Exode post-doctoral chez les anglophones

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Stéphane Baillargeon
Édition du lundi 03 mars 2008

Mots clés : exode des cerveaux, anglophones, post-doctoral, Éducation, Québec (province), Canada (Pays)

Trois diplômés sur quatre quittent le Québec, selon une étude

Trois anglophones détenteurs d'un doctorat sur quatre quittent le Québec. Répétons-le autrement: à peine 26 % des docteurs de la communauté anglo-québécoise restent ici. Les autres vont travailler dans le reste du Canada (ROC) ou ailleurs dans le monde et ne reviendront probablement jamais.

Cet exode des cerveaux anglophones se confirme à divers stades des études post-secondaires. Ceux qui partent se révèlent la plupart du temps jeunes, diplômés et bilingues: 70 % des diplômés anglophones exilés maîtrisent aussi le français.

Ces données se retrouvent dans une étude révélée ce week-end pendant un congrès sur la revitalisation de la communauté appelé par des organisations universitaires et communautaires, dont le Quebec Community Groups Network (QCGN). L'autoexamen devant d'abord et avant tout fournir «un compte rendu factuel» a attiré plus de cent personnes hier, à l'Université de Montréal. Ils étaient encore plus la veille.

L'enquête de William Floch, du ministère du Patrimoine canadien, et de Joanne Pocock, professeure à l'université Carleton, partiellement intitulée Those Who Left and Those Who Stayed, peut être rapprochée du récent débat sur l'immigration, sa nature et son niveau. D'un côté, le Québec perd donc des citoyens modèles, nés ici, intégrés à leur société, des professionnels parlant la langue de la majorité. D'un autre côté, comme on l'a entendu l'automne dernier jusqu'à plus soif durant la commission parlementaire sur l'immigration et la commission sur les accommodements raisonnables, l'État francophone cherche désespérément à attirer des travailleurs étrangers, souvent moins éduqués, ne maîtrisant pas toujours les codes sociaux et linguistiques.

Plus de 50 000 immigrants sont acceptés par année pendant qu'environ 8000 citoyens anglophones (souvent bilingues) quittent le Québec. Entre 1996 et 2001, la province a perdu 25 000 diplômés de ce groupe, soit l'équivalent de la main-d'oeuvre professionnelle d'une ville comme Sherbrooke!

Comment dit-on ubuesque en anglais? La société québécoise est-elle devenue un grand récipient schizophrène, rempli de peine et de misère à mesure qu'il se vide de sa crème? La question fait sourire Joanne Pocock. «Je peux seulement confirmer que les jeunes diplômés bilingues de la communauté anglophone quittent le Québec», a-t-elle répondu laconiquement hier après-midi, en entrevue au Devoir. Elle a refusé de s'aventurer sur le terrain miné des politiques d'immigration.

En utilisant des statistiques sur la migration interprovinciale, elle et son collègue William Floch ont aussi montré que 58 % des anglophones qui ont quitté le Québec entre 1996 et 2001 possédaient un diplôme post-secondaire par rapport à 42 % de ceux qui sont restés ici. Leurs données montrent que 70 % des anglophones nés au Québec continuaient d'y vivre en 1971, par rapport à 50 % seulement en 2001.

Les unilingues, une espèce en voie de disparition, ne représentent que 4,5 % de cette communauté. «Ceux qui quittent la province ont tendance à réussir très bien sur le marché du travail hors Québec, avec des taux de chômage beaucoup plus bas que ceux du reste de la population canadienne et des revenus plus élevés», dit la conclusion de la recherche inédite à paraître dans un recueil... bilingue.

Et la discrimination linguistique?

En 1971, la communauté comptait 788 000 membres. Ils n'étaient plus que 591 365 en 2001. La chute s'explique en partie par l'arrivée au pouvoir du PQ en 1976, mais aussi par le déclin économique de Montréal et l'attrait croissant de zones économiques concurrentes comme Toronto.

Le «linguicisme» fait-il partie des causes de l'exil? Le racisme fonde la discrimination sur la race. L'antisémitisme vise les juifs. Quand la ségrégation se fonde sur la langue, les spécialistes parlent de «linguicisme».

Reprenons donc la question: les anglophones du Québec sont-ils victimes de linguicisme? Sont-ils discriminés parce qu'ils parlent anglais?

«Oui, ça ne fait pas de doute», répond le professeur Richard Y. Bourhis, du département de psychologie de l'UQAM. «La discrimination prend une multitude de formes dans nos sociétés. Les gais, comme les handicapés en sont victimes. Au Canada, la langue est un facteur de discrimination. C'est notre bibitte à nous. Les francophones sont victimes de linguicisme au Canada anglais. Au Québec, les anglophones se disent victimes de discrimination pour des raisons linguistiques, à cause de leur langue maternelle ou de leur accent par exemple.»

