Concentration des médias - Le village ne fait plus la « une »
Mots clés : village, Média, Québec (province)
«Les hebdos sont devenus davantage un produit commercial que citoyen»

Lors d’une tournée des régions pour savoir ce que les citoyens pensent de la qualité de l’information qu’ils reçoivent, Nathalie Verge, secrétaire générale du Conseil de presse du Québec, a constaté à peu près la même chose. «Pour les gens des régions, c’est difficile de créer des liens et d’avoir des projets communs parce qu’ils ne sont pas au courant de ce qui se passe dans les villes et les villages voisins», indique-t-elle.
Information et intérêts commerciaux
Pourtant, les régions ne manquent pas de journaux hebdomadaires. Ce secteur de l’information est fortement concentré entre les mains de deux grands propriétaires. «Transcontinental et Quebecor détiennent 60 % du tirage de tous les hebdos québécois», précise M. Sauvageau, qui a analysé le contenu de ces journaux avec le Centre d’études sur les médias entre 1992 et 2002.
On entend souvent que, pour faire des économies d’échelle, les grands propriétaires de médias diffusent le même contenu dans tous leurs journaux. Or, ce n’est pas ce que M. Sauvageau a découvert.
«Le contenu local n’a pas diminué dans les hebdos, il a même un peu augmenté. En fait, au-delà de 95 % du contenu des hebdos est local. Ce qui a changé, c’est la nature de l’information diffusée. La “corporatisation” des hebdos se traduit par la diffusion d’une information plus légère. Les nouvelles lourdes sur les affaires municipales, l’éducation et la santé se voient écartées pour laisser plus de place à la vie mondaine et culturelle. Les hebdos sont devenus davantage un produit commercial que citoyen», explique le chercheur.
Nathalie Verge a aussi remarqué cette tendance lors de sa tournée des régions. «Les gens se plaignent que les hebdos et la radio en région servent de moins en moins l’intérêt de la collectivité. Il y a de moins en moins de journalistes, alors bien souvent, soit on diffuse des communiqués sans traitement journalistique, soit on ne diffuse pas du tout l’information. Il y a de moins en moins de dossiers analysés en profondeur. Les gens déplorent aussi le manque de perspective régionale des journalistes, qui sont souvent formés à Montréal ou à Québec. Bref, les habitants des régions se plaignent d’une baisse de la qualité de l’information qu’ils reçoivent.»
Les grands médias en région
En Gaspésie, Gilles Gagné, journaliste pigiste pour différents journaux locaux et pour Le Soleil, se bat quotidiennement pour que les gens de sa région puissent compter sur une information de qualité. «Nous assistons à un lent effritement de l’information régionale chez les grands médias. D’abord, en 1990, Radio-Canada a fait l’erreur historique, encore jamais corrigée, de fermer ses stations de télévision à Sept-Îles, Matane et Rimouski. Télé-Québec a aussi mis fin à son émission quotidienne d’affaires publiques, Québec plein écran. Au Soleil, en 1995, la couverture régionale a été grandement réduite et depuis 2006, avec l’arrivée du tabloïd, il y en a encore moins», dénonce M. Gagné.
Pour celui qui est allé s’installer à Baie-des-Chaleurs en 1989, les médias publics devraient particulièrement faire un effort pour diffuser de l’information régionale parce que cela permettrait aux Québécois de voir la réalité vécue dans toutes les régions de la province. «Ça permettrait d’aplanir cette impression d’avoir deux Québec en un», croit-il.
Alain Saulnier, directeur général de l’information à Radio-Canada, est d’accord avec Gilles Gagné sur cette question. «Lorsque Radio-Canada a pris cette décision, en 1990, j’étais président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec et j’avais dénoncé cette décision», rappelle-t-il.
M. Saulnier souligne d’ailleurs que le rapport du Comité permanent du patrimoine canadien sur l’avenir de Radio-Canada, rendu public dernièrement, recommande un plus grand financement étalé sur plus longtemps, ce qui assurerait une plus grande stabilité financière à la société d’État et lui permettrait entre autres de jouer un plus grand rôle en région. «Les recommandations du rapport sont très intéressantes et j’espère qu’elles auront des suites.»
L’épineuse question de la haute définition à la SRC
Les bons mots d’Alain Saulnier n’ont toutefois pas été suffisants pour calmer la grogne du monde rural quant au peu d’information locale de qualité qu’il reçoit. Ce qui semble avoir le plus dérangé les citoyens et experts réunis, c’est l’allusion au fait que, lorsque la société d’État prendra officiellement le grand virage de la haute définition (HD), les gens des régions devront probablement s’abonner au câble pour pouvoir capter le signal.
«C’est inadmissible d’envisager que Radio-Canada, qui est un service public, soit seulement diffusé sur le câble. Cela créerait deux classes de citoyens», dénonce Florian Sauvageau.
«C’est certain que, dans un monde idéal, tout le monde continuerait d’avoir accès à la télévision de Radio-Canada sans s’abonner au câble. Toutefois, avec le virage HD, ça coûterait vraiment très cher et actuellement, ce n’est pas prévu dans le budget. Mais le dossier de la HD est toujours en discussion. Aucune décision officielle n’a encore été prise», précise M. Saulnier.
Collaboratrice du Devoir
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Et la télévision HD gratuite par voie hertzienne terreste ou satellite? - par Marc Lavallée
Le samedi 08 mars 2008 13:00

