Biomasse - «On peut rêver d'une région presque entièrement autonome sur le plan énergétique»
Mots clés : Francis Allard, agroénergie, Biomasse, Énergie, Québec (province)
L'agroénergie est mise au service des régions rurales

«Ma famille est propriétaire d'une ferme maraîchère à Saint-Roch-de-l'Achigan, raconte-t-il, et il devenait de plus en plus difficile de gagner sa vie uniquement avec les fruits et légumes à cause de la présence des produits importés. J'ai donc eu l'idée de cultiver une partie de la terre afin de produire de la biomasse, ce qui pourrait devenir une nouvelle source de revenus.»
Il fallait en premier choisir le type de biomasse, et plutôt que la biomasse végétale, comme le maïs, il a opté pour la biomasse ligneuse. L'essence choisie fut le saule à croissance rapide. «Le saule à croissance rapide est peu connu au Québec, bien que le Jardin botanique en fasse la culture expérimentale depuis 15 ans. Mais en Suède, ça fait plus de 30 ans qu'on en cultive.»
Le saule à croissance rapide
Le choix du saule à croissance rapide s'explique, selon Francis Allard, par les caractéristiques propres à cette essence, qui lui confèrent de nombreux avantages. D'une part, le saule à croissance rapide est parfaitement compatible avec le climat québécois. Il ne nécessite pas un sol de grande qualité et sa culture n'exige pas de techniques complexes. De plus, comme il s'agit d'un vivace, on n'a pas à recommencer chaque année. Et d'autre part, il pousse vite. «Les saules peuvent atteindre une hauteur d'environ six à huit mètres en trois ans.»
La méthode agricole préconisée par Francis Allard est celle de la culture intensive sur courtes périodes de rotation (CICR). Cette méthode a l'avantage de s'apparenter aux cultures traditionnelles tout en augmentant le rendement. «Elle permet aussi de récolter environ tous les trois ans, ce qui veut dire que, sur un cycle de 25 ans, on aura environ sept à huit récoltes.»
La récolte se fait de façon mécanisée, mais ne requiert pas pour autant de machinerie sophistiquée. Elle peut se faire avec une fourragère traditionnelle. «Nous en avons adapté une, de sorte que les copeaux sont produits lors de la récolte, directement dans le champ.» Ne reste plus qu'à expédier les copeaux à l'utilisateur.
L'utilisation de cette biomasse
Cette biomasse peut être utilisée par des transformateurs, qui s'en serviront pour fabriquer des granules ou des bûches, des produits pour lesquels la demande est en hausse. Mais le projet de Francis Allard et d'Agro Énergie vise plutôt à utiliser ces copeaux de bois directement pour alimenter les fournaises et ainsi servir de carburant pour le chauffage. «Beaucoup d'édifices publics sont présentement chauffés au mazout et l'on pourrait facilement les convertir et se servir des copeaux de saule plutôt que du mazout. Des études de faisabilité démontrent que les investissements pour la conversion s'amortissent en deux ans.» Sans compter les économies réalisées en choisissant un carburant moins cher que le pétrole.
Selon Francis Allard, il est souhaitable aussi de se rapprocher de l'utilisateur, ce qui réduit, entre autres, les coûts de transport. «C'est la raison pour laquelle notre entreprise a d'abord approché la commission scolaire de la région avec le projet de convertir les écoles du mazout à la biomasse, une biomasse qui serait produite par les agriculteurs de la région.» Si la commission scolaire donne son aval, la seconde étape sera de convertir tous les édifices publics de la région, et ensuite, pourquoi pas, les entreprises qui se trouvent sur son territoire. «On pourrait même étendre un jour l'utilisation de la biomasse au chauffage des résidences. On peut rêver d'une région presque entièrement autonome sur le plan énergétique, à tout le moins en ce qui concerne le chauffage.»
Avantages environnementaux
L'utilisation du saule comme biomasse, ainsi que l'approche préconisée par Francis Allard, comportent de nombreux avantages environnementaux. On le sait, brûler du bois, comme du pétrole ou toute autre forme de carbone, libère dans l'atmosphère du dioxyde de carbone. Les copeaux de saule n'échappent pas à cette règle. «Par contre, ces saules servent aussi de capteurs de CO2 et comme ils poussent à proximité, ils absorberont les émissions. On arrive donc à une production zéro.»
De plus, le saule possède la caractéristique de produire peu de cendres, environ 2 % du volume brûlé, ce qui simplifie grandement la vidange des cendres. «De plus, ces cendres contiennent beaucoup de potassium. En les mélangeant aux boues d'épuration, riches en azote et en phosphate, on obtient un engrais équilibré qui servira ensuite à fertiliser les champs.»
Sans compter que le saule présente d'autres avantages environnementaux. «La structure des racines fait en sorte qu'il absorbe bien les éléments comme l'azote et le phosphate. Sa plantation autour d'un champ où l'on se sert de lisier comme engrais permettrait au saule d'absorber l'azote et le phosphate plutôt que de les laisser s'échapper dans le sol.» La plantation de saules agirait alors comme une usine d'épuration. «De plus, une plantation de saules agit comme brise-vent, ce qui empêche l'odeur du lisier de trop se répandre chez les voisins.»
Pour le moment, Francis Allard et ses associés dans Agro Énergie ont démontré la viabilité de cette culture agricole. L'entreprise est maintenant en mesure de fournir des boutures et des conseils à tout producteur désireux de se lancer dans la culture du saule à croissance rapide.
«L'étape sur laquelle nous travaillons présentement est de convaincre les utilisateurs potentiels que la conversion à la biomasse est non seulement souhaitable tant sur le plan économique qu'environnemental, mais qu'elle est facilement réalisable. Une fois les utilisateurs convaincus, il deviendra plus facile d'attirer les producteurs à ce genre de culture.»
Collaborateur du Devoir
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Les saule comme biomasse - par Jean Pierre Dallaire (jp_dallaire@sympatico.ca)
Le mercredi 12 mars 2008 10:00