Le professeur Bourhis présentait hier une conférence intitulée précisément Les Communautés d'expression anglaise du Québec: identités multiples, menace identitaire et linguicisme. En se basant sur une enquête inédite de Statistique Canada, il établit qu'un quart (25 %) des Québécois anglophones d'origine européenne disent avoir été victimes de discrimination au cours des cinq dernières années. Un peu moins de 20 % des Québécois tout aussi blancs mais francophones se plaignent du même mauvais sort au Québec.

La situation gonfle de manière alarmante à 44 % de victimes pour les anglophones non européens. En clair, les Noirs ou les asiatiques qui parlent anglais au Québec semblent les plus à plaindre. «Quand on mélange la langue et l'origine, on obtient un résultat explosif.»

Pire: les discriminations sont vécues au travail par les minorités visibles et audibles et pas seulement dans les services comme les restaurants, le principal problème du reste de la population. Dans le cas des groupes visibles (les Noirs par exemple), la discrimination ne faiblit même pas dans le temps. Au contraire: la troisième génération se déclare plus victime de discrimination (42 %) que la première (34 %).


Vos réactions


À M. Pierre-Yves Pau - par Jolière Gauthier
Le mardi 04 mars 2008 21:00

des professions mobiles - par Catherine Leclerc
Le mardi 04 mars 2008 10:00

California Dreaming - par edward laszlo (kyrie_001@hotmail.com)
Le lundi 03 mars 2008 21:00

Marché de dupe - par André Julien
Le lundi 03 mars 2008 19:00

Une question d'équité - par Raymond Saint-Arnaud
Le lundi 03 mars 2008 18:00

Excellente intervention de Pierre Des - par Patrick Mineault
Le lundi 03 mars 2008 18:00

@Pierre Germain... - par Yvon Montoya (yvonmontoya@sympatico.ca)
Le lundi 03 mars 2008 16:00

C'est ce qui arrive avec des salaires minables - par Albert Descôteaux
Le lundi 03 mars 2008 16:00

Rien à voir - par Kevin Hébert
Le lundi 03 mars 2008 15:00

Subventions en conséquence? - par Henri-Bernard Boivin
Le lundi 03 mars 2008 14:00

des bâtons dans les roues - par Svetozar Vesic
Le lundi 03 mars 2008 13:00

On a ce qu'on mérite! - par Pierre Germain
Le lundi 03 mars 2008 12:00

300 000 000 d'anglophones - par Charles Laflamme
Le lundi 03 mars 2008 11:00

L'accent et la mobilité de la main-d'oeuvre au Québec: une anecdote. - par Louis Lapointe
Le lundi 03 mars 2008 11:00

L'accent et la mobilité de la main-d'oeuvre au Québec: une anecdote - par Louis Lapointe
Le lundi 03 mars 2008 11:00

HO! LA! - par Marc M. Davignon
Le lundi 03 mars 2008 11:00

«Linguicisme» anti-francophone! - par Pierre François Gagnon
Le lundi 03 mars 2008 10:00

On a ce qu'on mérite! - par Pierre Germain
Le lundi 03 mars 2008 10:00

Côté nature, côté givré - par Hugues St-Pierre
Le lundi 03 mars 2008 10:00

@ Gabriel Rompré - par Gilles Bousquet
Le lundi 03 mars 2008 10:00

Logique économique québécoise - par Pierre-Yves Pau
Le lundi 03 mars 2008 10:00

Sensationnalisme - par Pierre Des
Le lundi 03 mars 2008 09:00

Remettre les pendules à l'heure - par Alaoui Amina
Le lundi 03 mars 2008 09:00

Solutions douteuses @ Bousquet - par Gabriel Rompré (ankanai@yahoo.fr)
Le lundi 03 mars 2008 09:00

Docteurs ou médecins? - par Jean N. Rousseau
Le lundi 03 mars 2008 09:00

Il faudrait peut-etre reagir - par Vaillancourt Jean-Philippe
Le lundi 03 mars 2008 08:00

Intéressant. - par Yvon Montoya (yvonmontoya@sympatico.ca)
Le lundi 03 mars 2008 08:00

M.Bousquet a parfaitement raison! - par Gilles Delisle (gilles-delisle@videotron.ca)
Le lundi 03 mars 2008 08:00

De la grosse pépeine... - par Sylvain Gascon
Le lundi 03 mars 2008 07:00

So what - par Gilles Théberge
Le lundi 03 mars 2008 07:00

3 universités pour 600,000 anglophones - par jacques noel
Le lundi 03 mars 2008 07:00

One or the other...me semble - par Gilles Bousquet
Le lundi 03 mars 2008 07:00

La crème - par Denis Beaulé
Le dimanche 02 mars 2008 23:00

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com