mieux affronter le plafond de verre sur lequel elles risquent de se cogner une fois rendues sur le marché du travail.»

Ce fameux plafond de verre, Sylvie Moreau, du Centre-Femmes La Jardilec à Saint-Jean-Port-Joli, tente de le fracasser depuis maintenant 10 ans, notamment à travers la création d'un réseau de femmes engagées en affaires et en politique ainsi qu'en encourageant des candidatures féminines aux élections municipales.

«À mon avis, les femmes en région n'ont pas encore appris à apprivoiser le pouvoir politique, surtout celles de 40 ans et plus, confie-t-elle. C'est difficile de convaincre quelqu'un qui prend soin de ses enfants et de ses parents qu'elle aura l'énergie nécessaire pour assumer un rôle public.» Le projet «Pouvoir ensemble» a néanmoins contribué à hausser la proportion d'élues de 9 % au-dessus de la moyenne provinciale.

Briser le moule

Déconstruire les stéréotypes sexistes figure également en tête de liste de l'agenda des initiatives en lice pour le prix Égalité. La cadette des lauréates, une jeune femme de 24 ans qui a supervisé la conception d'un magazine féminin fait par des adolescentes âgées de 12 à 17 ans, avoue avoir été surprise par l'ampleur du travail à effectuer auprès des jeunes.

«C'est fou de constater qu'en 2008, on a encore besoin de braquer les projecteurs sur ce genre de problématique, lance Geneviève Morand. En faisant le magazine Authentik, je me suis rendu compte que les jeunes femmes manquent de repères. Elles sont tiraillées entre une image médiatique hyper-sexualisée et la pression d'être une superwomen».

Anne Thibeault abonde dans le même sens. «Lorsque vient le temps d'effectuer un choix de carrière, les adolescentes se ghettoïsent toujours dans les mêmes quatre programmes alors qu'il existe plus de 300 métiers en formation technique! Elles ont

intériorisé les stéréotypes de ce qu'est un travail d'homme et de ce qu'est un travail de femme. Elles sont donc culturellement conditionnées à s'orienter par défaut vers des professions qui cadrent avec un modèle typiquement féminin.»

Pour la lauréate Diane Mailloux, qui s'est intéressée à la question de la conciliation travail-famille, «il faut arrêter de sexualiser la responsabilité familiale». La «trousse de conciliation travail-vie personnelle» qu'elle a bâtie pour le compte du Centre des femmes de Charlevoix vise ainsi à la fois les femmes, les employeurs et... les hommes. «On prône une responsabilité familiale égalitaire. Les hommes doivent également avoir accès aux mesures d'aide parentale. Il est temps que les petites et grandes entreprises comprennent l'avantage d'accommoder les deux parents, ne serait-ce qu'en ce qui concerne la productivité et les taux d'absentéisme.»

Défier les statistiques

À la fin des années 1990, des études ont révélé que 26 % des femmes de la région de Québec souffraient de détresse psychologique. Le plus haut taux de la province, après le Grand Nord. Cette statistique alarmante a poussé la coordonnatrice du Regroupement des groupes de femmes de la région de Québec, Ginette Bergevin, à militer pour que l'Agence de la santé et des services sociaux de la Capitale-Nationale mette sur pied un plan d'action en santé dédié

exclusivement aux femmes.

«Il n'était pas gagné d'avance que l'agence intègre la santé des femmes dans sa planification stratégique, dit-elle. C'est la première fois que ça se faisait, donc ce fut un travail de longue haleine.» Le plan d'action, qui s'est déployé sur le territoire de la capitale nationale entre 2004 et 2007, a réussi à atteindre 11 000 patientes dans des dossiers allant des troubles de conduite alimentaire aux troubles cardiovasculaires, en passant par la prévention de la toxicomanie chez les femmes enceintes.

Monique Caron, la directrice d'une maison d'aide pour victimes de violence conjugale en Gaspésie, a également voulu déjouer les statistiques. «Lorsqu'on sait qu'au cours de sa vie, une femme sur quatre sera violentée dans un contexte conjugal, c'est difficile de prétendre qu'il n'y a pas de suprématie masculine», affirme-t-elle. Afin de combattre le fléau, elle s'est associée avec les intervenantes des autres maisons d'hébergement de sa région pour bâtir AVIS-Sécurité, un programme pour aider les policiers, les préposés des CLSC, hôpitaux et centres d'emploi ainsi que les intervenants dans les centres jeunesse à identifier les victimes de violence conjugale.

«Comparativement à d'autres pays, le Québec se positionne favorablement pour améliorer le sort de la femme, croit Monique Caron. Mais des inéquités demeurent. En moyenne, les femmes gagnent toujours un salaire moins élevé que les hommes, sont davantage victimes de violence, assument plus de responsabilités domestiques... C'est une aberration de croire qu'en 2008 tout a été réglé. À mes yeux, la société agit encore comme si le masculin était le sexe le plus noble. C'est pour ça qu'il faut continuer de se battre», conclut-elle.

***

Et les gagnantes sont...

- Égalité économique

Concours Chapeau les filles!, ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport

- Conciliation travail-famille

Trousse conciliation travail-vie personnelle, Centre des femmes de Charlevoix

- Modèles et comportements égalitaires

Magazine Authentik, Maison des jeunes de Bordeaux-Cartierville

- Santé

Plan d'action régional en santé des femmes 2004-07: Pour s'adapter à votre réalité, Regroupement des groupes de femmes de la région de Québec et Agence de la santé et des services sociaux de la Capitale-Nationale

- Prévention de la violence

AVIS-Sécurité, Alliance des maisons d'aide et d'hébergement de la Gaspésie pour femmes violentées dans un contexte conjugal et leurs enfants

- Pouvoir et régions

Pouvoir ensemble, Centre-Fem-mes La Jardilec

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Collaboration spéciale


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