Grande-Bretagne - Le secret bien gardé autour du prince Harry

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Le Monde
Édition du lundi 03 mars 2008

Mots clés : Défense nationale, secret, Prince Harry, Média, Grande-Bretagne (pays), Afghanistan (Pays)

Une entente entre le ministère de la Défense et la presse anglaise a permis de garder secrète la présence du prince en Afghanistan

Le prince Harry (à gauche), photographié le 21 février dernier près d'un camp britannique, en Afghanistan.

Photo: Agence Reuters

Durant dix semaines, tous les grands médias britanniques se sont tus sur une des actualités qui intéressaient le plus leur public: l'envoi sur le front afghan du prince Harry, troisième dans l'ordre de succession au trône. L'histoire a finalement été éventée, jeudi dernier, mais par un média étranger, contraignant le ministère de la Défense à révéler que le prince se trouvait dans le sud de l'Afghanistan depuis... le 14 décembre 2007. L'information divulguée, Londres a annoncé le rapatriement immédiat du prince au Royaume-Uni.

Ce n'est pas la première fois que des autorités s'entendent avec la presse pour qu'elle «retienne» une information, afin, par exemple, de ne pas compromettre des négociations en vue de la libération d'otages. Mais que le secret soit gardé aussi longtemps, c'est du jamais vu, au moins depuis la Seconde Guerre mondiale, surtout dans un pays où les tabloïds ne se privent pas de petits arrangements avec le droit à la vie privée pour publier leurs «scoops».

«En fait, la surprise est que l'accord ait tenu aussi longtemps», note Jon Williams, rédacteur en chef monde à la BBC, partie prenante du «news black-out». L'entente n'a cependant pas été facile à obtenir. Comme M. Williams l'indique sur le site de la «Beeb», «les négociations ont duré cinq mois entre le ministère britannique de la Défense et la presse».

Dès l'été 2007, le chef d'état-major de l'armée de terre, le général Richard Dannatt, convoque une vingtaine de médias britanniques et leur explique que le prince souhaite désespérément être envoyé au front, mais que si cette information était éventée, lui et ses hommes seraient pris pour cible. En échange de son silence, la presse pourrait suivre, interroger et même filmer le prince. L'ensemble serait tenu «sous embargo» et publiable lors du retour du prince sur le sol britannique.

Complice d'un mensonge par omission

Les médias acceptent et, pendant des semaines, la BBC News 24, Sky News et le célèbre journal télévisé de 18 heures de la BBC1 interviewent et filment le prince. Mais ils ne diffusent rien, et se font même parfois les complices d'un mensonge, au moins par omission. Ainsi, à Noël, lorsque le prince n'assiste pas aux cérémonies tenues par la famille royale, les médias conviennent avec le ministère de dire qu'il passe les fêtes avec son régiment.

L'accord devait durer six mois, jusqu'au retour du prince, en avril. Mais, à l'ère d'Internet, le bâillon a du mal à tenir. Le magazine féminin australien New Idea sort l'information dès le 7 janvier, mais elle passe inaperçue. Et le silence règne à nouveau. Jusqu'au mardi 26 février, où le tabloïd allemand Bild titre «Où est passé le prince Harry?», mais sans donner la réponse.

Jeudi, le scoop est finalement étalé sur la place publique: le site américain Drudge Report, qui avait révélé l'affaire Monica Lewinsky, fait sa «une» avec la nouvelle. Le ministère est, dès lors, contraint de dévoiler le pot-aux-roses.

Depuis la publication des images, ce secret bien gardé suscite un vif débat dans la presse anglaise. «On se demande si les téléspectateurs, les lecteurs et les auditeurs voudront à nouveau faire confiance aux dirigeants des médias», souligne sur son blogue Jon Snow, présentateur des informations sur Channel 4. M. Williams répond qu'il s'agissait «non seulement de la sécurité du prince Harry, mais également des soldats servant à ses côtés». «Aucun rédacteur en chef ne veut être responsable d'une augmentation des risques qu'ils encourent déjà face aux talibans», ajoute le rédacteur en chef monde à la BBC.


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