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L'université réinventée

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Louis Lapointe
Envoyé Le jeudi 06 mars 2008 08:00



Bonjour Mme Cauchy

Y a t-il une autre façon de concevoir l'Université? Les professeurs souhaitent une université autonome. Les chercheurs souhaitent une université curieuse. Les étudiants souhaitent une université innovante. Les citoyens souhaitent une université engagée dans le milieu. Se pourrait-il que cette université que tout le monde veut existe déjà et qu'elle s'appelle l'UQAM ? Se pourrait-il que les raisons qui ont mené aux difficultés financières de l'UQAM n'aient rien à voir avec la création de cette université idéale que l'on a édifiée au coeur de Montréal ?

Ce ne serait donc pas à l'échec de cette université que nous avons assisté, mais bien à une dérive financière de l'Université causée par le courant de privatisation qui pollue nos institutions publiques. L'administration en place a pensé que l'UQAM pouvait espérer réaliser des revenus provenant d'activités immobilières de nature commerciale parce que les administrateurs et les gestionnaires qui la dirigeaient étaient convaincus que le public pouvait performer suivant les mêmes critères et paramètres que le secteur privé, alors que le personnel de cette université n'avait aucune compétence et connaissance dans le domaine des services privés. Puisque là est l'erreur, ce sont donc les conditions qui ont conduit à cette erreur qu'il faut revoir.

Les universités vont mal depuis que le privé a voulu montrer au milieu universitaire comment se gérer, depuis que les professeurs des Écoles d'administration universitaires inventent des bidules pour transformer ce qui public en privé, depuis que des chercheurs universitaires en administration contaminent les gestionnaires publics au CIRANO, à l'IEM et à l'IGOPP. Les universités récoltent tout simplement ce qu'elles ont semé dans leurs écoles de gestion, à savoir que le public doit être géré comme le privé pour être performant. Selon ces savants chercheurs de la nouvelle économie où tout doit être privé pour être performant, lorsqu'on veut administrer les institutions du domaine public comme le secteur privé on commence par nommer des administrateurs provenant du secteur privé pensant que cela va changer la nature de la bête, l'étape suivante est la rémunération. C'est la recette proposée par l'IGOPP.

Comment des personnes plus intéressées par la notion de profit et de retour sur l'investissement peuvent-elles administrer les universités, alors que le domaine public devrait être plus préoccupé par les notions de service public et de gestion performante des centres de coûts ? C'est d'ailleurs la façon dont Claude Corbo et son équipe géraient l'UQAM avant l'arrivée de Roch Denis. C'est sur ce terrain que Claude Corbo veut ramener l'UQAM. Qu'on lui en donne les moyens en éliminant les éléments indésirables qui ont conduit à cet échec! L'UQAM a un urgent besoin d'une purge des intrants privés qui l'ont contaminé!

Une université n'est pas un hôtel, une épicerie ou un entrepreneur immobilier, elle est une université, pas besoin d'un dictionnaire pour comprendre ce mot ! Le choix des administrateurs et des gestionnaires devrait donc être cohérent avec cet état de fait. Cela ne veut pas dire qu'on ne peut pas mieux gérer les universités. Cela veut dire qu'imiter le privé comme l'UQAM l'a fait avec les résultats que cela a donnés n'est pas une solution. Une fois qu'on en a pris conscience, il faut éliminer les intrants qui ont causé la déconfiture de l'UQAM et recommencer là où elle en était rendue avant que l'UQAM se jette dans cette entreprise de nature privée, cette aventure qui l'a conduit au gouffre financier.

Louis Lapointe
Brossard

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