Hommage à Henri-Paul Proulx - Un grand intellectuel dans l'ombre
Mots clés : Henri-Paul Proulx, Solidarité rurale, Agriculture, Québec (province)
« Le développement du monde rural ne peut pas reposer seulement sur l'agriculture »

En effet, les occasions de carrière étaient nombreuses pour cet intellectuel lorsqu'il a quitté son village natal, Baie-du-Febvre, pour la métropole, où il a poursuivi des études en sociologie à l'Université de Montréal. D'ailleurs, alors qu'il était toujours sur les bancs d'école, Henri-Paul Proulx s'est engagé dans le mouvement Jeunesse étudiante catholique, l'aile contestataire d'Action catholique. Grâce à cet engagement, il a brassé des idées novatrices, remis bien des valeurs en question, s'est formé à la réflexion, à la politique et à la gestion.
Malgré un emploi du temps fort chargé à Montréal, Henri-Paul Proulx ne manquait jamais une occasion de retourner sur sa terre familiale. «J'ai toujours aimé la campagne. Même étudiant, je ne pouvais pas m'en passer. Alors, je retournais voir ma famille, qui était très occupée, notamment avec son troupeau de vaches Holstein, l'un des premiers au Québec», se souvient-il.
Cet attachement profond au monde agricole s'est finalement traduit par un choix de carrière audacieux au début des années 1960. Il est allé défendre les intérêts des agriculteurs au sein de l'Union catholique des cultivateurs (UCC), l'ancêtre de l'UPA. «À cette époque, les cultivateurs vivaient des problèmes importants. Financièrement, ils arrivaient difficilement, notamment en raison du prix du lait, qui était très bas. Il y avait à ce moment-là un véritable bouillonnement dans le secteur et beaucoup de revendications à défendre», affirme M. Proulx.
Après huit années de loyaux services et après avoir été le plus jeune secrétaire général de l'UCC, à 32 ans, la carrière de l'intellectuel a pris un nouveau tournant.
L'appel de la ruralité
Même si son engagement pour la cause des agriculteurs était entier, cela n'apportait pas à Henri-Paul Proulx le bonheur d'habiter en campagne. Sentant de plus en plus l'appel de la terre, il décida finalement de quitter Montréal et son emploi pour aller s'installer à Saint-Eulalie, où il éleva un petit troupeau de vaches à boucherie.
«Mais je ne suis pas devenu un agriculteur à temps plein. J'avais seulement une petite fermette. De plus en plus, j'étais sensibilisé aux questions environnementales et au développement du monde rural dans son ensemble, et c'est comme ça que je suis devenu recherchiste pour La Semaine verte, à Radio-Canada. À cette époque, l'émission était très technique et avait la volonté de s'ouvrir, de traiter davantage des questions globales qui concernaient le milieu rural, alors j'ai contribué à ce virage», raconte-t-il.
Ainsi, tout en ayant les deux pieds bien ancrés dans la ruralité, Henri-Paul Proulx poursuivait son travail d'intellectuel. Ce n'est donc pas par hasard que l'UPA lui a demandé d'organiser les états généraux du monde rural, qui se sont tenus en 1991. «Il y avait un état de morosité qui régnait dans nos campagnes à ce moment-là et il fallait réagir», indique M. Proulx. «L'exode des personnes comme des services avait l'allure d'une débâcle printanière», renchérit Jacques Proulx, président de l'UPA de 1981 à 1993 et président fondateur de Solidarité rurale.
Pour le développement territorial
Déjà à cette époque, Henri-Paul Proulx était un défenseur de l'approche de développement territorial du monde rural. «Je m'étais bien aperçu des limites du développement par secteur d'activité économique. Le développement du monde rural ne peut pas reposer seulement sur l'agriculture et sur des questions économiques. Il faut aussi considérer les éléments sociaux et culturels, regarder les retombées des actions sur le monde rural dans sa globalité et sur ses collectivités.»
C'est donc sous cet angle progressiste que les états généraux ont été organisés et que par la suite, pour assurer le suivi et la mise en oeuvre des conclusions, Solidarité rurale du Québec a vu le jour. Henri-Paul Proulx en est finalement devenu le premier secrétaire général. C'est à lui qu'on doit la vision étendue et intégrée du développement rural que prône l'organisme.
«Dès la première année d'existence de Solidarité rurale, Henri-Paul a su lui inculquer des valeurs et une vision qui sont les siennes. Avec le recul, on ne peut que constater qu'il a été un grand visionnaire, un grand intellectuel», affirme Jacques Proulx.
Henri-Paul Proulx a pris sa retraite il y a une dizaine d'années, et encore aujourd'hui, les préoccupations et la vision que défend Solidarité rurale sont les siennes. «L'approche est restée la même. D'ailleurs, j'ai lu le rapport que Solidarité rurale a rédigé pour la commission Pronovost sur l'avenir de l'agriculture au Québec et vraiment, je vois que les propos sont dans la continuité de ce que je défendais lorsque j'étais en poste», remarque l'ancien secrétaire général.
D'ailleurs, il demeure optimiste quant à l'avenir du monde rural. «Oui, il y a des fermes qui disparaissent par manque de relève, mais il y a également beaucoup de reprises. Solidarité rurale a fait un travail exceptionnel au fil des ans et je sens vraiment un intérêt maintenant pour l'approche de développement territoriale, plus humaine. Ça progresse de façon significative.»
«Finalement, ajoute Jacques Proulx, ce que je retiens le plus de toute l'oeuvre accomplie par mon collègue et ami Henri-Paul, c'est toute l'humilité avec laquelle il l'a accomplie.»
Collaboratrice du Devoir
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