Springsteen en spectacle: gloire au guérisseur
Mots clés : Musique, Spectacle, Montréal

Photo: Pedro Ruiz
J’avais oublié à quel point c’est physique, un show de Bruce et du E Street. Qu’on est debout tout le temps. Qu’on lève les bras au ciel à la moindre occasion. Qu’on hurle à chaque solo de saxo de Clarence Clemons, dans Badlands, Born To Run, The Promised Land, Girls In Their Summer Clothes. Et chaque intro d’harmonica de Bruce, dans Gypsy Biker, Reason To Believe, The River, The Promised Land. Et à chaque duel de solos de guitare entre Bruce et Steve Van Zandt, dans Gypsy Biker, notamment. Qu’on éclate en sanglots de joie quand commence Jungleland parce qu’on ne croyait plus jamais entendre la plus épique et la plus poignante des chansons de Springsteen en spectacle, et qu’on pleure encore comme des madeleines, de peine, pour sa jeunesse passée pendant la cathartique The River.
J’avais oublié, et ce n’est pas le spectacle de l’automne devant la foule très assise du Scotiabank Centre d’Ottawa qui me l’aurait rappelé, à quel point la dépense physique est proportionnelle dans un show de Springsteen. Qu’il en donne autant qu’on en donne. Donnant donnant. Plus on manifeste, plus il se manifeste: dimanche, si Bruce souriait beaucoup et nous a servi un «Great audience!» bien senti, c’est que nous étions déchaînés tout partout dans le Centre Bell, plus démentiellement encore dans la section admission générale du parterre. Sur les côtés de la scène, derrière la scène aussi, ça déménageait tellement que c’en était remarquable. Et, de toute évidence, remarqué. Derrière la scène, justement, quelqu’un n’a pas cessé de brandir un grand carton sur lequel était écrit «Jungleland»: je ne serais pas à moitié surpris que Bruce ait commandé la chanson sur-le-champ à son E Street précisément parce que c’était mérité, pour que le type n’ait pas eu mal aux bras en vain. D’ailleurs, sûr et certain, à brandir ainsi son désir à bout de bras, il ne sentait pas le moindre tiraillement.
C’était un grand soir pour ne plus avoir mal nulle part, un grand soir pour guérir de tous les maux, y compris les maux de l’âme, du pessimisme au désespoir, en passant par la déprime de fin d’hiver et le ras-le-bol du politique. Chez Springsteen, la lucidité (Magic, à propos des tours de passe-passe de l’ère Bush Jr.) n’est jamais loin de l’espoir (Reason To Believe, hymne de l’album Nebraska), et la terre promise se profile toujours à l’horizon. Puisse ce vent d’espoir — «I feel a new wind blowing», a dit Bruce avant de lancer Livin’ In The Future — souffler à travers l’Amérique. Et puisse le guérisseur Springsteen appliquer sa bonne médecine à Danny Federici, l’as ès Hammond B-3 du E Street Band, absent dimanche pour cause de cancer. On ne peut pas tous avoir bobo au talon, hélas.-30-
Vos réactions
Springsteen le conquérant! - par Francine F. (the099@hotmail.com)
Le mardi 04 mars 2008 14:00
Springsteen le conquérant! - par Francine F.
Le mardi 04 mars 2008 14:00
Whow........quel show! - par Jacques Dorais
Le lundi 03 mars 2008 12:00
Le coeur à la bonne place - par Luc Marchessault
Le lundi 03 mars 2008 10:00

