Harper et la mission afghane

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Norman Spector
Édition du jeudi 06 mars 2008

Mots clés : Stephen Harper, Stéphane Dion, Forces armées, Afghanistan (Pays), Canada (Pays)

Le chef libéral Stéphane Dion est dans une situation désespérée. Les vedettes de la télé commencent à le tourner en ridicule. Beaucoup de journalistes reprennent à leur compte l'image d'un chef inefficace que lui accole le Parti conservateur, un glissement dont il devrait d'ailleurs se soucier davantage. Maintenant, il s'agit de savoir s'il lui reste beaucoup de temps avant que son parti ne réclame un nouveau chef.

Tous les politiciens ont leurs faiblesses. M. Dion est perçu comme un homme rigide et têtu, particulièrement au Québec. Mais même ses adversaires les plus virulents lui concèdent toutefois le statut d'intellectuel. À l'extérieur du Québec, il est d'ailleurs admiré pour ses échanges avec un autre homme très intelligent, Lucien Bouchard. Mais dans son combat contre Stephen Harper au sujet de la mission canadienne en Afghanistan, peu de gens ont vu un combattant féroce chez M. Dion. Pis encore, personne n'a remarqué qu'il a remporté l'argumentaire.

La bonne fortune de M. Harper est certainement d'avoir réussi à placer M. Dion dans une situation où il perd systématiquement, même lorsqu'il gagne. En effet, qui aurait pu imaginer que l'aveu implicite du premier ministre, qui a reconnu à demi-mots avoir raté son coup en engageant nos troupes en Afghanistan, serait accueilli comme un autre exemple de son brio stratégique? Il est vrai que les libéraux ont accepté de prolonger la mission jusqu'en 2011. Mais notre premier ministre n'a-t-il pas argué qu'il n'était pas possible de fixer une date de sortie?

En fait, M. Harper a rejeté une deuxième recommandation du comité présidé par John Manley. Lancer un ultimatum à nos alliés en leur disant que le Canada ne restera à Kandahar que s'ils fournissent 1000 soldats additionnels est une chose. Dire à l'OTAN que le Canada retirera ses troupes en 2011, peu importe la manière dont les choses iront, en est une autre.

***

Il n'y a pas si longtemps, M. Harper avalisait le rapport Manley et semblait même prêt à déclencher des élections sur ce seul point. Plutôt que de le talonner sur cette question, les médias ont immédiatement tourné leur attention sur M. Dion, désireux de voir s'il aurait le courage -- ou même la capacité -- de rassembler son caucus autour du budget Flaherty pour défaire le gouvernement Harper.

Est-ce l'abandon de son rapport par le premier ministre qui explique pourquoi M. Manley ne rappelle pas les journalistes ces jours-ci, comme l'avance la Presse canadienne dans un de ses textes? On est en droit de se le demander. On peut difficilement interpréter autrement cette déclaration sibylline de Derek Burney: «Je suis heureux que notre rapport semble avoir un impact positif sur la discussion parlementaire», dans ce même texte qui, à ma connaissance, n'a été repris par aucun quotidien. Pourtant, on y trouvait une citation remarquable de la part du troisième membre du comité Manley, l'ancienne journaliste Pamela Wallin: «Je ne pense pas que l'un d'entre nous pense qu'une date arbitraire soit appropriée.»

M. Harper a très habilement annoncé la résolution de compromis à propos de l'Afghanistan lors d'une conférence sur la défense. Les journalistes ont noté l'accueil enthousiaste qu'il a reçu de la part des gens réunis dans la salle. Mais cet enthousiasme trouvait sa source dans la reconstruction de la fierté militaire et son engagement à accélérer les dépenses dans ce secteur. Les médias étrangers n'ont pas été dupes. Le titre du Daily Telegraph de Londres disait tout: «Le Canada quitte l'Afghanistan.» La semaine dernière, le New York Times rapportait même ceci: «Puisque le parti de M. Harper ne rassemble pas une majorité des voix à la Chambre des communes, il s'était entendu avec le Parti libéral pour mettre fin à la mission en Afghanistan en décembre 2011.»

M. Harper aurait pu obtenir les élections que beaucoup d'observateurs pensent qu'il essaie de provoquer, mais il a plutôt préféré mettre fin à la mission en Afghanistan. Quand les élections surviendront, il devra toutefois éviter toute discussion portant sur une éventuelle prolongation de la mission s'il veut former un gouvernement majoritaire. Sachant cela, on se demande si M. Harper est vraiment disposé à défendre un seul principe, si ce n'est celui voulant que 80 jeunes Canadiens aient donné leur vie pour cette guerre et que d'autres suivront fatalement, principe qui paraît moins important aux yeux de M. Harper que celui de former un gouvernement majoritaire à Ottawa.

***

Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail.

nspector@globeandmail.ca


Vos réactions


Jack Layton a raison. - par Pierre Desautels
Le jeudi 06 mars 2008 18:00

Il faut se mettre les yeux devant les trous! - par Richard Dupuis (le_numero_3@videotron.ca)
Le jeudi 06 mars 2008 14:00

Afghanistan, NON - par Réjean Grenier (rgrenier@questzones.com)
Le jeudi 06 mars 2008 11:00

Spector, crédibilité nulle - par Réjean Grenier (rgrenier@questzones.com)
Le jeudi 06 mars 2008 11:00

Tous vous avez raison... - par carmen gagnon
Le jeudi 06 mars 2008 11:00

@ M. Lauzon - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le jeudi 06 mars 2008 11:00

@ M. Bousquet - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le jeudi 06 mars 2008 10:00

Très bonne idée M. Lauzon ! - par Gilles Bousquet
Le jeudi 06 mars 2008 10:00

Une fausse opposition ! - par Michel Lauzon
Le jeudi 06 mars 2008 08:00

@ M. Serge Charbonneau - par Gilles Bousquet
Le jeudi 06 mars 2008 07:00

Sans fin - par Gabriel RACLE
Le jeudi 06 mars 2008 06:00

M. Dion, quel homme! - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le jeudi 06 mars 2008 04:00

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